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vendredi 31 mars 2017

Horum omnium fortissimi sunt Belgae... César et les Belges



In P. Pierrard, « Histoire du Nord (Flandre, Artois, Hainaut, Picardie) », Hachette, collection littérature, Paris, 1978, 404 pages, pp 27-29

Au début de sa deuxième année de campagne contre la Gaule, c’est-à-dire au printemps de l’an 57 avant J.C., César, vainqueur des Helvètes et d’Arioviste, campe aux abords de Besançon. S’étant assuré vers le Centre comme vers le Rhin, il se propose d’avancer vers le Nord-Ouest, vers la Riche Bretagne. En face de lui : les valeureux Belges qui, pressentant le danger se liguent autour du Conseil commun des Belges, se donnant mutuellement des otages en gage de fidélité ; ils pourront ainsi opposer un nombre considérable d’hommes valeureux (2000.000 ?) à César.
 
Celui-ci est inquiet, car il craint ces Belges qui, continuellement en lutte contre les Germains, sont des guerriers redoutables. Dès qu’il peut faire du fourrage, il lève deux nouvelles légions en Italie : elles viennent renforcer les six autres qui sont installées sur l’Aisne, face aux Belges. Or, contrairement à ses prévisions, César – il est vrai renforcé par les Eduens et les Rèmes (Reims) qui ont fait soumission – a facilement raison des tribus belges, multitude désordonnée, installée au sud des collines d’Artois : Ambiens (Amiens), Suessions (Soissons) et même Bellovaques (Beauvais), réputés pourtant pour leur vaillance. Il est vrai que l’exil des principaux chefs belges en Bretagne insulaire et une révolution intérieure ont affaibli les adversaires de Rome ont affaibli les adversaires de Rome dont les armées, admirablement entraînées, peuvent se déplacer rapidement dans un pays découvert et fertile et déjà parcouru de routes.
 
Reste les Nerviens, guerriers redoutés pour leurs armes de jet – arcs, frondes, javelots –  et leur épée courte : c’est un peuple de chasseurs pauvres et austères, dont l’infanterie s’abrite, en campagne, derrière des haies épineuses semblables à des murs. Dans un premier temps, installés sur la rive gauche de la Sambre, les Nerviens, aidés par les Atrébates et commandés par Boduognatos, s’emparent du camp romain. César jette trois légions fraîches et se jette lui-même dans une bataille terrible où les Nerviens – débordés – déploient un courage fabuleux, se battant sur l’entassement de plus en plus élevé des corps de leurs amis morts. Quand la bataille de la Sambre est terminée, il ne reste guère, de la vaillante tribu des Nerviens, que les femmes, les vieillards et les enfants.
 
Dans la Gaule entièrement pacifiée, seuls, en 56 av. JC, les Morins et les Ménapiens restent en armes. César va les affronter dans leurs forêts et leurs marais du Nord : mais une guerre incessante et coûteuse l’oblige à abandonner momentanément la partie. Ayant échoué dans un essai de débarquement outre-Manche, le Romain fait établir ses quartiers d’hiver (55 avant JC) chez les Belges. Un moment il tremble, car les rudes Nerviens ont encerclé la légion de S. Tullius Cicéron (le frère du grand orateur) : ayant appris, au contact des Romains, les principes d’un siège rationnel, ils ont entouré le camp romain d’un rempart haut de dix pieds et d’un fossé large de quinze ; des tours qu’ils ont construites et qui dominent l’ennemi, ils lancent des balles de frondes brûlantes qui mettent le feu au chaume des cabanes. Mais les Romains tiennent bon et sont délivrés par une colonne de secours dirigée par César qui a été prévenu par un Nervien, Vertico, passé dans le camp de Cicéron.
 
