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jeudi 29 décembre 2016

entre terre et mer, la citadelle de Dunkerque



Pour nombre de Dunkerquois, la citadelle c'est avant tout la bande des trois joyeuses menée par le Tambour-major de Saint-Pol... Pour les noctambules, c'est la suite logique des pérégrinations au sortir de la "rue de la soif"... Citadelle, un terme militaire avant tout, un réduit défensif ultime qui contrôle autant une ville qu'elle ne la défend... et ce, depuis que les Italiens sont devenus des maîtres en poliorcétique quelques décennies avant Vauban... Pourtant, le quartier de la citadelle de Dunkerque n’a plus rien de commun avec la place militaire qu’elle était il y a plus de trois cents ans. 

Dunkerque était depuis le Moyen Âge une ville fortifiée importante. C'est tout naturellement que la ville s'est développée en même temps que le port. Posé sur l'entrée de la Mer du Nord, le port servait autant aux pêcheurs qu’aux militaires, il avait besoin d’être protégé contre toutes sortes d’attaques. Les Comtes de Flandres, les Ducs de Bourgogne (des remparts desquels seul a survécu le Leughenaer), les Espagnols puis enfin les Anglais ont toujours construit et entretenu des murailles relativement imposantes mais ne dépassèrent jamais le génie de Vauban. Elles étaient bien particulières puisque le port se confond avec la ville: il fallait protéger cette dernière mais aussi les bassins, les jetées… Chose banale, l’ensemble se complétait d’une citadelle, qui pouvait vivre et se battre indépendamment du reste de la cité. La citadelle, de l'italien "citadella", est une petite ville qui doit être en mesure de supporter seule un siège indépendamment de la ville à laquelle elle se rattache.

Non, Vauban n'en est pas le père

                Contrairement aux idées reçues, Vauban n’en fut pas le créateur alors qu’il reconstruisit entièrement les fortifications dunkerquoises au point d'en faire un modèle qui deviendra un objet d'étude pendant encore près de deux cents ans après leur destruction....
A l’origine, ce sont les Espagnols qui l’édifièrent à l’ouest de la jetée. Baptisée Fort Léon, elle protégeait le chenal tant l’on craignait que des navires ennemis puissent entrer dans le port pour le ravager. Construit en bois, le fort reste notoirement insuffisant. Les grands changements interviennent après la victoire des Dunes, brillamment emportée par Turenne en 1658. La ville tombe dans l’escarcelle anglaise selon les termes de l’alliance conclue avec la perfide Albion.

Jusque 1662, les Anglais n’eurent de cesse que d’en renforcer la puissance. A la place du Fort Léon, ils édifient une citadelle reliée à la ville par un simple pont de bois. Elle surveille autant la mer que la ville. Louis XIV rachète le port flamand en 1662 et bien qu’il ait gagné le cœur des Dunkerquois, il ordonne la poursuite des travaux. Il faut que Dunkerque soit à la hauteur de son rôle dans la défense du royaume.

Des travaux titanesques

Vauban fait une fois de plus merveille. Il mobilise l’« armée de la Brouette » : les soldats échangent les mousquets contre pelles et pioches. Le résultat est si satisfaisant que l’ingénieur écrit à Louvois, Ministre de la Guerre le 18 octobre 1668 : « Aussi tout a été rectifié à la ville et à la citadelle (…); je suis sûr que tout ce qui est ici tracé est ce qu’on peut appeler le plus beau et le meilleur dessin de place, selon l’art, qui soit dans l’Europe, pourvu qu’on n’y change rien… ». Il disait vrai, l’Europe entière admirait ses travaux qui justifièrent même le déplacement du roi lui-même à pas moins de cinq reprises. Il conserve la citadelle anglaise et la compléte de nouveaux bastions. Conscient du rôle qu’elle devra jouer face aux bombardements maritimes, il la dote de cinq lignes de défense vers la mer alors que le côté qui regarde la ville n’est protégé que par une escarpe. Faisait-il confiance aux Dunkerquois ? Certainement ! Ils avaient très mal vécu l’occupation anglaise, mais surtout, c’est qu’avec l’Angleterre, la menace est maritime.

“Sic Gloria Mundi transit”

La citadelle veille sur les jetées de 1.200 mètres de long qui encadrent le chenal large de 100 mètres qu’il a fait rectifier et surcreuser. Elle contrôle le port où l’entrée est encore protégée par des forts, véritables batteries d’artilleries qui interdisent toute approche. Il est vrai que, vue de la mer, elle en impose car le rivage est alors bien plus proche de la ville qu'il ne l'est aujourd'hui... Le Risban, où se dresse le phare, est alors une île... Pas question de l'aborder à pied sec comme nous le faisons...

Tout a une fin. Le Grand Siècle se clôt sur une défaite et les Coalisés veulent en finir avec le roi vieillissant. L’humiliation est voulue totale : la Paix d’Utrecht l’oblige à raser les fortifications dunkerquoises jusqu’aux fondations. La citadelle perd ses murs, ses casernes sont abattues. Les lieux sont « civilisés ». Durant les années qui suivirent s’y installèrent des armateurs. On y construit des entrepôts, des cafés et autres maisons de commerce sur l’impulsion de décideurs comme Guillain et Trystram. Tout le petit monde des ports se côtoie dans le cœur économique de la ville, et si en Flandre, on sait s’amuser avec la même ardeur que l’on travaille, cela justifie bien que la bande y passe chaque année ou que certains cafés passent à la postérité.

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