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vendredi 6 décembre 2013

Après la tempête, le Dunkerquois doit-il se préparer à la catastrophe?

Publié le

Par OLIVIER TARTART – PHOTO MARC DEMEURE

près le coup de tabac qui s’est abattu sur le Dunkerquois dans la nuit de jeudi à vendredi, les commerçants et les services municipaux s’activaient ce vendredi pour remettre la digue en état. Aucun dégât n’a été constaté sur le réseau des wateringues, puisque le niveau était bas et que les vents n’ont pas dépassé les 90 km/h. Selon Jean Schepman, président de l’Institution interdépartementale des wateringues, «ce coup de tabac est l’occasion de réfléchir à un meilleur avenir du Dunkerquois». Tout en n’oubliant pas le passé historique d’un territoire pris en tenaille entre l’évacuation des eaux à la mer et le risque grandissant de submersion marine, comme le souligne François Hanscotte, docteur en histoire médiévale.


À la vue des dégâts causés par la tempête place du Centenaire, le Dunkerquois pourrait croire qu’elle a été l’une des plus sévères jamais connue. Il n’en est rien. Annoncé comme flirtant avec les 120-130 km/h, le vent n’a finalement frappé le littoral qu’à 90 km/h. « 90 km/h, c’est finalement assez fréquent chez nous, confirme Jean Schepman. Ce qui n’a pas empêché la mer de passer par-dessus la digue. Notre chance est que les canaux étaient assez bas, et qu’il a peu plu. Nous n’avons pas pu ouvrir la porte à la mer qu’est Tixier car les vagues étaient 1,30 m plus haut que d’habitude et nous avons dû pomper plutôt que d’évacuer gravitairement. Pour l’Institution, ce sera un exercice intéressant car on pourra modéliser cet événement. »

Ce spectaculaire coup de tabac déclenchera-t-il une salutaire prise de conscience du risque de submersion marine et de la fragilité du système de wateringues ? « Il est temps d’avoir ce débat avec les citoyens et de faire de la pédagogie de ces risques, estime Jean Schepman. De réfléchir à comment faire pour protéger nos digues de manière naturelle ou artificielle. Créer un parapet d’un mètre de haut ? Pourquoi pas. Il faut trouver des solutions, il suffit d’une volonté politique. Il ne faut rien cacher aux gens, ne pas leur faire peur, juste de leur dire qu’il est possible de rester aussi mais de se préparer. Car connaître en même temps un vent violent (130 km/h), une marée de gros coefficient et un système de wateringues rempli, ça arrivera prochainement ! Si on y ajoute la submersion marine en même temps, on a les conditions d’une véritable catastrophe. »

Cette catastrophe, voilà vingt ans que François Hanscotte la prédit. Le docteur en histoire médiévale estime que les responsables politiques évacuent trop rapidement la donnée historique. « Nous avons moins conscience que les Belges ou les Hollandais de ce que l’homme a gagné sur la mer. Nous sommes pris en tenaille entre la nécessité d’évacuer l’eau des wateringues et celle de faire face à la montée du niveau de la mer. Cette petite tempête est un phénomène extrêmement ancien, il n’y a rien de nouveau sous le soleil ! »

Et d’expliquer les dégradations de la digue par un phénomène d’ensablement. « Les courants, majoritairement est-ouest, entraînent un engraissement de la plage côté Saint-Pol et un dégraissage côté Malo. D’où ces trois brise-lames qui s’arrêtent avant Leffrinckoucke, là où le cordon dunaire est fragile. Le sable est trop près de la digue, il n’y a plus qu’une seule marche à descendre pour être sur la plage aujourd’hui. Ce phénomène va aller en se renforçant. Il faudrait sans doute dégager un maximum de sable au pied de la digue, recréer un cordon dunaire (disparu du fait de l’urbanisation) avec oyats et aubépines et créer des bassins de rétention. Et sans doute envisager une collaboration très étroite sur cette question de Boulogne à la Belgique en dépassant les clivages départementaux et transfrontaliers ».

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