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vendredi 31 mars 2017

Quand Lille rêvait de l'achèvement de sa cathédrale



 Au coeur du Vieux-Lille, à deux pas de l'Hospice Comtesse, se dresse la cathédrale de Lille, enfin achevée depuis une vingtaine d'années... enfin achevée, c'est vite dire puisqu'incapable d'aller jusqu'au bout du projet, l'on opta finalement pour une façade moderne, de marbre translucide et de tirants métalliques. C'est qu'il fallait en finir avec un chantier plus que séculaire et faire disparaitre le mur de briques d'argiles "provisoire" et les escaliers de béton qui fermaient l'édifice.

En 1848, pour réduire la contestation ouvrière privée d'emploi et donner du travail aux Lillois chez qui couvaient les germes révolutionnaires, il fut décidé d'araser la motte castrale de Lille. Les Ateliers Nationaux détruisirent la Motte-Madame à coups de pelles, de pioches et de brouettes. Il est vrai que la fortification pluriséculaire qui dominait le quartier n'avait plus aucun intérêt, le lieu ayant de plus fort mauvaise réputation et l'heure n'était pas encore à la préservation du patrimoine. 

Une fois la place nette, les Lillois eurent le projet fou de construire une basilique, de fort belle taille car il manquait d'un lieu de culte important dans le quartier. La collégiale saint-Pierre n'était plus qu'un lointain souvenir, détruite par la vente des Biens Nationaux... Il manquait d'un lieu de culte évocateur de la puissance industrielle de la capitale des Flandres françaises. 

En 1913, la création de l'évêché de Lille, par un démembrement de l'archevêché de Cambrai, lui conféra le titre de cathédrale mais n'apporta rien de plus au projet sur le plan monumental... Les travaux purent donc commencer à l'issue d'un concours d'architecte mais connut plusieurs temps d'arrêts: la Première guerre mondiale d'abord, avec une ville de Lille occupée par les Allemands qui confisquaient les ressources financières autant qu'ils réquisitionnaient les moyens de production, puis la reconstruction d'une région ravagée par la guerre... Il fallait bien se consacrer à rebâtir les villages ravagés par les combats, remettre les usines en marche (surtout quand l'Occupant les avaient vidées pour transporter les machines outre-Rhin)... Une reconstruction grévée d'ailleurs par la crise de 1929... Le chantier était encore au point mort quand survint la Seconde guerre mondiale et la reconstruction qui s'ensuivit... Les Trente Glorieuses n'y firent rien et la crise profonde dans laquelle le Nord, région de vieille industrie, s'enfonçait après les deux chocs pétroliers, rangèrent les rêves d'aboutissement du projet au rang de doux fantasme... Ni l'Etat qui avait d'autres priorités, ni les grandes familles d'industriels présentes au début du projet comme mécènes n'étaient en mesure d'y remedier... D'ailleurs, guerres et crises avaient largement entâmé les capacités financières de l un comme des autres...

Quoi qu'il en soit,l'on finit par trouver un moyen terme... Pas d'allongement de la nef, pas de tours imaginées comme celles de Chartes, les cloches restent dans le campanile de briques qui ne devait être que provisoire... La cathédrale de Lille n'aboutit jamais telle qu'elle fut rêvée et devint le reflet de l'histoire économique de la région.


Devant la maquette...
 
In « Notre-Dame de la Treille, IV-V – Sa cathédrale – Guide-album critique et complet », Les cahiers de la Treille Notre-Dame, Lille, imprim. SILIC, Lille, mai 1945, 71 pages et 132 planches., pp 6-7

Veut-on se faire une idée exacte de ce que doit être un jour la Basilique-Cathédrale en son total achèvement ? il suffit de voir sa miniature, telle qu’elle fut, en 1912, exécutée au cinquantième (à l’échelle 2 centimètres par mètre) par MM. Valbrun, père et fils. Elle permet d’en saisir un effet d’ensemble et de marquer d’ores et déjà, pour ainsi dire, la place de chaque pierre dans ses dimensions propres.

 
 
Il s’agit d’un monument de style ogival. Cette architecture fut en honneur durant les trois premiers siècles du Moyen âge. Elle est souvent, mais à tort, appelée gothique, bien qu’elle n’ait rien de commun avec les Goths. Née de la pierre de notre sol et des plantes de nos vallées, elle est expressive de notre génie, de notre goût, de notre sentiment national. Elle est radicalement française dans son essence, dans son origine, dans ses développement [1]. Cette formule architecturale – le style ogival primaire du treizième siècle – fut la condition primordiale imposée aux participants du Concours international ouvert pour la Basilique lilloise en 1854. Il en est sorti une œuvre harmonieuse, équilibrée, dont les dessins faisaient dire à Viollet-le-Duc qu’elle serait le « chef-d’œuvre du XIXe siècle ». Ses principaux éléments sont empruntés aux cathédrales qui marquent l’apogée de la construction ogivale : portail de Reims, clochers de Chartres, nef d’Amiens, chœur de Beauvais.
 
