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jeudi 28 avril 2016

la batterie de Leffrinckoucke, gardienne du détroit dunkerquois



Un site important du dispositif de Séré de Rivières
 
La batterie de Zuydcoote (que les Dunkerquois appellent batterie de Leffrinckoucke car elle se trouve sur la plage de cette commune)  est revenue récemment sous les feux de l’actualité depuis le travail de l’artiste Ano Nyme. En recouvrant de miroirs brisés la casemate de Marine allemande qui se trouve sur la plage, il a tiré la batterie de l’indifférence relative dans laquelle elle était tombée... 
 
Pourtant, dès sa construction, elle revêt une importance capitale car elle est une pièce maitresse du dispositif mis en place par Séré de Rivières. Placée en front de mer, elle complète le fort des Dunes placé en retrait de la côte. Autant dire qu’avec un rôle d’une telle importance, elle n’a jamais cessé d’être modernisée. 
 
Achevée en 1879, elle dispose d’une batterie de quatre canons de 95 mm Lahitolle Mle 1888-1904, deux pièces de 95 mm Mle 1888 sur affuts de siège et quatre pièces de 19 cm Mle 1875-1876. La batterie se compose en outre d’un casernement et d’un magasin à poudre qui a reçu une couverture en béton en 1893.
 
 les casernements français

En 1916, les quatre pièces de 19 cm sont remplacées par quatre canons de 240 mm G mle 1976 sur affûts et l’on y ajoute un poste de télémétrie et des magasins à munitions positionnés entre chaque couple de 240 mm.

la batterie de 240 mm mle 1876

 
En 1934, nouvelle modernisation : les pièces de 240 mm sont remplacées à leur tour par quatre canons de 194 mm Mle 1902 sur affûts Mle 1934 mais pour maintenir les soutes à munitions intercalaires, l’on édifie trois des quatre encuvements de 194 mm sur l’emplacement des anciens 240 mm et la quatrième cuve, pour la pièce IV, à la place de l’ancienne batterie de 95 mm qui est, elle, directement reliée au magasin à poudres par deux monte-charges. 
 
Il faut attendre janvier 1936 pour que les premiers essais de tir aient lieu, essais retardés il est vrai par l’adjonction en janvier 1935 d’un poste de direction de tir avec une cuve haute à ciel ouvert pour la télémétrie et d’un observatoire bétonné. La batterie devient alors une « batterie témoin » car elle reçoit un camouflage élaboré en zébras en trois tons sur le poste de tir, les cuves, les soutes et les murs pare-éclats construits en arrière des emplacements de tirs (d’ailleurs, on peut encore discerner le camouflage à certains endroits de la batterie).  A la remise en service est construite une guérite blindée d’observation montée sur pylône métallique, en arrière du poste de commandement.
 
 le poste de direction de tir français en construction
 le camouflage de la batterie
La drôle de guerre et les combats
 
En 1939, le commandement de la batterie est confié au Lieutenant de Vaisseau Auroux, secondé par les Enseignes de Vaisseau Préville et Joumet et le Maître Fargis. Sous son autorité, la batterie comprend les quatre pièces de 194 mm Mle 1902, trois canons de 95 mm Lahitolle Mle 1888-1904et deux canons de 75 mm Mle 1897 formant la section d’éclairage. Un projecteur de 150 cm complète le dispositif.
 
Une fois la guerre commencée, on lui adjoint la 204e batterie de DCA mobile, équipée de quatre canons de 75 mm Mle 1932 CA.
 
Le 17 mai 1940, la batterie subit un premier bombardement aérien qui s’avère inefficace.  La nuit suivante, elle prend pour cible des hydravions allemands venus mouiller des mines magnétiques et reçoit le 18 mai quelques coups tirés par l’artillerie hippomobile allemande. Devant défendre la ville et les plages, la batterie opère des tirs le 29 mai et les jours suivants sur Bergues, Furnes, Hondschoote et Rexpoëde. Les conditions sont difficiles car une avarie sur la pièce N° III oblige les servants à l’alimenter à bras. De plus, la batterie subit des contre-tirs et des mitraillages.
 
Le 3 juin, vers 17h, six bombes de forte puissance arrêtent trois des quatre pièces lourdes, par avarie des culasses. Quant à la batterie de DCA équipée de 75 mm, elle a déjà consommé une grande partie de ses munitions et a perdu deux de ses pièces dans le bombardement aérien. La situation est dramatique car les soutes sont presque vides : la batterie de 190 mm a tiré 720 coups par pièce sur les 750 gardées en soutes et la batterie de 95 mm (à faible portée), elle n’a tiré que le 3 juin sur le canal des Moëres et le canal aux chats.
 
Le lendemain, les servants évacuent la batterie non sans avoir saboté tous les matériels et détruit les culasses. 


Sous régime allemand
 
Elle prend le nom de M.K.B. Malo-Terminus et mise en service dès août 1940 et change régulièrement de servants. Les Allemands rééquipent totalement le site. Entre l’automne 1940 et l’hiver 43-44, elle détient trois pièces de 9,4 cm Flak montées en encuvements qui seront remplacées par la suite par quatre canons de 10,5 cm sous casemates. Le site est complété par un Leitstand pour diriger les tirs des pièces, deux nouvelles soutes et plusieurs abris. Evidemment les Allemands mettent à profit les infrastructures françaises encore fonctionnelles tels que les abris traverses, les soutes et le casernement.
 
 Le Leitstand allemand

casemates pour canons de 105


Sur le front de mer, une casemate de type SK de Marine balaie la côte vers l’est avec un canon de 7,65 cm et un autre de 15 cm qui assure la section d’éclairage. De plus, deux projecteurs de 110 et 150 cm, trois pièces de 4 cm Flak Bofors, trois canons de 2 cm Flak, deux pièces de 2,5 cm Flak Hotchkiss et un canon 2,5 cm Pak assurent la protection rapprochée de la batterie contre tous types d’attaque.
 
Le site est assez important pour qu’il soit relié à un radar de détection navale type See-Riese FuMo 214 installé en arrière, au sommet du Fort des Dunes pour la conduite des pièces de 10,5 cm par temps bouché ou de pluie.
 
 un radar de type See-Riese FuMo 214

De plus, à Malo-les-Bains, deux postes d’observation et de commandement, camouflés en trompe-l’œil en reprenant l’aspect des habitations voisines, assurent le logement de l’Etat-Major du groupe d’artillerie de Dunkerque.

le poste de direction de tir français
 

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