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lundi 20 mars 2017

La (Vieille) Bourse de Lille... (1897)



In Mgr Dehaisnes, Le Nord monumental et artistique, Lille, imprimerie Danel, 1897

"La "Bourse" de Lille - M. Léon Palustre dit, dans son ouvrage sur La Renaissance en France, que "la Bourse de Lille est un chef-d’œuvre et l'un des plus remarquables à tous égards, de l'architecture flamande au XVIIe siècle". Et il ajoute : "difficilement trouverait-on ailleurs une plus grande habileté de composition et une aussi parfaite entente des effets décoratifs".
 
C'est un édifice en forme de parallélogramme, dont l'extérieur présente sur ses quatre faces, vingt-quatre maisons de marchands, et l'intérieur de la Bourse proprement dite.
 
L'intérieur, local où les négociants se réunissent pour traiter de leurs affaires, est formé d'une cour à ciel ouvert, longue de 19 mètres et large de 13m60, entourée de quatre galeries couvertes supportée par vingt-quatre colonnes en pierre noire polie. Les galeries dans lesquelles on pénètre du dehors par quatre entrées, sont pavées de larges dalles et offrent une coûte en briques décorées d'arcs doubleaux et de nervures croisées; elles sont surmontées d'un étage reposant sur une plinthe portée par des têtes de léopard qu'unissent des guirlandes de fleurs en pierre blanche, et percée de riches fenêtres à meneaux, moulures et balustres très bien sculptés, que domine une corniche encore beaucoup plus ornementée;
 

Ce qui est surtout remarquable dans la Bourse de Lille, ce sont ses quatre façades extérieures, formées comme nous l'avons dit que vingt-quatre maisons de marchands. L'architecte a tracé, sur chacune des quatre façades, de grandes lignes architecturales dans lesquelles entrent des maisons qui présentent toutes un plan uniforme et la même ornementation; il a couvert cet ensemble d'une seule toiture de manière à imprimer à son œuvre un caractère d'unité, un aspect monumental. Le rez-de-chaussée réservé aux magasins des marchands, est construit, depuis le sol jusqu'au premier étage, en larges grès en bossage et à refends, qui rappellent les palais de Florence. Les portes d'entrée des maisons sont petites et étroites; au contraire les fenêtres, qui doivent servir pour l'étalage des marchandises, sont larges, hautes et surmontées d'un tympan à objet sculpté C'est un ensemble simple et sévère, auquel les quatre entrées centrales avec colonnes, cartouches, cornes d'abondance et écussons aux armes du Roi, donnent un caractère monumental. Les deux étages qui surmontent le rez-de-chaussée, présentent l'aspect le plus riche; ils sont couverts de motifs sculptés. Entre leurs fenêtres, qui sont garnies de meneaux, de moulures, de volutes et de frontons brisés avec cartouche, montent alternativement des pilastres cerclés de bandes et des gaines de fleurs d'où sortent des cariatides. Ces cariatides représentent ici une tête d'enfant, là une jeune fille, ailleurs un homme et une femme d'un âge mur, plus loin un vieillard à longue barbe; l'un porte avec aisance la corniche qui pèse sur sa tête, tandis qu'un autre semble gémir sous le même poids; la tête d'une jeune fille est couronnée de fleurs et de fruits et celle d'un jeune homme de pampres et de raisins; tous les âges de la vie sont représentés dans ces figures qui sont au nombre de trente-six. Une seule représente un personnage connu: c'est celle du roi de Phrygie, reconnaissable aux deux appendices de sa tête, et dont Boileau a dit :

Midas, le roi Midas, a des oreilles d'ânes
 
Une très riche corniche couronne les façades extérieures de l'édifice. "Chose étonnante, dit encore M. Léon Palustre, l'œil ne rencontre, pour ainsi dire, pas un espace où se reposer, et cependant on n'éprouve ni fatigue, ni ennui à contempler cette prodigieuse multiplicité de figures, qui ont juste le degré de perfection nécessité par la place qu'elles occupent."
 


C'est à l'intelligente initiative des marchands de Lille et au désir qu'avaient les échevins d'embellir la ville qu'est dû ce remarquable monument. Pendant longtemps on a ignoré le nom de l'architecte qui l'a élevé. M. Rigaux, archiviste de Lille, a découvert que c'est Julien Destré, maître des œuvres de la ville de 1642 à 1677, qui en a fait le plan et qui l'a fait construire de 1651 à 1653. Plusieurs écrivains ont cru que ce monument était imité de l'art espagnol: c'est une opinion qui n'est aucunement justifiée. Julien Destré s'est inspiré, pour l'ensemble, des traditions de la Renaissance italienne; et pour l'ornementation, du genre adopté à Bruxelles, et surtout à Anvers, et peut-être même dans quelques détails de la tour de Saint-Amand?
 

La bourse de Lille a été elle-même imitée. Divers motifs d'ornementation que l'on voit à l'hôpital de Seclin, à l'hospice Comtesse et à diverses maisons de Lille, situées rue de Paris, rue Royale, rue des Sept-Sauts, etc., etc., présentent des sculptures rappelant celles de ce monument." 

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Pendant longtemps trôna au centre de la Bourse de Lille, écrin magnifique née de l'esprit fertile d'un escrinier, une statue de Napoleon Premier Consul... Il fallait bien cela pour remercier celui qui, au terme d'un banquet arrosé, transféra le siège du département et l'Université de Douai jusque Lille et permit à la proto-révolution industrielle, depuis longtemps en germe à Lille et dans ses environs, de prendre son essor... Après tout, sans le blocus de 1806, les entrepreneurs locaux auraient ils trouvé autant de débouchés pour leurs productions... D'elle, la place intérieure ne conserve que la trace de l'emplacement de son socle... Finement rénovée, elle a retrouvé son lustre virginal et est hebergée loin des outrages des intempéries au Musée des Beaux Arts de Lille...

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