Follow by Email

mercredi 30 octobre 2019

Emile Coornaert, d’Hondschoote à la Coupole


Hondschoote, à l’ombre de la Wytte Tor et des ailes de ses moulins, garde le souvenir de son passé industrieux, du bruit de la bataille révolutionnaire, des interventions de Lamartine et du souvenir studieux d’Emile Coornaert.

Treizième enfant d’une famille d’ouvriers agricoles, il voit le jour à Hondschoote en 1886. Studieux, il décroche le baccalauréat mais la mort de son père l’oblige à se partager entre les bancs de la Faculté et la vie active. En 1906, licencié en lettres, il devient journaliste et poursuit ses études à Lille puis en Sorbonne. Bien que dispensé de service militaire, il s’engage en 1915. Démobilisé en 1919, il passe l’agrégation d’Histoire l’année suivante et enseigne à Alençon, Nancy et au Lycée Condorcet à Paris. Il se marie en 1920 mais en travailleur insatiable, il est Docteur est Lettres en 1930 et obtient le poste de Directeur d’Etudes à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, à la place de Marc Bloch, le fondateur de l’Ecole des Annales, une nouvelle façon d’étudier l’histoire qui prend plus en compte les groupes humains que les personnages… Sa carrière prend un  nouveau tour en 1934-1935 car il est nommé à la chaire d’Histoire de l’Université de Sao Paulo au Brésil.

Les honneurs parisiens
En 1936, Emile Coornaert est le nouveau titulaire de la chaire d’Histoire du travail au collège de France où certains le méjugent : selon Maurice Halbwachs, il serait « un médiocre » au « fort accent belge »… Cela ne l’empêche en rien de travailler sur la sayetterie Hondschootoise et l’industrie de la laine à Bergues du XIVe au XVIIe siècle pour deux thèses et d’étudier les corporations avant 1789.
La guerre bouleverse les existences des Français. En 1941, il rejoint le réseau de Résistance  créé par Henri de Montfort, le directeur des Services de l’Institut de France. Leur journal clandestin « La France continue » est des plus virulents. Avec « Université Libre » et « Témoignage chrétien », c’est un des rares journaux à dénoncer la situation des Juifs. Ce journal change de nom en juin 1945 en devenant « Ici Paris »…
  


Après-guerre, il relance le Syndicat Général de l’Education Nationale, le SGEN, affilié à la CFTC et en est élu président en 1944. Pour lui, le syndicalisme sert à transformer la société, sans haine ni violence mais il finit par démissionner de son poste suite au rejet d’une de ses motions ?

Historien acharné
La recherche est le cœur du métier d’historien. Travailleur acharné, il continue de publier ses travaux. En 1958, juste récompense pour celui qui a défriché les études sur le monde du travail, il est élu membre de l’Institut. L’enfant d’Hondschoote porte désormais l’habit vert des Académiciens et est nommé au Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, un siège qu’il occupe de 1969 à son décès en février 1980. Il expire à Paris mais est alors inhumé dans son village d’Allarmont dans les Vosges. Décoré pour ses actes durant la Grande Guerre puis dans la résistance, officier de la Légion d’Honneur, il est devenu un immortel par son entrée sous la Coupole et pour les enfants d’Hondschoote dont les écoles publiques portent le nom.

mardi 29 octobre 2019

Cornil Saus, une vie au service du Roi de France


Cornil Saus voit le jour en 1659 dans une ville de Dunkerque soumise aux Anglais, conformément aux accords passés avant la bataille des Dunes du 14 juin 1658. Qu’importe, il ne reste pas longtemps sous la férule de la perfide Albion, Louis XIV rachète la ville en 1662… et en fait une cité dévouée corps et âme à la couronne de France.

Des promotions rapides
En mai 1689, Cornil obtient son premier commandement en guerre. Les débuts doivent être épiques car la Sottise n’est qu’une chaloupe de huit tonneaux. Cela n’effraie que ceux qui connaissent la hargne dunkerquoise à s’attaquer souvent à plus gros qu’eux. Qu’importe l’esquif, il montre vite sa bravoure. 

