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vendredi 14 septembre 2012

Quand Clovis s'empara de Cambrai

In Grégoire de Tours – L’Histoire des rois francs – trad. J.J.E. Roy, collection L’aube des peuples, éditions Gallimard, 1968, 200 p., pp 347-38
  

Le baptême de Clovis, tapisserie, Palais du Tau, Reims


« Ragnachaire, roi de Cambrai, avait des mœurs si déréglées que ses parents et ses proches n’étaient point à l’abri de ses passions effrénées. Il avait pour favori et confident un nommé Farron, souillé des mêmes vices que son roi ; quand on apportait au roi un mets, ou un présent quelconque : « Cela suffira, disait-il, pour moi et mon Farron ». Cette conduite avait soulevé au plus haut degré la colère et l’indignation des Francs. Clovis, qui était instruit de leurs dispositions, fit présent aux leudes de bracelets et de baudriers d’or en apparence, mais qui n’étaient que de cuivre doré, afin de les déterminer à trahir Ragnachaire ; puis il marcha son armée contre le roi de Cambrai. Celui-ci envoya des éclaireurs pour savoir ce qu’était cette nombreuse troupe qui s’avançait vers la ville ; ils revinrent bientôt lui annoncer que c’était un renfort considérable qui arrivait pour lui et pour son Farron.

Bientôt Clovis commence l’attaque ; mais voyant son armée n’opposer aucune résistance, Ragnachaire voulut prendre la fuite. Alors ses soldats l’arrêtèrent, ainsi que son frère Richaire, leur lient les mains derrière le dos, et en cet état les livrent l’un et l’autre à Clovis.

En les voyant, Clovis dit à Ragnachaire : « Pourquoi as-tu déshonoré notre famille en te laissant ainsi garrotter ? Il vaudrait mieux que tu fusses mort. » Alors il lève sa hache, et lui fend la tête. Puis se tournant vers Richaire : « Si tu avais secouru ton frère, il n’aurait pas eu l’humiliation d’avoir été conduit les mains liées. » en disant ces mots, il lève sa hache, et le tue de même.
Après la mort de ces deux princes, ceux qui les avaient trahis reconnurent bientôt que l’or qu’ils avaient reçu pour prix de leur crime était faux ; ils vinrent s’en plaindre au roi, qui se contenta de leur répondre : « ceux qui livrent volontairement leurs maîtres à la mort ne doivent être récompensés qu’avec de l’or faux », ajoutant qu’ils devaient s’estimer heureux de conserver la vie, et de ne pas expier dans les tourments leur infâme trahison. Cette réponse leur imposa le silence, et ils regardèrent comme une grâce qu’on leur laissât la vie.

Ces deux princes, dont nous venons de parler, étaient proches parents de Clovis. Ils avaient encore un frère qui était roi du Mans. Clovis le fit assassiner. Les trois frères étant morts, il s’empara de tout leur royaume et de leurs trésors. »

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