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lundi 27 avril 2015

l'esprit des Bains Dunkerquois à l'épreuve du temps

Une entrée colorée en forme de coquillage, deux lions couchés, des mosaïques multicolores , bref un style orientaliste qui tranche nettement avec les maisons bourgeoises qui l'encadrent, typiques de la Révolution industrielle et de sa croissance démographique... Fermée quelques années après la seconde guerre mondiale, on ne compte pas les habitants de l’agglomération qui ont gardé un lien affectif fort avec cette piscine, nombreux qu'il furent à y avoir appris à nager mais ça remonte si loin que l'on pourrait presque invoquer la prescription…
Les guerres ont relativement épargné les bâtiments édifiés en 1896 par les architectes Gilquin, Boidin et Baert sur la commande du maire de Dunkerque Alfred Dumont. Associés depuis 1885, ils ont déjà construit nombre de villas à Malo et les bains publics de Lille (depuis longtemps fermés au public eux aussi). Pourtant ces architectes sont loin d'être inconnus sur le littoral.
 


Albert Baert, franc-maçon lillois commence à être remarqué dans la région. Par la suite, on lui doit le temple maçonnique « la Lumière du Nord » de la rue Thiers à Lille inauguré en 1914, les bains publics de Roubaix en 1922 (devenus le musée d’art et d’industrie de « La Piscine »), de grands magasins et surtout la reconstruction de la ville d’Houplines après 1919, à l'instar de ce que fit Louis-Marie Cordonnier dans la vallée de la Lys. Ses travaux en font un architecte régional majeur... voire incontournable.


Un bâtiment à la mode et utileLes « Bains Jean Bart » sont résolument dans l’air du temps. L’Europe est submergée par la mode orientaliste, engouement suscité par les conquêtes coloniales en Orient et la vie de certains artistes comme Pierre Loti. Partout se développe un style arabo-mauresque né en Angleterre, qui n'est pas en reste dans ses conquêtes (extreme-)orientales. En France règne la mode des cafés et des Bains Turcs. Le choix de ce style à Dunkerque n’est pas incongru :à l’époque, on parle encore assez peu d’architecture régionale ou régionaliste…Pas loin de penser qu'il faille faire du  passé table rase, il faut aussi et avant tout dépayser l’utilisateur : mosaïques colorées, arabesques compliquées. l'iamge, la couleur doit supplanter formes et teintes locales. 
Les architectes reprennent les poncifs à la mode : arcs outrepassés pour les baies, des bulbes torsadés et des croissants surmontent les couvertures et cheminée en forme de minaret décoré de briques polychromes en torsade. 


On est délibérément de l’autre côté de la Méditerranée. Les Bains publics ont de fait des allures exotiques comme les établissements de bains que l’on construit à Biarritz, Vichy ou au Mont-Dore, Nice ou Cannes…

Plus que le décor, les Bains Dunkerquois se veulent utiles et avoir un rôle social. Le XIXe siècle est celui des hygiénistes. Les maisons dunkerquoises manquent de commodités ? Les habitants pourront y venir pour apprendre à nager, utiliser les bains publics pour se laver et même se servir du lavoir. Les conditions de vie évoluant, les bains connaissent de profondes transformations dans les années vingt.
 
Tragique destinVient la seconde guerre mondiale à la suite de laquelle il faut abattre le bulbe qui surmonte l’entrée, la cheminée et la chaufferie. Les hautes colonnes à pans coupés qui surmontent les balcons d’angle ne résistent pas non plus. Cela n’empêcha pourtant pas d’y accueillir le public jusque dans les années 60… Les bâtiments sont condamnés à la ruine : vandalisés, souillés, on ne prend même plus la peine de le regarder sauf que… partiellement inscrit aux Monuments Historiques depuis 1982, tous les architectes qui doivent entreprendre des travaux à proximité doivent prendre son existence en compte et modifier les plans en conséquence. Les « Bains Jean Bart » ne sont malgré tout plus l’ombre que d’eux-mêmes…

Sous le mandat du précédent maire, M. Delebarre, une belle restauration de la façade et des extérieurs a été entrerprise grâce à un important mécénat, couleurs et mosaïques remises en place, lions de l'entrée restaurées, murs nettoyés et le bulbe oriental remis en place au surplomb de l'entrée. Ne manquent à l'appel que la cheminée de la chaufferie, de toute façon inutile et les petits minarets (peut-être pour ne pas échauffer certains esprits chaffoins)... 
Reste la question de sa destination finale : laissera-t-on les Bains dépérir jusqu'à une nouvelle restauration? Osera-t-on remettre les intérieurs en état? et surtout que faire de cette belle coquille vide idéalement placée en entrée de centre-ville, toutes les supputations sont possible. Lançons donc la question : et pourquoi pas un musée de la vie dunkerquoise jusqu'à la dernière guerre qui serait le pendant du monde du travail évoqué au musée portuaire...
D'ailleurs, si l'on considère que le musée portuaire ne s'occupe que de ce monde, que le musée des Beaux-arts n'a qu'une vocation artistique "classique", que le memorial du bastion 32 ne traite que des deux dernières guerres (quant aux FRAC et LAAC) n'en parlons pas, il serait peut-etre temps que l'on prenne la décision de créer ENFIN un digne espace consacré à l'histoire de la ville, de ses environs et de l'histoire des ses habitants : hérésie ou fantasme? Peut-être plus simple mais tout autant iconoclaste, voyant la précarité et la pauvreté de plus en plus pregnante et visible en notre ville, juste lui rendre sa vocation première de bains publics, pour préserver la dignité des plus humbles...

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