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jeudi 21 avril 2016

à la découverte de Caroline Angebert et de ses adieux à la ville de Dunkerque



Son buste trône à l’entrée – côté ville – du parc de la Marine, et pourtant, combien de Dunkerquois peuvent se targuer de connaître la demoiselle. Tout juste peuvent ils en règle général dire qu’elle eût un lien avec Lamartine, poète politicien, surtout électeur de Bergues… Facile, en effet car un médaillon le réprésentant est fixé au piédestal.


 Angélique-Caroline-Omérine Colas, est née en 1793. Elle est la fille des fermiers du domaine seigneurial du Houssay en Seine-et-Marne. Cette petite femme mince et élégante, était réputée fine d’esprit, dotée d’une vive intelligence, et semble-t-il, emplie d’humilité. D’ailleurs, férue de saint Augustin et de Pope, elle avait étudié seule le grec et le latin et lisait des textes philosophiques en anglais.
 
A 21 ans, elle épouse Claude-Jacques Angebert, un commissaire de la Marine qu’elle suit à Corfou et à Trieste. En  1818, le métier de ce dernier les amène à Dunkerque, la cité corsaire du Nord où elle demeurera jusqu’en 1835 (voir plus bas). La femme du monde, philosophe et poète, « tient salon ». Rien d’exceptionnel, le phénomène est à la mode et complète les chambres de réthorique flamandes. Petit à petit, elle va y jouer un rôle social et politique dans une époque où les femmes ont rarement le droit à la parole, tant à cause du droit que des habitudes sociales et familiales.
 
Elle entame une correspondance suivie avec le philosophe Victor Cousin, grâce à laquelle elle perçoit la nécessité de faire de la morale le centre et le but de la philosophie. Très vite, elle s’enhardit à lui apporter la contradiction, notamment sur la condition des femmes. De 1829 à 1838, elle lui adressera à des commentaires pertinents sur ses cours en Sorbonne.
 
Ella avait par ailleurs fait la connaissance de Mme de Coppens, la sœur de Lamartine, qui habitait Hondschoote. C’est sous doute en raison de cette proximité qu’elle soutint le poète alors qu’il se lançait dans sa campagne pour la députation dans l’arrondissement de Bergues, en 1831. 
 
Le 7 janvier 1833, au cours de son voyage en Orient (juin 1832- septembre 1833), le poète sera élu député de Bergues et Caroline Angebert dut s’en réjouir, elle qui avait œuvré avec passion en ce sens?
En janvier 1835, son mari part à la retraite et elle le suit à Paris. Elle écrit alors les vers du poème « A la ville de Dunkerque ». L’eloignement ne l’empêche nullement de garder contact avec la famille de Lamartine, brisée par la mort de leur fille Julia en janvier 1833. Elle devient secrétaire du comité de patronage que l’épouse du poète avait fondé pour venir en aide aux femmes libérées de Saint-Lazare. En 1848, atteinte de surdité précoce, elle quitte Paris pour Provins et y distille une certaine mélancolie.
  
Caroline Angebert reste fidèle à Lamartine qui, après avoir connu une popularité immense en 1848, notamment en imposant le drapeau tricolore face au drapeau rouge, lors des journées révolutionnaires mais il abandonne la politique à la suite du coup d’Etat de 1851 fomenté par Louis-Napoléon Bonaparte, et ne cesse de publier des ouvrages pour payer les  dettes qu’il a accumulées. Dès 1856, elle souscrit elle-même à ses Entretiens de littérature. Puis, celle qui aurait tout donné pour sauver le patrimoine de son héros repart en campagne afin de lui recruter des abonnés. Mais les efforts de Caroline restent vains puisque, quasiment ruiné, Lamartine devra vendre sa propriété de Milly et accepter la rente viagère que lui attribuera un régime qu'il réprouve.

Lamartine meurt le 28 février 1869, Caroline Angebert, elle décède plus de dix ans après, le 14 novembre 1880. Sur la tombe de cette femme fidèle et  dévouée, on gravera ce qui pour elle était sans doute son seul titre de gloire : « Ci-gît une amie de Lamartine. 

Voici donc comment Caroline Angebert vivait son départ de Dunkerque en 1835:



A LA VILLE DE DUNKERQUE

1835
 
Ne pourront-nous jamais sur l’Océan des âges,
Jeter l’ancre un seul jour
                                                                   Lamartine

Dunkerque ! ville aimée et qui me fus si bonne,
Il faut nous séparer – Tout subit cette loi.
C’est mon passé, moi-même, hélas ! que j’abandonne,
En m’éloignant de toi

Car tu m’as donné tout ce qui fait vivre l’âme :
La douce bienveillance et la tendre amitié.
Le ciel qui de mes jours veut partager la trame,
T’en laisse une moitié.

Garde-là, beau pays, tu la rendis heureuse,
Garde tout ce passé dans ton vaste avenir ;
Moi, je rattacherai ma barque voyageuse
A ton cher souvenir.

Ma parole n’est point légère et fugituve ;
Depuis long-temps je t’aime et tu peux croire à moi.
Je te nommaus du nom de patrie adoptive,
J’etais fière de toi.

J’aimais à retrouver dans ton antique histoire
L’indépendance innée au cœur des vrais flamands,
Et le mien s’enflammait au récit de la gloire
De tes nobles enfants.

J’aimais ton sol heureux, tes riches paysages ;
De toi tout me charmait, tien n’était amer ;
J’aimais tes vieux remparts et tes dunes auvages,
Et ton ciel et ta mer !

Vent ! dont je redoutais les trop vives atteintes,
Tu me plais aujourd’hui, viens encore me chercher,
M’annoncer le bonheur, ou l’espoir, ou les craintes
De tout ce qui m’est cher !

Ce qui m’est cher ici c’est tout ce que je laisse :
Chaque âge, à mes regrets, chaque nom vient s’offrir.
J’ai vu s’épanouir la brillante jeunesse,
J’ai vu naître et mourir !

Hélas ! Combien souvent on s’ignore soi-même !
Vous que je croyais voir d’un œil indifférent,
Je vous regrette aussi, je sens que je vous aimé…
Je vous quitte en pleurant.

Vous tous ! Pardonnez-moi, j’oubliai d’être aimable,
C’est que nous oublions que le temps passe et fuit,
Qu’il fuit en imprimant la trace ineffaçable
Du jour présent qui luit.

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