En 1692, le voilà nommé commandant du Dauphin. Un navire qui ne jauge que 50 tonneaux mais avec lequel il accompagne Jean Bart dans sa campagne en Baltique. Bien lui en prend, il ne ramène pas moins de 100.000 livres de prises. Cornil n’hésite pas à affronter le feu ennemi : en 1693, il est grièvement blessé lors d’un combat contre une frégate anglaise de 21 canons. Sa conduite bénéficie d’une telle renommée que Louis XIV lui-même lui envoie une médaille en récompense de sa bravoure. 
 
Comme tous les Corsaires dunkerquois, il profite des rares périodes de paix pour naviguer au commerce. La guerre, finalement, n’est qu’une activité parmi d’autres et nos marins et capitaines doivent bien travailler quand les canons se taisent.

L’année 1703 est éprouvante. Il croise dans le Pas-de-Calais sur le Soleil. Voilà un vaisseau digne de son commandement : 120 tonneaux, 18 canons et 140 hommes… mais le 2 octobre, il affronte une frégate anglaise. On imagine difficilement le choc de ces batailles, entre la mitraille et les boulets, les balles de mousquets, la fumée, le sang… et le choc des abordages ! Au cours du combat, une balle lui transperce la joue mais il tient bon et continue de se battre au côté de ses marins.



 
Remarqué par le Roi
Le marin jouit d’une bonne, d’une excellente réputation même. En 1706, Louis XIV lui fait envoyer une épée, distinction sans égale alors, si ce n’est l’anoblissement… 1709 est, elle, une année encore marquée par la guerre de course. Il profite pour faire de nombreuses prises dans la Manche grâce l’Auguste, fort de 56 canons. 
 
La même année, il reçoit le grade de Capitaine de frégate légère. Deux ans plus tard,  il est fait Capitaine de Vaisseau. Avec le nouveau grade viennent de nouvelles responsabilités. On place sous ses ordres une escadre de six navires, rassemblant une puissance de feu de 274 canons et 2.290 hommes. Avec eux, il fait des ravages dans l’Atlantique. La vie à bord est dure, dangereuse et finalement brève. 
 
En 1712, il rentre au port très malade et affaibli. Veuf, qui peut l’attendre ? Il donne ses biens à l’Hôpital et s’y retire. Il finit même par en prendre la direction. La retraite ? Quelle retraite ?  Rester à terre, il n’en continue pas moins de participer à la vie de sa cité où il rend le dernier soupir le 23 janvier 1738 puis est mis en terre dans l’église Saint-Eloi… Le Ministre Pontchartrain en fit un éloge simple mais terrible : « Flamand sans aucun extérieur mais qui excelle en deux choses : qu’il n’aime pas la rade et qu’il n’est pas pillard »…

lundi 28 octobre 2019

« Trystram, c’était le port de Dunkerque ! »


Vaucauwenberghe, en quelques mots, a tout dit de Trystram. 
  
Né à Ghyvelde en 1821, le milieu dont il est issu n’est guère aisé : il est le fils d’un modeste douanier ; quant à sa mère, elle ne sait ni lire ni écrire. Comme beaucoup d’enfants, il quitte l’école à 10 ans pour entrer comme apprenti chez un tailleur, puis il est employé dans une sucrerie du jeu de Mail. 
 
A12 ans, il se fait embaucher par la maison de commission Baudin où il s’intéresse au négoce. Sur le conseil du directeur des douanes, il s’oriente vers le commerce et s’établit comme courtier en assurances pour les remplacements militaires. 
 
La loi permet de se faire remplacer si l’on tire un mauvais numéro pour aller faire son service… C’est que le conscrit doit servir 7 ans sous les drapeaux ! Système injuste qui privilégie les plus riches ! Plus tard, ses adversaires politiques ne manquèrent jamais de le qualifier de « marchand d’hommes », surtout lors des campagnes électorales ! 
 