L’affaiblissement des Belges devient évident ; les 300.000 hommes de secours qu’ils expédient vers Alésia sont facilement dispersés par César. Celui-ci, en 51, doit quitter le centre de la Gaule pour rejoindre le Nord où Ambiens, Atrébates, Calètes, Bellovaques révoltés l’obligent à une guerre d’escarmouches d’autant plus éprouvante pour lui que, entraînés d’abord par Ambiorix, vainqueur en Ardenne de la légion de Sabinus, les survivants des Nerviens, les Ménapiens, et les Atrébates et les Morins trouvent en Comnios l’Atrébate un chef valeureux. Mais peu à peu les Belges s’épuisent ; les irréductibles – Comnios en tête – passent en Bretagne. La sédition de 51, qui se renouvellera en 46 et même encore en 29 et en 21 avant JC, a de moins en moins d’impact. Quand Auguste devient empereur, la Gaule, et avec elle le pays des Belges, a décidemment trouvé dans le Romain son maître.
Un maître qui est porteur d’une civilisation – elle-même tributaire de l’hellénique – qui n’a pas alors son pareil et qui, en pénétrant l’âme gauloise, va donner naissance à la civilisation gallo-romaine dont nous avons hérité.

Quand Lille rêvait de l'achèvement de sa cathédrale



 Au coeur du Vieux-Lille, à deux pas de l'Hospice Comtesse, se dresse la cathédrale de Lille, enfin achevée depuis une vingtaine d'années... enfin achevée, c'est vite dire puisqu'incapable d'aller jusqu'au bout du projet, l'on opta finalement pour une façade moderne, de marbre translucide et de tirants métalliques. C'est qu'il fallait en finir avec un chantier plus que séculaire et faire disparaitre le mur de briques d'argiles "provisoire" et les escaliers de béton qui fermaient l'édifice.

En 1848, pour réduire la contestation ouvrière privée d'emploi et donner du travail aux Lillois chez qui couvaient les germes révolutionnaires, il fut décidé d'araser la motte castrale de Lille. Les Ateliers Nationaux détruisirent la Motte-Madame à coups de pelles, de pioches et de brouettes. Il est vrai que la fortification pluriséculaire qui dominait le quartier n'avait plus aucun intérêt, le lieu ayant de plus fort mauvaise réputation et l'heure n'était pas encore à la préservation du patrimoine. 

Une fois la place nette, les Lillois eurent le projet fou de construire une basilique, de fort belle taille car il manquait d'un lieu de culte important dans le quartier. La collégiale saint-Pierre n'était plus qu'un lointain souvenir, détruite par la vente des Biens Nationaux... Il manquait d'un lieu de culte évocateur de la puissance industrielle de la capitale des Flandres françaises. 

En 1913, la création de l'évêché de Lille, par un démembrement de l'archevêché de Cambrai, lui conféra le titre de cathédrale mais n'apporta rien de plus au projet sur le plan monumental... Les travaux purent donc commencer à l'issue d'un concours d'architecte mais connut plusieurs temps d'arrêts: la Première guerre mondiale d'abord, avec une ville de Lille occupée par les Allemands qui confisquaient les ressources financières autant qu'ils réquisitionnaient les moyens de production, puis la reconstruction d'une région ravagée par la guerre... Il fallait bien se consacrer à rebâtir les villages ravagés par les combats, remettre les usines en marche (surtout quand l'Occupant les avaient vidées pour transporter les machines outre-Rhin)... Une reconstruction grévée d'ailleurs par la crise de 1929... Le chantier était encore au point mort quand survint la Seconde guerre mondiale et la reconstruction qui s'ensuivit... Les Trente Glorieuses n'y firent rien et la crise profonde dans laquelle le Nord, région de vieille industrie, s'enfonçait après les deux chocs pétroliers, rangèrent les rêves d'aboutissement du projet au rang de doux fantasme... Ni l'Etat qui avait d'autres priorités, ni les grandes familles d'industriels présentes au début du projet comme mécènes n'étaient en mesure d'y remedier... D'ailleurs, guerres et crises avaient largement entâmé les capacités financières de l un comme des autres...

Quoi qu'il en soit,l'on finit par trouver un moyen terme... Pas d'allongement de la nef, pas de tours imaginées comme celles de Chartes, les cloches restent dans le campanile de briques qui ne devait être que provisoire... La cathédrale de Lille n'aboutit jamais telle qu'elle fut rêvée et devint le reflet de l'histoire économique de la région.


Devant la maquette...
 
In « Notre-Dame de la Treille, IV-V – Sa cathédrale – Guide-album critique et complet », Les cahiers de la Treille Notre-Dame, Lille, imprim. SILIC, Lille, mai 1945, 71 pages et 132 planches., pp 6-7

Veut-on se faire une idée exacte de ce que doit être un jour la Basilique-Cathédrale en son total achèvement ? il suffit de voir sa miniature, telle qu’elle fut, en 1912, exécutée au cinquantième (à l’échelle 2 centimètres par mètre) par MM. Valbrun, père et fils. Elle permet d’en saisir un effet d’ensemble et de marquer d’ores et déjà, pour ainsi dire, la place de chaque pierre dans ses dimensions propres.

