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lundi 25 novembre 2013

Charles Ier de Flandre, un bienheureux pour l'Eglise et un saint pour les Flamands

Curieuse destinée pour un comte de Flandre qui, finalement, est éclipsé par nombre de personnages flamboyants de la dynastie comtale tels Baudouin IV devenu empereur de Constantinople ou les ducs de Bourgogne. Pourtant, le personnage mérite que l'on s'y arrête.

  
Né Charles de Danemark vers 1084, il est par sa mère Adèle de Flandre le petit-fils du Comte Robert Ier, le neuveu du Comte Robert II et le cousin Germain du comte Baudouin VII; il quitte le royaume scandinave de son père à l'âge de deux ans lors de l'assassinat de e dernier. Quoi de plus naturel pour sa mère de trouver refuge auprès des siens qui prennent en charge son éducation. Sa mère l'y laisse en 1092 pour se marier avec Roger Borsa, duc des Pouilles... Le sud de l'Italie est une région florissante mais elle est éloignée des basses et humides terres des Flandres. A 8 ans, le voilà en demeure d'affronter seul sa condition de noble de haute lignée. De toute façon, l'époque n'est guère propice au maternage à outrance. Pour preuve, en 1096, il part pour la croisade avec son oncle mais ce dernier décède en 1111. Plus vieux que le nouveau Comte Baudoin VII, mais plus éloigné dans la ligne successorale, il devient un proche conseiller de ce dernier. Si la Flandre est fidèle à son Comte, cela reste un pays dur. Sa présence et ses conseils lui permettent d'obtenir quelques avantages non négligeables. Le voilà installé et en 1118, il convole en justes noces avec marguerite de Clermont-Beauvaisis, héritière du Comte d'Amiens.Sa vie prend alors un nouveau tournant en 1119 : les Etats le reconnaissent comme successeur légitime de Baudouin VII qui n'en finit plus d'agoniser. Il hérite des titres et charges le 19 juin de la même année, non sans contestations cependant, surtout de la part de la comtesse douairière, la veuve de défunt comte, Clémence de Bourgogne. Elle veut que la succession échoie à bâtard de Philippe de Loo, frère de Robert II mais ce candidat, Guillaume d'Ypres est vaincu, comme les autres contestataires d'ailleurs qui sont soit chassés, soit voient leurs fortifications rasées, soit tenus fermement en laisse... Il peut enfin installer réellement son autorité sur le comté. 

Il acquiert rapidement de surnom de "bon" pour sa vertu et sa générosité, notamment envers les pauvres, préfigurant en quelques sorte l'archétype de Louis IX de France, n'hésitant pas cependant à rappeler à tout à chacun la place qu'ils occupent dans la société. L'attachement pour son comté son tels que malgré sa bonne réputation, il préfère rester en Flandre plutôt que d'accepter le trône de Jérusalem.

Le peuple adhère d'autant plus à son action qu'il s'interpose souvent dans les querelles nombreuses entre les abbayes et les bourgeois, punissant aussi les spéculateurs qui, accaparant les grains, suscitent inflation et favorisent disettes et famines.. L'hiver 1126-1127 est terrible, les blés gèlent en terre, il interdit la pratique des prix de vente prohibitifs, ordonne la diversification des semis de pois et de fèves qui maturent plus vite afin de faciliter la soudure, organise la distribution des grains non sans redistribuer les bénéfices (malgré des tarifs raisonnables) aux propriétaires, procède à des distributions de pain... et afin de reserver le grain aux hommes, interdit le brassage de la bière. Pourtant, il est sauvagement assassiné le 2 mars 1127 dans l'église saint-Donatien de Bruges (aujourd'hui disparue, elle se dressait à l'emplacement de l'ancien palais de justice, à proximité de la basilique du Saint-Sang) lors de la messe du mercredi des Cendres.

Ses meurtriers sont des marchands que les sentences en leur défaveur ont profondément mécontenté. Ils sont pourchassés et impitoyablement punis. Le Comte est inhumé dans la sacristie de l'église puis transféré en 1606 dans la partie supérieure de l'église. Populaire s'il en est, la population le considère comme un martyr et un saint. Il est vrai que ses actions envers le peuple n'ont guère laissé indifférent et ont marqué profondément les esprits. le pape Léon XIII le béatifie en 1883, fêté le 2 mars, jour où une messe est dite en sa mémoire, et en fait le patron des comtes et des croisés, intercesseur des malheureux. Comme il est souvent de coutume dans la noblesse, il trouve un rôle thaumaturge car invoqué par les fiévreux qui devaient boire l'eau versé dans son crâne.

Mort sans prospérité, le comté échoit à son deuxième cousin, Guillaume de Normandie, surnommé "Guillaume Cliton".

Il est honoré à Lille en la cathédrale de la Treille où sa vie et sa mort sont retracés sur le maître-autel de la chapelle qui lui est dédiée et où l'on peut encore prier ses reliques.



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