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jeudi 21 avril 2016

Le Fort Louis, rare survivant du dispositif fortifié dunkerquois de Vauban



Le Fort Louis ? Quel habitant ne connait pas l'endroit caché par les arbres en bordure du canal de Bergues ? 
 
Plus connu que son frère et voisin le Fort Vallières, ils sont tous les deux des petits ouvrages fortifiés cruciaux pour la défense de Dunkerque. En effet,  sentinelles de terre et de briques, ils assuraient la garde, entourés de douves et d’un chemin couvert et devaient défendre les approches inondables au sud du port fortifié par Vauban tout en gardant la liaison fluviale entre Dunkerque et Bergues. C'est que la liaison entre les deux villes fortifiées est la base même du concept de camp retranché élaboré par Vauban, concept que reprendront d'ailleurs tous ses successeurs, qu'il s'agisse de l'Etat-Major français durant la Grande guerre ou l'amiral Frisius avec la Festung Dünkirchen.

Le Fort Louis entre deux-guerres
Faire évoluer la position  espagnole

Vauban choisit l’endroit parce que les Espagnols y avaient déjà édifié une redoute, un poste avancé qui ne pourrait résister longtemps. De petite taille et de forme simple, elle n'avait qu'un seul but: freiner l'attaque de quelques fantassins, pas,de résister à l'artillerie, ni de stopper une offensive. D'ailleurs, sa faible superficie interdisait la disposition de troupes en nombre.

 Le Fort Louis, maillon essentiel du camp retranché de Vauban
Les Forts (Louis - la Kenoque - François -actuellement Vallières)

Vauban s’appliqua à la renforcer : 500 mètres de long aux angles et quatre bastions : ceux de Dunkerque et du Bernardsleet au Nord, Coudekerque et Bergues au Sud. Entre les bastions, les courtines étaient protégées par des demi-lunes. Le fort n’était pas vide : au centre s’élevent les casernes et les pavillons des officiers, les logements du major et du commandant, la chapelle et le logement de l’aumônier, les magasins et les poudrières, trois citernes, un puits d’eau salée (le sable de la plaine en est gorgé avec les sables pissards). 

à l'intérieur du Fort Louis, notez que la chapelle (à gauche) est de style jésuite

Quant à la porte, elle est surmontée d’un corps de garde. Le tout se complète d’un bac pour traverser le canal de Bergues et de portes d’eau pour contrôler le niveau des fossés et inonder les alentours. Modèle réduit de citadelle, on y vit, on y meurt et parfois on s’y fait enterrer dans la chapelle.
 
 vue de l'entrée du Fort Louis
En 1712, les Anglais l’occupent. Ils se préparent à la paix d’Utrecht qui sera fatale aux fortifications de Vauban et provoquera un temps la ruine du port. En raison du traité, ils font raser le fort en 1714, épargnant toutefois la chapelle.

 au démantèlement consécutif au Traité d'Utrecht


En 1742, le fort est reconstruit selon le modèle hollandais : des murs levés en terre, sans briques.


Le Fort Louis en 1753


Les militaires s’y réinstallent trois ans plus tard et le renforcent après le traité de Versailles de 1783. En 1792, devant la menace anglaise, on reconstruit le parapet et reste donc le dernier verrou avant la ville de Dunkerque pour qui attaque par le sud.

 
Une nouvelle vie
 
En 1815, il sert de maison d’arrêt. Pendant la guerre de 1870, on l’utilise comme dépôt d’armes sans tenir garnison. La IIIe république lui rend une certaine importance avec l’installation d’un bureau de Télégraphie Sans Fil, qui déménage en 1913 près des Sept-planètes.


 Le fort Louis en 1889

Déclassé en 1889, il n’est normalement plus en état de combattre. On le remet deux ans plus tard à l’artillerie mais ce sont les Marins télégraphistes qui sont au fort quand survient la Grande Guerre. Les bombes allemandes pleuvent sur le fort qui continue d’émettre et accueille en même temps des Sapeurs-Pompiers. En 1925, le Fort Louis est remis à la Marine qui le garde jusqu’en 1960 quand il est remis au Domaine.
 
le Fort Louis intégré au système Séré de Rivières
            Entre-deux-guerres, il sert aux transmissions radioélectriques de la Marine, affecté au réseau de commandement du secteur de Dunkerque, sous les ordres du préfet maritime de Cherbourg. Essentiel aux communications, les pylônes de bois, cachés dans les arbres, sont remplacés en 1935 par des modèles métalliques. Ils ne résistent pas au pilonnage des Stukas qui les pulvérise comme le fort… Dans les ruines, les enfants jouent, les grands cherchent des champignons et les vaches paissent. Ce n’est qu’en 1960 que la municipalité de Coudekerque-Branche, dirigée par M. Mollet, décide l’acquisition de tout l’ancien terrain militaire pour en faire un parc public de 32 hectares qu’il achète en 1962. les travaux avancent vite et l’Etat prête même trois statues de pierre blanche et les douves, grâce aux sociétés de pêche, retrouvent des poissons pour le bonheur des patients pêcheurs à la ligne.

profil et position vis à vis du canal

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