L’ensemble est un chef-d’œuvre de proportions, de mesure ; l’harmonie est parfaite entre longueur, largeur et hauteur ; ainsi que dans les diverses parties en élévation, comme entre les dimensions de la façade, des portails et des tours. L’œuvre est bien équilibrée ; il s’en dégage une impression de calme, de puissance et de grandeur.

 
 
Les quatre reliefs en plâtre, exposés dans les vitrines encadrant la maquette, furent exécutés à grande échelle par l’architecte lui-même. Ils montrent, par avance, certaines parties de l’édifice qui doit être un jour réalisé. Achevés en 1862, ils représentent au vingtième, c’est-à-dire la proportion de cinq centimètres par mètre, la grande nef, la chapelle absidiale et une travée des bas-côtés ; la miniature du portail, exécutée en 1867, n’est qu’au cinquantième (2 centimètres par mètre).
 
Quant au maître d’œuvre, Charles Leroy, qui en est l’auteur, il s’inspira des projets primés au concours. Il eut pour collaborateur, notamment pour les plans de la Sainte-Chapelle, le R.P. Arthur Martin, de la Compagnie de Jésus, mort en 1856 et mourut lui-même le 10 août 1879.
 
Plan  La projection de la Cathédrale en surface révèle le type classique , à savoir le plan basilical, en forme de croix latine, inscrite dans le triangle en hémicycle, composé d’une nef flanquée de bas-côtés, d’un transept avec de légères saillies dessinées par les bras de la croix, d’un chœur composé de dix travées droites et de cinq travées tournantes, d’une abside entourée d’un déambulatoire sur lequel s’ouvrent cinq chapelles rayonnantes : celle qui se trouve dans l’axe du vaisseau principal est dédiée à Notre-Dame. Ce diadème qui encercle le grand chœur n’a qu’un défaut : il fait de l’église une sorte d’hydrocéphale, on dirait une voile démesurée qui, au sommet d’un mât fluet, s’enfle comme une draperie gonflée par le vent. La grande nef, en venant bientôt se greffer sur le transept et l’abside, corrigera pour une part cette fâcheuse impression.


Dimensions – De toutes les Cathédrales françaises la plus vaste est sans contredit celle d’Amiens, qui couvre 8.000 mètres carrés. Le tableau comparatif ci-joint montre la place que doit occuper dans ce palmarès monumental, la Treille lilloise. La surface, il est vrai, n’en sera que de 5.000 ; mais si l’on y ajoute les Sacristies avec leurs dépendances et si l’on tient compte des dimensions, vraiment extraordinaires de la Chapelle absidiale, on atteint à peu de choses près, la superficie d’Amiens.
Comme étendue et proportions, la Cathédrale de Lille prendra donc rang parmi les édifices religieux les plus imposants.
Comme pureté de style, elle n’aura pas non plus sa pareille, puisque toutes ses rivales du Moyen âge ont perdu l’unité de leur ensemble et qu’aucune des principales n’eut la bonne fortune de parvenir à son total achèvement.

 
DIMENSIONS DE LA CATHEDRALE DE LILLE (achevée)
Longueur de l’édifice     dans œuvre : 123 m 50
Longueur de l’édifice     hors œuvre : 132 m
Largeur du chœur : 38 m 50
Largeur du transept : 54 m
Largeur des trois nefs à l’entrée : 26 m 40
Hauteur de l’édifice par rapport au sol extérieur : 47 m
Hauteur de la flèche du transept : 82 m
Hauteur des deux flèches : 115 m 40
Hauteur de la crypte sous chœur : 5 m 20
Hauteur de la crypte sous nef : 4 m 50
               


[1] C’est du centre monastique de Cîteaux que se répandit par l’Europe entière le style appelé « Opus francigenum ». N’est-ce pas Mathieu d’Arras qui fit l’architecte de la cathédrale de Prague ? N’est-ce pas Villard d’Honnecourt qui construisit, en Hongrie, le chœur de la Kaschau ; maître Mathieu qui, en Espagne, sculpta le Portail de la gloire à Saint-Jacques-de-Compostelle ; maître Huguet qui commença la cathédrale de Cologne ? Jean Deschamps qui commença en 1248, en 1272 et en 1273 les cathédrales de Clermont-Ferrand, de Narbonne et de Limoges était de chez nous.

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