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lundi 5 octobre 2015

samedi 3 octobre 2015... une journée ordinaire au camp de migrants de Grande-Synthe

  
Une fois n'est pas coutume, rien d'historique sur ce billet, si ce n'est que bientôt la situation entrera dans l'histoire et que plus tard, on nous demandera des comptes sur ce que nous avons fait ou sur le regard que nous avons détourné...
 
Encore une fois invité par une association dunkerquoise, retour au camp de Grande-Synthe pour une nouvelle livraison de vêtements et de couvertures. On n'est pas dans le cadre d'une catastrophe naturelle mais dans celle d'un catastrophe humanitaire dans laquelle beaucoup de personnes finissent par oublier les drames du quotidien, tant l'attention des médias est focalisée sur ce qui se passe pour les migrants qui tentent de rejoindre les bases de départ vers l'Angleterre.

Entre deux rotations du camion, occasion est donnée de déambuler entre les abris et d'établir le dialogue... tout en étant frappé par le nombre d'enfants de tous âges qui y vivent... Seuls les plus téméraires sortent de leurs tentes ou de leurs baraquements. Faut il penser qu'ils se méfient de nous? Il ne ne faut pas aller juqsue là mais la masse impressionnante d'adultes, la hierarchie qui s'est installée dans le camp comme dans toute structure humaine, ne leur laisse que peu de place.
 


 
Devant les tentes collées les unes autres, entre quelques épaves de voitures servant de refuge et quelques baraquement dérisoires, le dialogue s'installe. Un homme m'invite à visiter sa tente, il ne reve, comme les autres, que d'une chose : rallier l'Angleterre où les conditions d'emploi pour un sans-papier est sont plus souples qu'en France, où nombre d'entre eux ont dejà une famille établie... Il me présente à son épouse, souriante et ses enfants, aux regards tristes et confie son désarroi.. Ici il n'y a rien, rien à faire, rien à espérer...

L'on manque de tout, nourriture, couvertures (alors que l'entrée dans l'hiver se faire déjà sentir). Que peuvent faire les enfants à longueur de journée? Cet homme, ce père de famille avant tout, aimerait que ses enfants puissent aller à l'école... Il n'a rien et pourtant il veut m'inviter à manger avec sa famille... Comment dire sans vouloir vexer qu'il est difficile pour moi qui le soir, regagnera son confort, que j'aurais du mal à le priver du peu qu'il possède?
 




 Des chemins défoncés, encore boueux, des habitations de fortune, mais pourtant ils tentent de garder leur dignité. Loin de l'image spinalienne qui voudrait que l'on imagine une décharge a ciel ouvert, ils collectent leurs ordures et les déposent dans des bennes prévues à cet effet, plus loin des hommes poussent des caddies pour amener des jerrycans d'eau... La vie s'organise comme elle peut, les enfants ne sont pas laissés à eux-mêmes, ils tentent de préserver une petite part d'innocence, l'un pédalant à toute vitesse sur les chemins d'ornières, l'autre venant saluer les membres des associations, certaines venues de Belgique ou d'Angleterre, un autre baladant un jouet cassé ou caressant un jeune matou de gouttière...
 


 Et n'en sont pas moins hommes, qui tentent de garder un aspect propre et soigné...

Entre les tentes, un bébé de seize mois adresse des grands sourires au visiteur incongru que je suis, un enfant m'interroge du regard à l'abri de sa baraque... et finalement me fait bien sentir, par ses yeux qui ont dû en voir bien plus que ne le devraient des enfants de ces ages, que ma présence est des plus dérisoires.

On ne peut que se dire que c'est Mozart qu'on assassine à longueur de journée... A force de banaliser le discours par les obsessions permanentes des médias qui titrent sur les débordements de certains Calaisiens, des morts à Eurotunnel, d'une certaine désinformation, que la Flandre a toujours été terre d'accueil et de solidarités... L'hiver arrive, avec de la chance il ne sera peut-être pas froid mais comme tous les ans, il sera tres certainement pluvieux et humide.
 
Non, il n'y a pas que de jeunes hommes robustes là-bas.. J'y ai vu des enfants et des femmes, des femmes pas loin d'accoucher aussi... discrètes, on ne les voit que peu... Pour les voir, il faut naviguer entre les tentes... La République, si chère à nos politiciens, est absente et tout repose sur les épaules des associations qui ne peuvent faire quoique ce soit sans l'aide matérielle et financière des habitants... Qu'elles soient locales ou venues de plus loin comme l'Islamic Relief anglaise, on peut imaginer que la présence de la République ne soit que policière. Nous allons depuis plus de dix ans vers une catastrophe humanitaire et morale...
 

Aussi, importe-t-il de ne pas fermer les yeux et d'exiger de nos élus que l'accueil, fut il provisoire, se double d'une vraie politique d'aide et non point d'un replatrage d'urgence en installant des postes médicaux, de détacher des enseignants pour ces enfants, et bien d'autres choses encore permettant aux réfugiés de ne point desespérer et enfin de régler la question avec les Anglais, qui ne veulent pas des migrants mais qui tiennent à leur législation sur l'accueil qui ne peut qu'attirer plus de monde encore sur nos rives, dernière étape avant le salut qu'ils espèrent... Nos terres ont trop souvent connu la guerre et nos peuples l'exil pour laisser perdurer cette situation...
 








Juste une question : est-ce ainsi qu'on laisse vivre les hommes ?

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