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mercredi 6 avril 2016

La citadelle de Dunkerque, du fort espagnol aux entrepots portuaires




La citadelle de Dunkerque, qui n’en est pas revenu… parfois dans un triste état… Elle est certainement le lieu le plus connu dans et hors de la ville après la place Jean Bart et le Minck. Haut lieu de pérégrinations carnavalesques, elle ne ressemble plus vraiment à ce qu’elle fut lorsque le port, racheté en 1662 par Louis XIV après 4 ans passées entre les mains anglaises, faisait face à la « perfide Albion ».

Protéger le port

                Ultime souvenir des remparts de Vauban, que toute l’Europe admirait, la citadelle protégeait le port mais surveillait, si besoin la ville… Pourtant Vauban n’en fut pas le père. A l’origine, ce sont les Espagnols qui l’édifièrent à l’ouest de la jetée. Son rôle se bornait à protéger le chenal. Il est vrai que l’on craint particulièrement que des navires ennemis puissent entrer dans le port pour le ravager comme le fit plus tard l’amiral hollandais Van Ruyter à Londres en 1667. Un fort de bois, baptisé fort Léon, doit donc interdire le passage. Pourtant cette défense est aussi illusoire que les chaînes qui peuvent barrer le passage.


Le danger vient de la mer

                La victoire des Dunes, brillamment enlevée par Turenne, fit tomber la ville dans l’escarcelle anglaise. Durant quatre ans, de 1658 à 1662, les soldats anglais n’eurent de cesse que d’en renforcer la puissance. Ils détruisent le Fort Léon pour édifier en ses lieu et place une citadelle reliée à la ville par un simple pont de bois. dont la construction fut confiée à un dunkerquois. Déjà, les lieux avaient trouvé leur double usage : protéger le port mais aussi surveiller la ville. Il faut attendre que Louis XIV rachète le port flamand en 1662 pour que la physionomie des lieux évoluent encore une fois. Ayant gagné les Dunkerquois à sa cause, notamment en versant secrétement des subsides aux pauvres de la ville (pour éviter qu’ils ne passent au protestantisme), il fallait aussi élever des murs dignes de ce nom.

Comme ailleurs, Vauban fit merveille, mobilisant une fois de plus l’ « armée de la Brouette », ses soldats à qui l’on échange le mousquet contre pelles et pioches. Le résultat est des plus satisfaisants au point que le meilleur poliorcète français écrive à Louvois, Ministre de la Guerre le 18 octobre 1668 : « Aussi tout a été rectifié à la ville et à la citadelle, les piquets enfoncés jusqu’à la tête ; je suis sûr que tout ce qui est ici tracé est ce qu’on peut appeler le plus beau et le meilleur dessin de place, selon l’art, qui soit dans l’Europe, pourvu qu’on n’y change rien… ». Les travaux furent d’ailleurs si importants qu’ils justifièrent le déplacement du roi lui-même à pas moins de cinq reprises. Vauban ne rase pas la citadelle anglaise, il la complète, y ajoutant notamment de nouveaux bastions. Conscient de son rôle face aux bombardements maritimes, il dote la citadelle de cinq lignes de défense alors que le côté qui fait face à la ville n’est protégé que par une escarpe. Il aurait donc eu confiance en nos ancêtres ? Certainement mais surtout il concède que l’Angleterre est une puissance maritime. Dans son prolongement, les jetées de 1.200 mètres de long encadrent le chenal large de 100 mètres  qu’il a fait rectifier et qui sont elles-même protégées par des forts, veritables batteries d’artilleries conçues pour battre de leur feu toute approche de l’ennemi.

Un nouvel usage à l’îlot au milieu des bassins

Le roi de France perdit sa dernière guerre et la Paix d’Utrecht l’obligea à raser les fortifications dunkerquoise. La citadelle perdit ses murs, ses casernes et fut livrée aux activités civiles. Durant les années qui suivirent s’y installèrent des armateurs, des entrepots, des cafés et autres maisons de commerce, bref, tout le petit monde des ports qui se cotoie dans le cœur économique de la ville… Ce qui justifie bien que la bande y passe une journée.

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