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mardi 10 juin 2014

souvenirs de la Grande Guerre : le Lange Max de Leugenboom

1915 avait donné un nom à la terreur à Dunkerque. En installant un canon lourd à Predikboom, près de Clercken, les marins allemands avaient apporté la preuve que l’on pouvait largement dépasser la portée de 30 kilomètres.

Originellement construits pour équiper des croiseurs lourds, ces canons ne prirent jamais la mer car la guerre ayant avancé plus vite que la construction des croiseurs allemands, on décida de disposer de ces affûts en campagne. La portée initiale était de 20 kilomètres, elle passa entre 30 et 40 parce qu’à terre, la pièce gagnait en stabilité. Les premiers exemplaires furent installés devant Verdun dès 1914 et les premiers tirs sur Douaumont débutèrent en 1915 mais ils passèrent inaperçus car ils étaient couplés à ceux de pièces de 420 mm. A Predikboom, les tirs commencèrent contre Poperinge dès le 26 avril 1915 puis contre Dunkerque deux jours plus tard. La guerre avait alors pris un autre visage pour les Dunkerquois. Et encore, ils ne subirent pas la version montée sur rails. Les efforts déployés pour détruire ce canon furent extraordinaires : bombardements aériens, canons lourds sur rail…

Finalement, la pièce se tût mais une menace pesait à nouveau début 1917 sur le camp retranché : à Leugenboom, les canonniers allemands construisent en février une nouvelle batterie.

Un nouveau monstre d’acier



Au sud d’Ostende, à la limite de Leugenboom, Moere et Koekelaere, la batterie Pommern, de la Kriegsmarine est un monstre d’acier qui - comme sa sœur aînée - a de quoi faire peur.



Elle est installée sur une cuve en béton armé avec abris et soutes pour stocker et assembler obus et gargousses. L’approvisionnement est manuel : les canonniers amènent les ogives sur un chariot pour les enfourner par la culasse et préparer le tir, opération difficile car, en fonction de la charge, le poids varie entre 700 et 900 kg. De plus, les enveloppes d’acier de 38 cm de diamètre peuvent contenir des explosifs. Les tirs de Leugenboom commencent en mars 1917 pour contrer la menace grandissante d’une offensive alliée dans les Flandres. Pour sa protection, les Allemands installent des batteries de 280 mm sur rail dans l’hippodrome d’Ostende, distant de quelques kilomètres aux tirs terriblement précis.

Par malchance, certains obus font mouche. Le 27 juin, l’un d’eux tombe sur un wagon chargé de munitions à l’aviation maritime dans le chantier de France faisant 15 victimes anglaises, le même jour 23 marins sont touchés au bastion 29. Le 2 septembre, un obus coule le vapeur Ville de Cette au Freycinet IV. Le 11 septembre 1917, le jour où Guynemer disparaît, un commerce de l’avenue Maurice Berteaux – à Saint-Pol-sur-Mer - prend un obus de plein fouet, demandant plusieurs jours aux pompiers et aux soldats anglais pour dégager les victimes.


La cadence augmente avec le premier trimestre 1918, la batterie Pommern tire presque tous les jours sur l’agglomération. En 1918, les obus s’abattent aussi sur de plus petites localités telles Socx, Bierne, Quaëdypre, Warhem… Seules quelques rares communes comme Fort-Mardyck ou une partie importante de Petite-Synthe échappent au feu allemand. Par chance, elles sont à la limite de la portée de la batterie. Sur le littoral ou à proximité, d’autres canons prennent les villes pour cible comme le Lange Max de Sailly-Laventie qui visait Cassel en juin 1918.

Une vie après la guerre
Le Lange Max de Leugenboom connut une prospérité rare. Les Allemands laissent un canon intact que les Belges sabotent pour éviter qu’il ne serve eau cas où l’ennemi reviendrait. Ils abaissent le canon, plaquant sa bouche contre le parapet de béton armé et tirent, pensant fausser le tube. L’obus éventra le mur et atterrit quelques centaines de mètres plus loin. Attirant les visiteurs, tant civils que militaires, il devint un terrain de jeu prisé des enfants et l’on venait se faire photographier, si possible en se glissant dans la gueule intacte de la bête.Une génération plus tard, les Allemands revinrent et détruisirent tout le site, ne laissant plus subsister que la base de la cuve et le pivot central.

Aujourd’hui, on peut en visiter les restes ainsi qu’un musée reconstituant la vie de la batterie et retraçant la Grande Guerre en Belgique avec nombre d’objets devenus rares en essayant d’imaginer la terreur que le monstre provoquait. (Batterij Pommern – Lange Max, Clevenstraat 2, à Koekelaere, ouvert de mai à septembre l’après-midi, possibilité de se restaurer)
































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