 
 
Il s’agit d’un monument de style ogival. Cette architecture fut en honneur durant les trois premiers siècles du Moyen âge. Elle est souvent, mais à tort, appelée gothique, bien qu’elle n’ait rien de commun avec les Goths. Née de la pierre de notre sol et des plantes de nos vallées, elle est expressive de notre génie, de notre goût, de notre sentiment national. Elle est radicalement française dans son essence, dans son origine, dans ses développement [1]. Cette formule architecturale – le style ogival primaire du treizième siècle – fut la condition primordiale imposée aux participants du Concours international ouvert pour la Basilique lilloise en 1854. Il en est sorti une œuvre harmonieuse, équilibrée, dont les dessins faisaient dire à Viollet-le-Duc qu’elle serait le « chef-d’œuvre du XIXe siècle ». Ses principaux éléments sont empruntés aux cathédrales qui marquent l’apogée de la construction ogivale : portail de Reims, clochers de Chartres, nef d’Amiens, chœur de Beauvais.
 
L’ensemble est un chef-d’œuvre de proportions, de mesure ; l’harmonie est parfaite entre longueur, largeur et hauteur ; ainsi que dans les diverses parties en élévation, comme entre les dimensions de la façade, des portails et des tours. L’œuvre est bien équilibrée ; il s’en dégage une impression de calme, de puissance et de grandeur.

 
 
Les quatre reliefs en plâtre, exposés dans les vitrines encadrant la maquette, furent exécutés à grande échelle par l’architecte lui-même. Ils montrent, par avance, certaines parties de l’édifice qui doit être un jour réalisé. Achevés en 1862, ils représentent au vingtième, c’est-à-dire la proportion de cinq centimètres par mètre, la grande nef, la chapelle absidiale et une travée des bas-côtés ; la miniature du portail, exécutée en 1867, n’est qu’au cinquantième (2 centimètres par mètre).
 
Quant au maître d’œuvre, Charles Leroy, qui en est l’auteur, il s’inspira des projets primés au concours. Il eut pour collaborateur, notamment pour les plans de la Sainte-Chapelle, le R.P. Arthur Martin, de la Compagnie de Jésus, mort en 1856 et mourut lui-même le 10 août 1879.
 
Plan  La projection de la Cathédrale en surface révèle le type classique , à savoir le plan basilical, en forme de croix latine, inscrite dans le triangle en hémicycle, composé d’une nef flanquée de bas-côtés, d’un transept avec de légères saillies dessinées par les bras de la croix, d’un chœur composé de dix travées droites et de cinq travées tournantes, d’une abside entourée d’un déambulatoire sur lequel s’ouvrent cinq chapelles rayonnantes : celle qui se trouve dans l’axe du vaisseau principal est dédiée à Notre-Dame. Ce diadème qui encercle le grand chœur n’a qu’un défaut : il fait de l’église une sorte d’hydrocéphale, on dirait une voile démesurée qui, au sommet d’un mât fluet, s’enfle comme une draperie gonflée par le vent. La grande nef, en venant bientôt se greffer sur le transept et l’abside, corrigera pour une part cette fâcheuse impression.


Dimensions – De toutes les Cathédrales françaises la plus vaste est sans contredit celle d’Amiens, qui couvre 8.000 mètres carrés. Le tableau comparatif ci-joint montre la place que doit occuper dans ce palmarès monumental, la Treille lilloise. La surface, il est vrai, n’en sera que de 5.000 ; mais si l’on y ajoute les Sacristies avec leurs dépendances et si l’on tient compte des dimensions, vraiment extraordinaires de la Chapelle absidiale, on atteint à peu de choses près, la superficie d’Amiens.
Comme étendue et proportions, la Cathédrale de Lille prendra donc rang parmi les édifices religieux les plus imposants.
Comme pureté de style, elle n’aura pas non plus sa pareille, puisque toutes ses rivales du Moyen âge ont perdu l’unité de leur ensemble et qu’aucune des principales n’eut la bonne fortune de parvenir à son total achèvement.

