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samedi 29 septembre 2012

Le beffroi de Bergues tel qu'en 1897

In Mgr Deshaines : Le Nord monumental et artistique, Lille, imprimerie Danel, 1897, 2 volumes, volume 1 : p 41-42


A l’une des extrémités de la place de l’hôtel de ville de Bergues, s’élève le beffroi, tour en briques e 54 mètres de haut et offrant 7 m 50 de large sur chacune de ses faces. La porte qui donne l’accès à l’intérieur se trouve côté Sud, mais le côté Est, orné d’une manière plus symétrique, faisant face à l’hôtel de ville et moins engagé dans les habitations, peut être considéré comme la façade principale/
Entouré à sa partie inférieure de constructions parasites que l’on a malheureusement laissé s’y grouper, ce beffroi présente, à partir du toit de ces constructions jusqu’à la naissance des tourelles, des arcatures ogivales aveugles, dont les bordures sont formées à l’aide de petites briques moulées exprès. A 23 mètres du sol s’élancent, aux quatre angles de la tour, d’élégantes tourelles octogonales, placées en encorbellement et ornées comme la tour d’arcatures ogivales aveugles. Chaque tourelle est couverte d’un petit dôme en ardoises, offrant aussi une forme octogonale et couronné d’un gracieux campanile ; entre ces tourelles, au haut de la tour, se voient les quatre cadrans de l’horloge portés par des montants en fer. La partie supérieure de ces cadrans forme parapet autour de la plate-forme de la tour. Au centre de cette plate-forme s’élève la chambre des cloches, construction octogonale, qui est ouverte sur toutes ses faces, et au-dessus de laquelle s’élève le campanile central beaucoup plus grand et plus orné que ceux des tourelles. Il est surmonté d’une boule allongée et au-dessus de cette boule tourne au vent le  lion portant un étendard qui sert de girouette. Comme nous l’avons dit l’édifice est en briques, à l’exception toutefois de deux cordons de feuilles frisées ornant les tourelles qui sont en pierre, et de têtes bizarres placées aux angles de ces mêmes tourelles qui sont en bois. Le caractère de l’édifice révèle la fin du XIVe ou le commencement du XVe siècle. C’est à tort que l’on attribue aux Espagnols. C’est un monument qui est bien flamand et qui a été élevé près de deux siècles avant l’établissement de la puissance de l’Espagne en Flandre ; d’ailleurs les Espagnols, comme nous l’avons déjà rappelé, n’ont exercé aucune influence artistique dans les Pays-Bas. A l’intérieur les parties inférieures de la tour, bâties avec solidité et appuyées sur des murs épais et une voûte en ogive, supportent seules le poids des parties supérieures où se trouve la charpente. Cette charpente relie les quatre faces de la tour, sans les charger : la faiblesse d’écarrissage de ses montants verticaux prouve qu’ils n’ont d’autre destination que de prévenir l’écartement et de servir de tirants plutôt que de points d’appui. La charpente qui joue le rôle principal est dans la chambre des cloches; toutes les forces y sont concentrées autour d’un poinçon très solide qui sert d’axe général à la construction et en forme le véritable point d’appui.

La chambre des cloches renferme une grosse cloche dite le Tocsin, pesant 6.783 kilogrammes, une cloche dite de la Retraite ou du Ban, pesant 3.200 kilos, deux autres cloches, pesant chacune 750 kilos et enfin 29 cloches et clochettes de différentes grosseurs, servant pour le carillon. Parmi les inscriptions que présentent ces cloches, nous ne reproduirons que celle de la cloche du Ban, qui est en flamand et dont voici la traduction : « année 1782. Mon nom est cloche du ban, tel était aussi le nom de ma mère âgée de 222 ans et de ma grand’mère âgée de 177 ans. » La cloche de 1782 avait donc été fondue avec une cloche comptant 222 ans d’existence et par conséquent datant de 1560, et celle-ci avait elle-même été fondue avec une autre comptant 177 ans et datant par conséquent de 1383. Or, en cette année 1383, la ville de Bergues a été prise par les Français et livrée aux flammes, à l’exception de trois édifices religieux. Cette date de la fonte de la cloche est probablement aussi celle de la construction du beffroi.

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