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mercredi 31 juillet 2013

Gilbert Delaine, père du Musée d’art contemporain, et spécialiste du système gravitaire est décédé

Gilbert Delaine est décédé mardi, à 79 ans, après un long combat contre la maladie. Père du Musée d’art contemporain (devenu le LAAC en 2005), ce passionné d’art a mené une vie d’exception. L’ingénieur des Ponts et Chaussées, collectionneur sans propriété, a mené une vie tournée vers les autres, comme le prouve son engagement pour l’ouverture d’un musée à Dunkerque, son combat avec l’abbé Pierre au sein d’Emmaüs ou son action pour la création de La Dune aux Pins.
J’ai eu une vie extraordinaire, vous savez, confiait Gilbert Delaine, en octobre dernier, à l’occasion de la carte blanche du LAAC qu’il avait consacrée au mouvement CoBrA. Tout ce que j’ai entrepris, je l’ai réussi. J’ai eu une vie bien remplie. » Regard à la fois fier et timide, Gilbert Delaine réussissait le tour de force d’être charismatique et humble. Une nature puisée dans une enfance passée au sein d’une famille d’extraction minière et paysanne, à Witternesse (Pas-de-Calais), où il était né le 11 janvier 1934, avant de rejoindre Dunkerque en 1957 comme ingénieur des Ponts et Chaussées.

L’engagement social

Père de trois enfants et catholique convaincu, Gilbert Delaine s’engage, s’implique dans la vie sociale dunkerquoise. Animateur du comité de campagnes contre la faim, il s’engage au côté de l’abbé Pierre, préside les Amis d’Emmaüs. « Nous étions installés dans les anciens abattoirs, en Basse-Ville. On y accueillait une soixantaine de gars que l’abbé avait fait sortir de prison. » Une campagne de vide-greniers se termina si bien que les bénéfices s’élevaient à 30 millions de l’époque ! « L’abbé n’en voulait pas. Je vais en faire quoi ? Vous trouverez bien ! Et là, sans doute est-ce la Providence, j’ai rencontré mon directeur qui poussait une civière pour son fils handicapé. Il m’a confié sa plus grande inquiétude et celle de sa femme : Que deviendra notre fils quand nous disparaîtrons ? »
Gilbert Delaine présente alors son idée à Claude Prouvoyeur, maire de Dunkerque : ouvrir un centre pour handicapés. Une association est créée, des terres sont achetées à Ghyvelde : voilà comment La Dune aux Pins sont nées. Le spécialiste des voies navigables publie alors, en 1968, un ouvrage référence sur les wateringues. « Un nom barbare dont je me suis occupé durant dix ans, en travaillant sur des documents en flamand. »

L’illumination artistique

Ce n’est pas dans le monde littéraire que Gilbert Delaine acquiert ses lettres de noblesse. Mais dans l’art contemporain. « Je suis chez mon dentiste. Je tombe sur une œuvre de Kijno. Superbe. Je n’y connaissais rien, en art contemporain, pour moi, l’art s’arrêtait au calendrier des PTT ! » L’ignare en art comble vite ses lacunes.
Mu par cette formidable énergie qui l’a toujours habité, l’ami d’Arthur Van Hecke rencontre le marchand de Kijno. Puis l’artiste lui-même avec lequel il fraternise. Ce ne sera pas le seul : Arman, Cesar, Christoforou et tant d’autres (Télémaque, Mathieu, Roulland…) sont à leur tour subjugués par cet homme épris d’art. « On s’enrichit intellectuellement à fréquenter des gens comme ça ! Les artistes venaient souvent à la maison, dans mon petit chez moi. »
À ces artistes, guère considérés alors, il propose un étrange marché : « J’achète une ancienne toile et tu m’offres une nouvelle. Et ça a marché plus que je ne pouvais imaginer ! Les artistes se sont dit : Celui-là, il est aussi fou que nous, on va l’aider. C’est ainsi que cette collection est née. » Dans le même temps, pour financer ces acquisitions, le collectionneur sans le sou amadoue les mécènes industriels, nombreux dans ces années 70 du grand Far West dunkerquois (arrivée de la sidérurgie sur l’eau, extension du port vers l’ouest…), attirés par les réductions fiscales. Puis il crée l’association L’Art contemporain avec une dizaine d’amis, avec l’objectif d’ouvrir un musée pour abriter cette collection.
Car s’il est passionné et opiniâtre, Gilbert Delaine est au moins aussi généreux. Jamais il n’a pensé d’autre destinée pour sa collection que celle d’être offerte aux Dunkerquois. « J’ai connu des collectionneurs qui gardaient des œuvres dans des coffres-forts. Mais quel intérêt ? » Quand le Musée d’art contemporain ouvre ses portes, le 4 décembre 1982, face à la mer, Gilbert Delaine a réussi son pari. Marier l’art et l’industrie, toute proche avec les Chantiers de France, qui lancent ce jour-là le Quintino.
Cette fierté d’avoir offert cet accès de la culture à tous, Gilbert Delaine l’évoquait lors de la carte blanche qui lui avait été accordée. Une évidence : CoBrA. « Ç a me passionne, j’aime beaucoup Karel Appel (qui a été si généreux avec moi) et son Circus. C’est tout simple, tout bête, tout en couleurs. Ça paraît simple, alors qu’en réalité c’est bien plus réfléchi qu’il n’y paraît… Ce qui me ravit aujourd’hui, c’est que des grands-parents viennent au LAAC avec leurs petits-enfants en leur expliquant qu’ils ont eux-mêmes pris pied avec l’art en découvrant Karel Appel au musée. » Une mission que le LAAC (nouveau nom du MAC, pris lors de sa réouverture en 2005, après quelques années de « purgatoire ») poursuit en hommage à son « père » généreux, visionnaire, passionné et audacieux.

Les funérailles de Gilbert Delaine seront célébrées ce vendredi, à 10 h, à l’église Notre-Dame du Sacré-Cœur de Malo.

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