 
DIMENSIONS DE LA CATHEDRALE DE LILLE (achevée)
Longueur de l’édifice     dans œuvre : 123 m 50
Longueur de l’édifice     hors œuvre : 132 m
Largeur du chœur : 38 m 50
Largeur du transept : 54 m
Largeur des trois nefs à l’entrée : 26 m 40
Hauteur de l’édifice par rapport au sol extérieur : 47 m
Hauteur de la flèche du transept : 82 m
Hauteur des deux flèches : 115 m 40
Hauteur de la crypte sous chœur : 5 m 20
Hauteur de la crypte sous nef : 4 m 50
               


[1] C’est du centre monastique de Cîteaux que se répandit par l’Europe entière le style appelé « Opus francigenum ». N’est-ce pas Mathieu d’Arras qui fit l’architecte de la cathédrale de Prague ? N’est-ce pas Villard d’Honnecourt qui construisit, en Hongrie, le chœur de la Kaschau ; maître Mathieu qui, en Espagne, sculpta le Portail de la gloire à Saint-Jacques-de-Compostelle ; maître Huguet qui commença la cathédrale de Cologne ? Jean Deschamps qui commença en 1248, en 1272 et en 1273 les cathédrales de Clermont-Ferrand, de Narbonne et de Limoges était de chez nous.

jeudi 30 mars 2017

Les inondations défensives à Dunkerque en 1914 et 1918



In A. CHATELLE « Dunkerque pendant la guerre 1914-1918 », Paris, Librairie Picart, 1925, 247 pages + planches H.T., pp 12-13

Si à la fin août 1914, le Gouverneur fait pousser activement l’achèvement des tranchées autour de la ville, il ne néglige pas pour cela la traditionnelle et suprême mesure de défense : l’inondation.
Traditionnelle certes, car l’histoire locale a conservé le souvenir de multiples inondations protectrices de la ville et notamment celle si tragique de 1646 où, en l’espace d’une nuit, les Moëres furent mises sous les eaux de la mer afin d’arrêter les troupes du duc d’Enghien. La plupart des malheureux habitants de cette partie du pays n’eurent pas le temps de s’enfuir et périrent noyés en plein sommeil. De toutes les habitations il ne resta que la tour de l’église qui servit longtemps de repaire à une bande de brigands espagnols.
 
La dernière inondation « défensive » remontait à la chute de l’Empire en 1814, lors de l’invasion des coalisés.
 

En 1914, point ne fut besoin de recourir à une mesure aussi brutale. L’on commença vers le 25 août par « gonfler » les canaux. Les écluses de l’Aa à Gravelines restèrent fermées ainsi que celles de l’Yser à Nieuport si bien que lorsque l’ordre arriva de tendre les inondations, l’opération put se faire très rapidement sans avoir recours à l’eau de mer.
 
A partir de Watten, où le niveau normal de l’Aa est de cinq mètres au-dessus du zéro des cartes marines, on éleva d’un mètre le niveau de la Haute et Basse-Colme. En peu de jours, toute la plaine des Petites Moëres de Coudekerque à Ghyvelde, au nord de la Basse-Colme, les territoires d’Hondschoote, au sud de la Basse-Colme et les plaines basses aux alentours de Bergues jusqu’à Watten, disparurent sous les eaux. Des pluies incessantes augmentèrent encore l’étendue des inondations. Celles-ci à fin septembre couvrirent toutes les parties basses de l’arrondissement soit près de 7.000 hectares appartenant aux communes de Watten, Millam, Merckeghem, Eringhem, Drincham, Looberghe, Pitgam, Steene et Bierne pour la 3e section des Wateringues et Hoymille, Warhem, Hondschoote, les Moëres, Ghyvelde, Uxem, Téteghem et Coudekerque pour la 4e section des Wateringues.
 
Des récoltes entières de betteraves pourrirent submergées sans que les cultivateurs aient eu le temps de les mettre en lieu sûr et sec.
 
