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jeudi 26 février 2015

L'épopée des Fusiliers-marins : VII - l'affaire de Beerst

VII. — L'AFFAIRE DE BEERST
Le 18, un général belge, à la silhouette mince et fière, passe rapidement en revue la garnison de Dixmude, alignée sur la chaussée en bordure du canal. C'est le roi Albert, roi de l'Yser comme Charles VII fut un temps celui de Bourges. Il est venu s'assurer que nous sommes prêts à repousser de nouveaux assauts, imminents et formidables. 
 
Et l'occasion va s'en présenter encore plus vite qu'on ne le suppose. 
 
Pas plus tard que le lendemain, l'ennemi attaque sur le front Keyem-Vladsloo, qu'occupent les Belges, et ceux-ci demandent à l'amiral d'envoyer à leur secours. Vers 9 heures du matin, le 2e régiment reçoit ordre d'avancer dans la direction de Beerst-Keyem. Il est mené par son chef, le capitaine de vaisseau Varney, d'une bravoure qui demeurera proverbiale. Insuffisamment éclairé, le bataillon d'avant-garde (1er bataillon - commandant Jeanniot) trouve Keyem déjà fortement occupé parles Allemands, mais le village est repris à la baïonnette par la 6e compagnie(capitaine Perlus), que va soutenir la 8e compagnie (capitaine Hébert) du 2e bataillon (commandant Pugliesi-Conti). En même temps, la 5e compagnie (capitaine de Maussion de Candé) est envoyée vers Beerst que nous croyons toujours au pouvoir des Belges. Or, à 400 mètres des premières maisons, elle est littéralement fauchée, et reste collée au sol, malgré la perte de son capitaine. 
 
En approchant des lignes entre Keyem et Beerst, que les Belges ont évacuées, la 8e compagnie est également reçue par un feu nourri. 
 
Arrivé à une ferme, vers la petite agglomération de Kasteelhoek, M. Hébert envoie son lieutenant, l'enseigne de vaisseau de Blois, en reconnaissance avec les 1re et 2e sections (cette dernière oommandée par l'officier des équipages Fossey) pendant qu'il se retranche dans la ferme, où vient le renforcer le lieutenant de vaisseau de Roucy, avec des mitrailleuses. Un peu plus loin, M, de Blois rencontre le commandant Jeanniot qui lui donne l'ordre de se porter franchement en avant. Mais, au premier bond, M. de Blois est grièvement blessé (emporté par le 2e maître Echivorel) et M. Fossey tué. Les deux sections ne s'en accrooheront pas moins bravement au terrain, la 1re commandée maintenant par le second maître Carré et le quartier-maître Le Chanteur, l'autre par le 2e maître Le Galès. 
 
Sous le feu le plus violent, M. Hébert tenait toujours dans sa ferme, secondé par le 2e maître Morice, un sourd, qu'il était obligé de courber à terre par force, chaque fois qu'arrivait un obus. 
 
Avec le reste de son bataillon,le capitaine de frégate Pugliesi-Conti les a rejoints. Alors, on rallie les débris des 8e et 6e compagnies, cette dernière dont l'officier des équipages Le Pannerer a pris le commandement, et il est enjoint à la 7e compagnie (capitaine Gamas) de reprendre l'attaque contre Beerst, ce à quoi il procède par un mouvement tournant des mieux réussis. En route, il recueille l'enseigne du Réau de la Gaignonnière (resté avec la réserve de la 8e) qui, apprenant que M. de Blois n'est plus là, court le remplacer, quoique blessé lui-même. Grossi par les petits détachements qu'il recueille chemin faisant, M. Gamas s'empare brillamment des premières maisons de Beerst et s'y retranche. A lui les honneurs de la journée. Des renforts arrivent ensuite, et le combat dure jusqu'à 5 heures du soir, où les Allemands finissent par évacuer Beerst. 
 
Succès chèrement acheté ! Deux cents tués, dont le lieutenant de vaisseau de Maussion de Candé, de tout premier ordre ; l'enseigne de vaisseau Boussey et l'officier des équipages Fossey, deux héros. Parmi les blessés, les lieutenants de vaisseau Pertus, qui pleurait d'abandonner sa compagnie, de Roucy, Hébert, grand apôtre de la culture physique et fondateur de ce collège des athlètes de Reims qui a préparé tant de solides défenseurs de la patrie ; les enseignes du Réau de La Gaignonnière et de Blois, lequel, sous le pseudonyme d'Avesnes, a écrit des livres charmants que tout le monde a lus et dont le dernier paru est un très beau roman intitulé la Vocation. Mais on avait atteint le but, qui était de soulager le reste du front belge, et il ne pouvait être question d'agrandir le nôtre, déjà trop large pour le petit nombre de ses défenseurs. A 6 heures, ordre de se replier sur Dixmude, qu'on traverse par une pluie battante, pour rentrer, vers minuit, dans les cantonnements de Saint-Jacques-Cappelle. Ce sont de véritables arches de Noé où les marins s'entassent pêle-mêle avec des artilleurs et des cavaliers, et leur premier soin est de préparer un peu de café chaud. 

 in : Commandant Émile Vedel -  "Nos marins à la guerre (sur mer et sur terre)... " , Payot, Paris,1916

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