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mardi 26 février 2013

Les Serments de Strasbourg (842)

Préludes au Traité de Verdun de 843 qui consacre le partage de l'Empire Carolingien qui survécut à Charlemagne sous sa forme entière par le fait de n'avoir qu'un seul héritier mâle, les fils de Louis le Pieux se déchirent entre Francie occidentale, Lotharingie et Francie orientale. Les luttes fratricides profondent ne trouvent alors une solution que dans le partage l'année suivante...


In, Nithard, Histoire des Fils de Louis le Pieux, édition et traduction Ph. Bauer, Paris 1826 (les classiques de l’Histoire de France au Moyen-âge)

" Le 16 des calendes de mars [14 février] Louis et Charles se rencontrèrent dans une cité appelée jadis Argentaria et aujourd’hui communément Strasbourg, et prêtèrent, Louis en langue romane et Charles en langue tudesque, les serments qui sont rapportés ci-dessous. Mais avant de prêter serment, ils haranguèrent comme il suit le peuple assemblé, l’un en tudesque, l’autre en langue romane. Louis, en sa qualité d’ainé, prit le premier la parole en ces termes :

« Vous savez à combien de reprises Lothaire s’est efforcé de nous anéantir, en nous poursuivant, moi et mon frère ici présent, jusqu’à extermination. Puisque ni la parenté ni la religion ni aucune autre raison ne pouvant aider à maintenir la paix entre nous, en respectant la justice, contraints par la nécessité, nous avons soumis l’affaire au jugement du Dieu tout puissant, prêts à nous incliner devant son verdict touchant les droits de chacun de nous. Le résultat fut, comme vous le savez, que par la miséricorde divine nous avons été victorieux et que, vaincu, il s’est retiré avec les siens où il a pu. Mais ensuite, ébranlés par l’amour maternel et émus aussi de compassion pour le peuple chrétien, nous n’avons pas voulu les poursuivre ni les anéantir ; nous leur avons seulement demandé que, du moins à l’avenir, il fut fait droit à chacun comme par le passé.

                Malgré cela, mécontent du jugement de Dieu, Lothaire ne cesse de me poursuivre à main armée, ainsi que mon frère ici présent ; il recommence à porter la désolation chez notre peuple en incendiant, pillant, massacrant. C’est pourquoi, poussés maintenant par la nécessité, nous nous réunissons, et pour lever toute espèce de doute sur la constance de notre fidélité et la solidité de notre fraternité, nous avons décidé de prêter ce serment l’un à l’autre, en votre présence.

                Nous ne le faisons pas sous l’empire d’une inique cupidité, mais seulement pour que, si Dieu nous donne le repos grâce à votre aide, nous soyons assurés d’un profit commun. Si toutefois, ce qu’à Dieu ne plaise, je venais à violer le serment juré à mon frère, je délie chacun de vous de toute soumission envers moi, ainsi que du serment que vous m’avez prêté. »

Et lorsque Charles eut répété les mêmes déclarations en langue romane, Louis, étant l’aîné jura le premier de les observer :

« Pour l’amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre salut commun, à partir d’aujourd’hui, en tant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère Charles par mon aide et en toute chose, comme on doit secourir son frère, selon l’équité, à condition qu’il fasse de même pour moi, et je ne tiendrai jamais avec Lothaire aucun plaid qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mon frère Charles. »

Lorsque Louis eut terminé, Charles répété le même serment en langue tudesque :

« Pour l’amour de Dieu et pour le salut du peuple chrétien et notre salit à tous deux, à partir de ce jour dorénavant, autant que Dieu m’en donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère, comme on doit selon l’équité son frère, à condition qu’il en fasse autant pour moi, et je n’entrerai avec Lothaire en aucun arrangement qui, de ma propre volonté, puisse lui être dommageable. »
Le serment que prononça chacune des deux nations dans sa propre langue est ainsi formulé en langue romane :

« Si Louis observe le serment qu’il jure à son frère Charles et si Charles, mon seigneur, de son côté, ne le respecte pas, si je ne puis l’en détourner, ni moi ni aucun de ceux que j’en pourrai détourner, nous ne lui serons d’aucune aide contre Louis. »

Et en langue tudesque :

« Si Charles observe le serment qu’il a prêté à son frère Louis et que louis, mon seigneur, rompt celui qu’il a juré, si je ne puis l’en détourner, ni moi, ni aucun de ceux que j’en pourrai détourner, nous ne lui prêterons aucune aide contre Charles. »

Ces serments accomplis, Louis se dirigea sur Worms, le long du Rhin par Spire, et Charles le long des Vosges, par Wissembourg."

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