Il convient de remarquer que les Moëres proprement dites, en raison de la rapidité avec laquelle on pouvait les couvrir d’eau, ne furent jamais englobées dans les inondations « préventives ».
Dans la journée du 25 octobre, aux heures les plus critiques de la bataille de l’Yser, le général Foch convoque à Cassel le Gouverneur de Dunkerque et le commandant du Génie de la Place pour aviser aux moyens de tendre largement les inondations en utilisant cette fois l’eau de mer. Le général Bidon revient de Cassel avec l’ordre d’ouvrir les écluses de Dunkerque à la prochaine haute mer, c’est-à-dire le soir même à minuit. Mais de son côté, le baron de Brocqueville, premier ministre belge, avisé par le Q.G. belge, très inquiet de voir que les nouvelles inondations prévues pour protéger la vile se trouveraient aussi tendues derrière les troupes belges, les mettant ainsi entre le feu des Allemands et l’eau des Alliés, avait téléphoné directement au général Foch : « que si l’on continuait à tendre une inondation aussi préventive, il ne resterait plus qu’une ressource à l’armée belge, mettre bas les armes et évacuer le  dernier lambeau de son territoire, c’est-à-dire ouvrir à l’ennemi la route de Dunkerque ».
 
A la suite d’une intervention aussi importante et aussi justifiée, ordre fut donné au général Bidon le soir même à 23 heures, de ne pas ouvrir les écluses de Dunkerque à minuit.
 
En mai 1915, la stabilisation du front permis de supprimer l’inondation « protectrice » de Dunkerque qu’il ne faut pas confondre avec les inondations de l’Yser. L’asséchement commença le 7 juin, sous la direction du service du Génie et avec la collaboration du Service de Santé. Le plan d’eau fut progressivement abaissé, des équipes de soldats circulant dans les zones inondées à l’aide de petits bateaux métalliques appartenant à la distillerie Collette, utilisèrent quatorze tonnes de chaux vive, d’huile et de pétrole pour la désinfection des terrains.
 
Finalement les 25 et 26 juin un dernier et puissant tirage à la mer termina les opérations. Grâce aux mesures sanitaires prises, l’on observa aucun cas de paludisme dans la population. Les cultivateurs suivaient « pas à pas » le retrait des eaux et bien souvent avant de labourer ils furent obligés de faucher les roseaux qui couvraient des centaines d’hectares.
 
* * *
 
En 1918, lors de la grande offensive allemande dans les Flandres, les inondations paraissent à nouveau indispensables à la protection du camp retranché.
 
La Sous-Préfecture organise un service prêt à recueillir les populations et les bestiaux des villages qui seraient totalement inondés. En prévision de ces nouvelles inondations, l’on avait exécuté des levées de terre sur près de dix kilomètres aux limites des terrains inondables. Les chaussées des routes avaient été relevées jusqu’aux approches de Saint-Omer. Tout était prêt lorsque le général Foch ordonna aux général Pauffin de Saint-Morel de tendre les inondations. Les précautions avaient été si bien prises que le soir même (13 avril 1918) les inondations commencèrent à se répandre dans la région Bergues-Watten. Les eaux atteignirent bientôt la ligne Ghyvelde-Hondschoote et les terrains avoisinant un vaste dépôt de munitions de l’armée belge sur le territoire de Loon-Plage. L’inondation est alors si importante que l’armée belge doit exécuter des travaux, levées de terre, digues, éclusettes, etc. pour éviter que les eaux ne pénètrent sur le territoire belge entre Houtem et le canal de Furnes à Dunkerque.
 
Une tranchée avait été ouverte pour relier directement le canal de Furnes avec les fossés des fortifications en communication avec la mer. Près de cette « coupure », les Anglais installent de puissantes pompes pouvant débiter jusqu’à 60.000 mètres cubes à l’heure pour augmenter la rapidité des inondations.
 
Quatre mois s’écoulent et le 2 août arrive du G.Q.G. un ordre du maréchal Foch apportant une nouvelle attendue impatiemment par les cultivateurs : « L’on peut faire baisser dès maintenant et progressivement le niveau des inondations. »
 
Les méthodes d’asséchement et désinfection de 1915 entrèrent en application. Au fur et à mesure que les terrains émergent, des équipes de travailleurs recouvrent de chaux vive les amas de détritus organiques. Sur la surface des flaques d’eau qui persistent dans les bas-fonds l’on verse du pétrole pour la destruction des moustiques.
 
Le 25 août, les inondations « défensives » n’existaient plus qu’à l’état de souvenir. Elles avaient rejoint, dans l’histoire, leurs grandes devancières de 1583, de 1648, de 1657, de 1793 et de 1814.