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mardi 5 avril 2016

Faire le zouave au Pont de l’Alma !



En temps normal, faire le zouave fait rire mais là, c’est inquiétant pour les voisins. Être cité comme une référence nationale dès que les Parisiens risquent d’avoir les pieds dans l’eau incite au plus profond respect : « Fluctuat nec mergitur » (la devise de la capitale) mais pas tant que çà ! Voilà donc un Gravelinois élevé au rôle d’étalon d’une peur ancestrale de la capitale : que Paris-Plage déborde réellement les quais de Seine !
              
Un illustre inconnu
 
Inconnu du public, André-Louis Gody est le plus célèbre zouave de France. Né en 1828 à Gravelines juste après l’arrivée de ses parents, il est l’ultime et huitième enfant de la famille. Gravelines offre peu de possibilités pour un esprit aventureux : à part la pêche, il faut s’engager pour voir du pays. Si fait ! A l’âge de 19 ans, il signe pour 7 ans au 71e régiment de Ligne puis est affecté au 3e Régiment de zouaves à Constantine où il connaît le baptême du feu.
 
En 1855, Gody en reprend pour 7 ans et passe au Régiment de Zouaves de la Garde Impériale avec lequel il participe à la campagne d’Italie : il se bat à Palestro, Magenta, Solferino. En 1861, retour au 3e Zouaves pour deux ans d’Afrique. Finalement, un nouvel engagement de 7 ans est pris en 1863.
 
Cette fois-ci, c’est au 1er Zouaves puis au 20e de Ligne. Malgré 21 ans de bougeotte sous les drapeaux, le Gravelinois atteint quand même l’âge de raison : à 40 ans, on se fait vieux. Il faut se résoudre à rester civil et retrouver la famille partie dans le Boulonnais pour devenir tailleur de pierre.

La fin de l’aventure impériale

Il rempile avec la guerre de 1870. Pas de chance : les Prussiens le capturent et le gardent d’octobre 1870 à avril 1871. Incorporé ensuite au 106e de Ligne, il arrive à Paris lorsqu’éclate la Commune, pour y rester quatre ans avant de repartir en 1874 à Marquise, près de Boulogne, non sans avoir porté les galons de sergent pendant... 22 jours. Avec plus de 34 ans de service dont 9 de campagne et de nombreuses blessures, la carrière classique de ce soldat de métier aurait pu s’arrêter là.
 
Il doit sa renommée à Napoléon III. En 1854, l’Empereur décide de jeter un nouveau pont au-dessus de la Seine qui sera un puissant et vibrant hommage aux soldats du Second Empire. Ce sera le Pont de l’Alma en l’honneur de sa première victoire en Crimée le 20 septembre 1854. L’inauguration est solennelle : on remet leurs drapeaux aux régiments qui s’illustrèrent dans cette bataille.L’Armée d’Orient devait recevoir un hommage légitime au travers de quatre soldats de pierre: un artilleur et un chasseur à pied, par Auguste Arnaud, et un zouave et un grenadier ciselés par Georges Dieboldt, lauréat du Prix de Rome en 1841. Présenté au sculpteur par son frère marbrier à Paris, André-Louis devint son modèle dont les poses améliorèrent singulièrement l’ordinaire ; la solde est toujours trop maigre, trop vite dépensée.

Un petite entorse à la vérité historique

Dieboldt travailla avec le modèle improvisé de longues journées. C’est long à tailler une statue de 6 mètres de haut. Il fallait avant tout répondre aux exigences impériales : le modèle dut revêtir la tenue des zouaves de l’Armée d’Orient, lui qui n’avait marché que sous les couleurs de ceux d’Afrique. Pas grave…De toute façon, il n’avait pas connu le feu à l’Alma, à cette époque là, il subissait le cagnard africain… Plus que ses médailles et ses blessures, ce sont les ciseaux de l’artiste dégageant un fier soldat de la gangue de pierre qui le firent connaître.
 
Pourtant, l’Histoire fut ingrate : lorsqu’André-Louis décède en 1896, il ne reçoit pas sa Médaille militaire car ne les distribuait pas à titre posthume. Devenu LE Zouave du Pont de l’Alma, le patrimoine national l’adopte immédiatement: ses pieds puis son corps servent de référence populaire pour mesurer les crues de la Seine. Le pont fut remplacé en 1974 en raison de sa vétusté mais seule la statue du Gravelinois y fut replacée, perpétuant ainsi l’habitude prise de se servir de lui pour jauger des caprices du fleuve. On ne l’oublie pas malgré l’autre célébrité du Pont de l’Alma, Lady Di.
 



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