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jeudi 29 décembre 2016

Après la mer et la Cavalerie, Dunkerque dans les Airs...



Dunkerque et Jean Bart, voilà deux noms que l’on trouve plus volontiers dans la Marine, porté par des navires de guerre. Plus étonnant pourtant, ils ont été régulièrement noms de baptême de chars. Il faut aussi compter avec l’aviation.

            L’arme la plus récente, a retenu aussi la cité flamande pour nommer un escadron. Cette formation est extrêmement discrète, secrète même mais essentielle dans la conduite de missions de guerre moderne. On est loin ici des chasseurs des Tigres du Cambraisis qui sillonnaient le ciel de notre région depuis la base BA 103 de Cambrai-Epinoy... car l’escadrille Dunkerque, l’EE 54, tel qu’elle est officiellement dénommée, est spécialisée dans la guerre électronique. 
 
Créée le 1er janvier 1964 à Lahr en Allemagne, en pleine guerre froide, elle récupère les appareils de l’ELA 55 qui venait d’être dissoute. 
 

l'insigne de l'EE 54



Pour ce qui est de sa filiation historique, l'escadron électronique aéroporté reprend les traditions de l'escadrille MF20, dernière unité aérienne créée avant le premier conflit mondial. Arborant le lion des Flandres sur un blason bleu roi en souvenir de son stationnement dans les Flandres en 1915, la MF20 a participé à toutes les grandes batailles du premier conflit mondial en tant qu'unité d'observation et de renseignement. Formée initialement sur Henry-Farman 1, l’escadrille a utilisé successivement des Letord puis a fini la guerre sur des Spad. Ses actions d'éclats et ses deux citations à l'ordre de l'armée lui vaudront l'attribution de la fourragère aux couleurs de la croix de guerre 14-18.

Pendant l'entre-deux guerres, l'escadrille confirmera son rôle de reconnaissance et sera alors affectée au groupe de reconnaissance I/35. Effectuant des missions à long rayon d'action en territoire ennemi sur des appareils de type Martin Bloch 131 pendant la campagne de France, la MF20 perdra de nombreux appareils face à la chasse allemande. L'armistice amènera la dissolution de l'unité en juillet 1940 dans le sud de la France.


Une unité importante dans la Guerre Froide

Recréée en 1964 sur la base de Lahr Hugsweier, l'escadrille électronique (EE) 00.054 prend rapidement l’insigne et les traditions de l’escadrille 20. Le nom de « Dunkerque » lui est alors attribué. Unité du commandement du transport aérien militaire (COTAM) mise pour emploi auprès du 1er commandant aérien tactique (CATAC) puis de la force aérienne tactique/1ère région aérienne (FATAC/1ère RA), elle mènera de nombreuses missions de recueil le long des couloirs de Berlin.

Cette dernière utilisait déjà les premiers avions de guerre électronique, la mission de l’escadrille Dunkerque ne devait pas changer. Les débuts sont un peu « folkloriques » car les pilotes utilisent des C47 Dakota, les mêmes appareils qui avaient parachuté les troupes alliées sur les plages du débarquement et que l’Armée de l’Air faisait voler avec quelques appareils allemands confisqués au sortir de la guerre. Les C47 étaient de véritables bêtes de somme : transport de personnels et de matériels, largage de parachutistes. Pour l’EE 54, ils étaient bardés de matériel électronique pour mener des missions de renseignement. On imagine bien le profil demandé aux navigants : maîtriser au moins deux langues, l’allemand et le russe... Tous les scenarii des militaires le prévoient alors: en cas de guerre, des colonnes de blindés venues d’URSS déferleront sur l’ouest, autant veiller à la frontière. Et puis le souvenir de la crise de Cuba, en 1962, est encore vivace... L’Armée se modernisant, l’escadrille reçoit vite trois NORATLAS avec la même mission. Ces appareils, plus modernes, étaient bien connus des Français, ils les avaient vus larguer les parachutistes en Algérie. Dans l’EE54, les NORATLAS sont bardés d’antennes et prennent le nom de Gabriel.
           

Retour en France

            Deux ans plus tard, en 1966, l’unité est transférée à Metz-Frescaty, sur la Base Aérienne 128 « Lieutenant-Colonel DAGNAUX ». Nouvelle base et nouvelles missions car depuis Metz, l’EE 54 se spécialise dans la guerre électronique en plus de l’écoute, avant tout vers l’Europe de l’Ouest, le couloir de Berlin, seul espace aérien de l’ex-Démocratique d’Allemagne ouvert aux avions occidentaux et vers la Baltique, où croisent toute l’année les navires soviétiques, dont les fameux chalutiers russes pêchant plus le renseignement que le poisson... L’EE 54 devient alors un maillon essentiel de toute une chaîne de renseignements qui comte de nombreuses stations d’écoute au sol. Au plus fort de son activité, il aligne jusque huit Noratlas Gabriel... Ses missions sont d’une telle importance que l’escadrille monte en puissance pour devenir escadron en 1987... 
 

le Transall Gabriel, monture de l'EE 54


            Le « Dunkerque » se modernise en 1989. Les Noratlas sont de bons appareils mais comme tout matériel, un entretien sérieux n’empêche en rien leur vieillissement. La nouvelle épine dorsale du transport militaire est constitué par les C160 TRANSALL. 

Deux exemplaires du TRANSALL Gabriel, plus performant, plus sophistiqué, remplacent alors les vieux Noratlas et l’escadron devient escadre, menant toujours les mêmes missions de renseignement et de guerre électronique...

Au cours de l’été 2011, la redéfinition de la carte militaire amène l'EEA « Dunkerque » à quitter ses terres messines, sur lesquelles il était implanté depuis 44 ans, pour rejoindre la base aérienne 105 d'Evreux.

Seul bémol quand on a la chance de croiser ces appareils forcément discrets, l’insigne n’est pas celui de la cité de Jean Bart mais un lion d’argent sur fonds d’azur mais qui ira chipoter ?

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