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lundi 18 mai 2015

poliorcétique régionale : Mémoire sur le choix des attaques qu’on pourroit faire à Lille pour reprendre cette place (1712)



« Ce mémoire a été fait lorsque l’on eut l’intention de reprendre cette ville, peu après 1712, par M. De Valory, directeur des fortifications, Lieutenans Général des Armées du Roy, Gouverneur du Quesnoy.
 
Le cotté de la porte Notre-Dame, entre l’ouvrage à corne, à droite, et la ligne qui soutient l’inondation à gauche, est un des fronts de cette fortification dont le rempart est le plus découvert, et le moins garni de dehors, n’y ayant que la demi-lune qui couvre la porte, et une fort petite demi-lune, à l’extrémité de la branche gauche dudit ouvrage à corne, en le regardans par le dehors.
 
Le rempart de tout ce front est mauvais, peu flanqué, et n’a point de capacité : tout ce qui peut le protéger est le revers qu’il reçoit de la branche gauche dudit ouvrage à corne et celui de la partie de la digue qui vient appuyer au apuier au chemin couvert de la place à gauche de la demy lune, et qui se termine par une petite écluse, qui jette les eaux de la haute Deûle dans le fossé de la place, et qui se communique jusqu’à la porte de Fives.
 
Cette eau du fossé est soutenue par un batardeau appelé le batardeau des Jésuites, traversant au milieu de la Courtine, et par un autre batardeau au bout de la face gauche d’une petite demy lune dans l’interieure de la digue, environnée d’un chemin couvert assez mauvais qu’on apelle la petite inondation, continue dans les prairies basses, entre la digue et le chemin couvert ; on peut laisser les eaux du fossé du front de la porte Notre-Dame de 5 pieds de hauteur en se rendant maistre du chemin couvert de lad ; demy lune, par l’ouverture qu’on fairoit au bout du batardeau qui soutient les eaux de toute cette partie de fossé de place, jusqu’au batardeau des Hibernois.
 
Cette attaque seroit préférable à toute autre, suposé que l’inondation ne fut pas formée plus haute qu’il ne l’étoit, quand les ennemis ont fait le siège de Lille, mais s’ils prennent le parti de fermer leur écluse, pendant l’hiver ou au commencement du mois de mars, prenons les précautions n écessaires pour n’avoir pas besoin des moulins à eaux dans la ville, dont l’usage consomme beaucoup d’eau. Il ne faut pas douter qu’en six semaines au plus ils ne lèvent l’inondation au dehors de la grande digue dans toute sa hauteur, qui seroit de 3 à 4 pieds plus haut qu’elle ne l’étoit lorsqu’ils ont fait le siège, ce qu’on n’avoit pu executer parce qu’on si étoit pris trop tard, que les eaux n’etoient pas abondantes, que pendans la deffense on a été obligé de les lascher frequamment ; moyennant cette inondation dans la plénitude de ce côté d’attaque seroit impraticable, parce que les eaux rempliroient tout lespace de terrein entre la branche droite de l’ouvrage à corne, dont il a été parlé, et la porte de Notre-Dame, et il est à remarquer que, quand les eaux sont descendues dans les parties basses de cette teste, on ne peut plus les laisser, quand même on entrependroit le travaille de les en vouloir tirer en faisant une coupure dans les terres du coté de la redoute de Canteleu pour jetter les eaux dans la Basse Deûle, qui est un ouvrage long et pénible, et que les ennemis n’ont point entrepris, quoiqu’ils fussent informés de cette possibilité.
 
Si le front de la porte Notre-Dame se trouvoit d’un trop difficile accès, par les raisons de l’inondation, comme on vient de l’expliquer, on pouroit attaquer l’ouvrage à corne, à la droite de cette porte ; le terrein qui lui est oposé est fort élevé, les approches en sont faciles, et l’on peut battre en même tems tout le rempart jusqu’au pied de cet ouvrage jusqu’à la demy lune de la porte Notre-Dame, et après s’estre rendu maître de cet ouvrage à corne dont le fossé n’est point revestu, et assez étroit, mettre en breèche la face gauche du bastion qui lui est oposé, qui ne se trouveroit plus deffendue par la partie du rempart, qu’on auroit ruiné comme on la dit cy dessus.
 
