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mardi 6 juin 2017

la défense du Pas de Calais contre les sous-marins allemands pendant la première guerre mondiale



In Cdt Herbert Sauer « L’enfer sous l’eau – le sous-marin U.C.55 dans la guerre mondiale », Payot, Paris, 1928, 1930 (édition française), 174 p, pp ;54-56

Le barrage Calais-Douvres
Une des installations les plus grandioses que l’Angleterre ait mise au point pendant la guerre pour se défendre contre les sous-marins est certainement le célèbre barrage du Pas-de-Calais, qui d’ailleurs jusqu’au commencement de 1918 n’a jamais rempli sa fonction. Car nous, les pirates, nous passions soit au-dessus, soit dessous suivant que nous trouvions ou non une surveillance sérieuse en surface. Ce n’est qu’en 1918 que furent apportées au barrage des améliorations qui rendirent aux sous-marins le passage impossible.
 
A l’origine une simple ligne de surveillance par des navires qui, dans la suite, se montra absolument insuffisante à cause de la vitesse et des variations de direction des courants qui y règnent. Les ennemis, déjà au début de 1915 se mirent à paver de mines toute la zone longue de 34 kilomètres en travers de la Manche. Vers la fin de 1915 les premiers grands filets étaient prêts qui furent soutenus par des bouées géantes et allaient de la surface au fond, à certains endroits jusqu’à 50 mètres.
 
Mais l’Anglais n’aurait rien pu faire de mieux pour nous. Dans ces régions, les phares étaient éteints, par lesquels nous aurions pu connaitre notre position. Bientôt, après quelques observations, nus avions pu porter sur nos cartes la position exacte des bouées. Puis lorsque nous faisions route la nit sur le barrage, c’était un jeu d’enfant de passer près de ces flotteurs, de lire leur numéro, de regarder notre carte et d’en déduire un point qui nous a souvent aidés à sortir de difficultés dans ces chenaux particulièrement dangereux pour la navigation.
 
Le filet et les barrages de mines qui se trouvaient derrière nous gênaient bien peu. Les bateaux de surveillance qui patrouillaient de long en large nous obligeaient la plupart du temps à une alarme et nous contraignaient à disparaître pour peu de temps du paysage. 
 
Ce n’est que l’application que fit l’Anglais de ses téléphones sous-marins extrêmement perfectionnés qui rendirent ce barrage effectif et en firent un obstacle infranchissable à l’arme sous-marine allemande.

 un type UC II, de même type que l'UC 55

Mines à écouteurs
Au début de 1918, l’anglais construisit des mines dans lesquelles un écouteur sous-marin était introduit et les mouilla avec une grande densité, souvent en paquets, en travers de la Manche. Un câble réunissait chaque mine à un tableau, à Douvres, devant lesquelles étaient assis en permanence plusieurs téléphonistes de veille. Chacun d’eux avait devant lui une carte marine sur laquelle chaque mine était placée avec précision. Un commutateur lui permettait de lettre séparément le câble de chaque mine dans le circuit de son écouteur ; il pouvait aussi mettre en circuit une partie du champ de mines en une fois/
 
Si, maintenant, un sous-marin essayait de traverser, soit en surface, soit en plongée, le champ de mines, les téléphonistes de veille au tableau de Douvres entendaient immédiatement les bruits des hélices du navire captés par leurs écouteurs sous-marins. Quelques secondes suffisaient alors pour placer avec précision la position du sous-marin. Une série d’observations à courts intervalles suffisait pour déterminer la route par laquelle le sous-marin tentait de passer et le téléphoniste pouvait en conclure avec une certitude absolue que dans quelques secondes l’audacieux se trouverait près de tel ou tel paquet de mines. Il suffisait alors de presser sur un bouton, ce qui faisait exploser électriquement les mines considérées, pour envoyer sans tambour ni trompette et d’une manière purement mécanique une bande de téméraires dans l’autre monde.
 
Nous ne pouvons nous empêcher de rendre hommage au génie avec lequel cette installation a été faite, exploitant à la fois la théorie et la pratique. Depuis le mois de mars 1918, le barrage Douvres-Calais fut réellement efficace et à partir de ce moment les sous-marins allemands furent contraints de contourner l’Angleterre par le nord pour atteindre leurs vieilles zones d’opération.

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