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lundi 26 août 2013

la tragédie des 18-ponts, à Lille (janvier 1916)

Comme toute ville fortifiée, Lille possédait en ses remparts des structures de stockage, arsenaux et poudrières. Le « dépôt de munition des dix-huit ponts » ou « Arsenal des dix-huit ponts » était un dépôt de munitions et de matériel du 1er Corps d'Armée, aménagé dans une ancienne fortification de pierre blanche et briques rouges en périphérie de la ville de Lille sur le Boulevard de Belfort, au sud de la ville, dans les nouveaux remparts aménagés à la suite du fort agrandissement de Lille en 1858 (annexion de Wazemmes, Esquermes et Moulins). Il tient son nom de celui du bastion qui l'a précédé, et qui était composé d’un ensemble de 18 casemates de deux étages en voûte en berceau, chaque entrée de couloir, fermée par de hautes grilles, mesurant environ 4 mètres de hauteur sur 5 de large chacune. Ces casemates servaient de poudrières protégées par un épais merlon de terre. L'apparence extérieure de sa façade était celle de 18 arches (d’où son nom) en plein cintre sur deux étages. Ses profonds souterrains étaient protégés par de solides voûtes recouvertes d’un épais remblai.



La nuit du 11 janvier 1916, à 3 h du matin, pour des raisons à ce jour encore inexpliquées, le dépôt est par une formidable explosion qui le volatilise littéralement, laissant un cratère d'environ 30 m de profondeur et 150 m de diamètre. La déflagration, énorme, est entendue jusqu'au centre des Pays-Bas où on la prend pour un tremblement de terre. 



  

Grâce à deux solides, longs et hauts bâtiments industriels récemment construits en béton armé (Usines Wallart et Blan), situés entre le dépôt et le centre ville, une grande partie de la ville est protégée de la violence du souffle. L'explosion fait néanmoins voler en éclats des vitres à des dizaines de km à la ronde et de nombreuses toitures sont endommagées par des pierres ou briques tombant du ciel.
L'explosion a soufflé le quartier de Moulins qui n'était pas protégé de l'effet de souffle: quartier industriel où de vastes usines se sont établies car la place ne manquait pas, cette partie de la ville paye un lourd tribut. 21 usines sont détruites ou gravement endommagées et 738 maisons sont couchées ou pulvérisées par la violence du souffle (dans les rues Kellermann, Desaix, de Trévise, de Ronchin, Alain-de-Lille et sur le boulevard de Belfort). Des milliers d'autres sont endommagées. On estime les pertes à 104 ou 16 morts et 400 blessés, sans compter les traumatismes psychologiques. On peut penser qu'un nuage pollué par des émanations de mercure émanant des amorces de munitions stockées avec les explosifs  est retombée sur une vaste zone sous le vent de l'explosion.

Description par le bulletin de Lille (sous contrôle de l'autorité allemande) de la « Catastrophe de Lille »


« Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1916, à 3 heures 1/2 du matin, une explosion terrible a fait trembler le sol de la ville de Lille, et même de la Région. Un dépôt de munitions sautait.

Le violent tremblement de terre qui s'est produit, et l'énorme poussée d'air, ont occasionné, dans la ville de Lille, et spécialement dans le secteur du Sud-Ouest de Lille, des dommages considérables, C'est une véritable dévastation. Des usines ont été jetées bas, des maisons renversées.
À ces dommages matériels, s'ajoute, malheureusement, la perte de beaucoup de vies humaines. Les habitants de ce malheureux quartier, surpris dans leur sommeil, par cette brusque explosion, ont péri, en grande partie, écrasés sous les matériaux de leurs maisons.
Il a été procédé aux opérations de déblaiement, pour la recherche des morts et des blessés, par les pompiers de Lille et par les soldats allemands, que l'Autorité militaire avait envoyés sur les lieux sinistrés, au nombre de plus de 4000.
Les sauveteurs, qui ont travaillé avec un dévouement admirable, pourraient raconter les plus navrantes histoires.
Les obsèques des victimes (dont nous publions les noms dans ce numéro), ont eu lieu Samedi 15 janvier 1916, à 10 heures 1/2 du matin, aux frais de la ville.
Sur la place Déliot, en face de l'église Saint-Vincent-de-Paul, dont la façade était complètement tendue de noir, étaient placées 12 plateformes, sur lesquelles étaient rangés 89 cercueils. Aux angles de chacune d'elles, se tenait un pompier. Quelques victimes, réclamées par leurs familles, pour des funérailles individuelles, avaient déjà été inhumées.
Mgr Charost, évêque de Lille, entouré du chapitre de sa cathédrale, et du clergé de toutes les paroisses de Lille, a, du haut du perron de l'église, chanté les prières des morts, auxquelles les chœurs paroissiaux ont répondu, et a parcouru la place, pour donner l'absoute.
Puis le funèbre cortège s'est mis en marche, et la foule attristée a vu passer, avec une émotion qui allait jusqu'aux larmes, le lugubre défilé des chars funèbres, conduisant à leur dernière demeure, ces personnes, hier pleines de vie, ces voisins qui s'en allaient, côte à côte, ces familles dont tous les membres avaient disparu ensemble, au cimetière du Sud, pour y dormir un éternel sommeil.
Ceux qui reviendront, iront chercher au cimetière les tombes des leurs, pacifiques victimes de la guerre, qu'ils croyaient retrouver, les attendant au foyer de la famille. À ces funérailles, s'était fait représenter son Altesse Royale le prince Rupprecht de Bavière, par un officier d'état major. Y assistaient : M. le Général von Heinrich, Gouverneur de Lille, M. le Général von Graevenitz, Commandant de la Ville, accompagnés de leurs officiers d'état major et d'ordonnance, et entourés de plusieurs officiers supérieurs, qui s'étaient joints à eux.
M. Charles Delesalle, Maire, accompagné de M. Anjubault, faisant fonction de Préfet, conduisait le deuil au nom de la Ville, entouré du Corps municipal, et suivi de toutes les notabilités de la Ville.
Puis, venaient les parents, les amis des disparus, qu'accompagnaient bien des habitants du quartier, surpris d'avoir pu échapper au fléau.
Au cimetière, deux longues fosses attendaient les restes de nos malheureux concitoyens, à qui, plus tard, sera élevé un monument. Mgr Charost, a béni le champ de repos.
Sur le tertre, ont été déposées les couronnes envoyées par son Altesse Royale le Prince de Bavière et M. le Gouverneur, par la Ville de Lille, le Comité Hispano-Américain, par des Villes voisines, et par de nombreux parents et amis, ainsi que par diverses sociétés et organisations locales.
Aucun discours n'a été prononcé. Dans les circonstances présentes, ce silence a été plus éloquent que les paroles. »
 — Journal, Bulletin de Lille N° 126, du Jeudi 27 Janvier 1916, organe bi-hebdomadaire, paraissant le dimanche et le jeudi, publié sous le contrôle de l'autorité allemande
   













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