Les difficultés de cette attaque sont les revers de canon qui se peuvent placer sur la grande digue qu’on auroit peine à éviter, et le passage du fossé de corps de la place qui est large et assez profond, dans cette endroit, et dont on ne peut tirer les eaux, mais avec le tems et le travail on ne laisse pas de surmonter tous les obstacles.
 
Le costé de la porte de Fives est encor une attaque possible, néanmoins la contregarde de terre qu’on a fait au devant du bastion de cette teste, le protege puissament ; il faut s’en rendre maître, et y placer interieurement du canon, pour pouvoir battre en brèche le bastion qui se trouve un retranchement naturel dans sa gorge par une vieille enceinte de la fortification, qui subsistoit lorsque Sa Majesté fit le siège de Lille, le front de l’attaque est petit et par conséquent facile à deffendre par une garnison nombreuse, cela n’empecheroit pas qu’on n’en vint à bout, si l’on étoit forcé de prendre ce party.
 
Le front de la porte Saint-Maurice est encore un coté d’ataque très accessible, le terrain qui lui est contigu est for élevé, et découvre le rempart jusqu’à l’eau, dont l’intérieur est etroit et mal terrassé. Le centre de ces deux bastions est rempli, celui de la gauche d’un fort gros corps de casernes, et celui de la droite d’un cavalier qui n’a jamais été bien achevé et qui est plus nuisible qu’util, en cet endroit, la demy lune qui couvre la porte, est d’une petite capacité, le fossé de ce côté de poligone est assez profond et ne se peut laisser que par le batardeau qui est au bastion de la droite de l’attaque des ennemis ; ainsi on ne pouroit profiter de cet expédient, mais avec des fascines en nombre, il n’y a point de fossé qu’on ne passe quant les deffenses sont ruinées.
 
Le circuit du reste de la place à droite de la porte Saint-Maurice jusqu’à la basse Deûle, et dans la basse Deûle à la porte de Saint-André, sont des parties plus régulièrement fortifiées, quoiqu’avec des deffauts, mais qu’il ne seroit pas conseillable d’attaquer préférablement aux autres endroits, dont il a été parlé, d’autant plus que les raisons qui ont déterminé les ennemis sur le choix de leur ataque, par rapport à Menin d’où ils tiroient leurs munitions, sont les mêmes qu’on auroit pour estre plus à portée de recevoir celle qu’on auroit à tirer de Tournay et de Douay, si l’inondation de la haute Deûle n’estoit pas portée dans son élévation, et qu’on put semparer de la grande digue et s’y établir ; on croit que l’ataque de la porte Notre-Dame seroit préférable aux autres, sy au contraire dette partie se rendoit inaccessible, on juge qu’il conviendroit de s’attacher à la porte Saint-Maurice sy les ennemis ne font rien sur ce front pour en augmenter puissament la deffence, comme de leurs deux contregardes pour couvrir  entierement les deux bastions de ce poligone, auquel l’ataque que la porte de Fives ou celle de l’ouvrage à corne à droite de la porte Notre-Dame, seroient préférable et à peu près de la même deffence ; on croit qu’il est à prppos de dire que pour ne le point mécontenter sur le tems de la durée du siège de Lille, il pouroit aller à 35 ou 40 jours de tranchée ouverte, et à peu près le même tems pour la réduction de la citadelle, suposé que l’on ne manque de rien et que l’artillerie soit assez nombreuse et bien servie pour diligenter la besogne comme il faut en pareilles occasions. »


In Bulletin de la Commission Historique du département du Nord, tome XXXIII, Lille, 1930

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