Il poursuit ses études seul et se marie en 1843 avec une jeune modiste coudekerquoise. De ce mariage naissent cinq enfants dont l’un, Jean, lui succède plus tard en politique. Le sens du commerce est inné chez lui. Les assurances, même en les diversifiant, ne lui suffisent pas. Il se lance dans le négoce et l’export agricoles où il amasse assez d’argent pour le réinvestir dans le commerce du bois puis dans le raffinage du pétrole. Voilà un homme qui compte à Dunkerque ! Lorsque qu’éclate la Révolution de 1848, le jeune homme de 27 ans jouit d’une situation prospère et d’une réelle popularité.
  


Les combats politiques
 
A partir de 1848, il commence une nouvelle carrière, dans la politique cette fois, avec le Parti républicain. La révolution et la naissance de la Deuxième République suscitent de nombreux espoirs. Ses relations lui mettent le pied à l’étrier. Il reçoit le soutien de la Franc-maçonnerie, à laquelle il appartient. 
 
Le coup d’état de 1851 et le Second Empire l’excluent de la vie politique… Proscrit par le régime, il se jette à corps perdu dans le travail. Avec son associé Louis Crugeot, il fonde une maison d’importation de bois de Scandinavie dotée d’une scierie mécanique en 1856. Elle devient vite la première de France ! 
 
Les associés récidivent avec la création d’une raffinerie d’huiles de pétrole mais celle-ci brûle en 1860 et en 1887, ravageant la scierie. Il préfère alors céder le pétrole aux Lesieur. Il s’adonne un temps au commerce des fontes et des fers et s’aperçoit alors de la faiblesse du port. Républicain convaincu, il est  nommé sous-préfet de Dunkerque en 1870. 
 
Une charge qu’il accepte parce que la France est en danger : l’Empire vacille contre les Prussiens ! Il puise même dans ses propres deniers pour contribuer à la défense de la ville ! Cependant, il démissionne rapidement pour se présenter aux élections législatives mais la France n’est pas encore républicaine… 
 
Battu, il persévère : les mandats se succèdent au Conseil Général où il siège de 1871 à 1905 et dont il assure plusieurs fois la vice-présidence. Le chemin de fer, arrivé à Dunkerque en 1848, met en évidence les carences portuaires. Les travaux prévus avancent lentement et de vastes espaces sont réservés aux fortifications. Trystram convainc le ministre des Travaux publics lors de l’inauguration de l’écluse ouest de la nécessité de l’agrandissement !

 
A la Chambre !
 
Il a beau œuvrer au développement du port dunkerquois en assurant aussi la présidence de la Chambre de Commerce et d’Industrie, il pressent que son action ne sera efficace que sous les ors de la République… 
 
Il entre en 1876 à la Chambre des députés mais suite à la crise du 16 mai 1877, la chambre est dissoute. La campagne électorale de 1877 est un échec mais l’élection est invalidée et il retrouve son siège au Palais Bourbon l’année suivante et parvient à intéresser Freycinet, le ministre des Travaux Publics en place, qui fait de Dunkerque une question nationale : il faut rendre le port capable de concurrencer Anvers ! 
 
Obtenant les travaux espérés, il n’a de cesse de réclamer toujours plus, pour renforcer le port. Par expérience, peut-être aussi par goût, ses travaux parlementaires privilégient les domaines commerciaux et maritimes. Inlassable travailleur, il est réélu en 1881. Battu en 1885, il revient en 1886 à l’occasion d’une élection partielle mais en 1889, il est battu par Lalou, un candidat boulangiste…   
 
Elu sénateur en 1892 à la mort de l’amiral Peyron, il garde son  siège 20 ans… Malade, il quitte la vie publique en 1905 et se retire chez lui, au 25 de la rue de l’abreuvoir. Veuf depuis 1896, il y vit en compagnie de sa fille Albertine et décède l’année suivante. Grâce à lui, Dunkerque devient le troisième port français, passant de 800.000 tonnes en 1870 à 3,5 millions en 1906. Dunkerque a perdu un de ses plus ardents supporters…