mercredi 29 juin 2016

les inondations défensives à Dunkerque



La Flandre est un pays bas, plat et humide. Déjà Vauban prévoyait dans la défense de ses ouvrages l'utilisation des eaux en tendant des inondations afin de retarder les progressions de l'ennemi, et aussi de les empêcher de s'installer. Cependant, il ne faisait que reprendre les méthodes de son homologue néerlandais Coehoorn... Aux mêmes causes, les mêmes effets, les défenseurs du littoral dunkerquois ne pouvaient de reprendre les mêmes méthodes, en 1914, en 1918, en 1940 mais aussi quand les Allemands étaient assiégés dans la Festung Dunkirchen, en 1945...

In R. Bethegnies : Le Sacrifice de Dunkerque, 1940. – Yves Demailly éditeur, Lille, 2e édition 1947, 326 pages, pp. 225-226


La plaine maritime française s’étendant entre Calais et Bray-Dunes et qui forme une pointe sur le cours de l’Aa vers Saint-Omer, est à un niveau situé entre ceux des hautes et basses mers de la Mer du Nord. Elle comporte une série d’anciennes lagunes, dont la plus importante – celle des Grandes Moëres –, au milieu de laquelle est tapi le village du même nom, est entourée par la digue défensive du Ringsloot qui suit, côté est, la frontière. Cette dépression du sol se continue d’ailleurs en territoire belge jusqu’à Nieuport.
 
Cette région, dite des « Wateringues », est protégée des inondations marines par un cordon littoral de dunes. Elle est en outre sillonnée par un réseau serré de fossés de toutes dimensions appelés « watergands », destinés à assurer aussi bien l’irrigation que le desséchement. Ces watergands communiquent avec les canaux aboutissant à Calais, Gravelines et Dunkerque où, par l’intermédiaire d’ouvrages appropriés, ils se déchargent dans les avant-ports à marée basse.
 
En temps de guerre, l’inondation de la plaine côtière du Nord constitue une défense naturelle des points hauts que sont les établissements maritimes de commerce. Maintes fois dans l’Histoire, on eut recours à cette suprême mesure  pour dresser, en avant du camp retranché de Dunkerque, une barrière quasi infranchissable pour l’envahisseur. Elle a été déployée à deux reprises en 1914 et 1918, lors des grandes offensives allemandes dans les Flandres, mais à titre préventif : grâce au débordement de l’Yser, les Alliés stoppaient l’ennemi dans sa course à la mer, à une trentaine de kilomètres de la cité de Jean Bart.
 
Les inondations peuvent être tendues, soit uniquement à l’eau douce en arrêtant les écoulements à la mer aux trois ports français précités et en utilisant les eaux de l’Aa pour gonfler les canaux alimentés par cette rivière, soit en cas d’attaque inopinée, en ouvrant à marée haute les ouvrages exutoires pour envoyer de l’eau salée dans les canaux collecteurs. Le résultat est, en effet, obtenu beaucoup plus rapidement par le second procédé que par le premier qui exige plusieurs semaines en période de sécheresse.
 
Du point de vue stratégique, il s’agit de faire obstacle à une agression venant de Belgique et de couvrir, en conséquence, les fronts Bray-Dunes – Bergues et Bergues – Watten, distincts tous deux par leur altitude (celui-ci étant au moins d’un mètre plus élevé que celui-là) et par le mode d’évacuation normale de leurs eaux. Chaque front comprend plusieurs bassins pouvant être couverts séparément ou simultanément.
 
Le premier but à atteindre est d’imbiber suffisamment le sol pour qu’il devienne marécageux et, de ce fait, impraticable aux mouvements de troupes. On réalise ensuite une nappe d’eau camouflant le terrain.
 
Dès 1930, sur l’ordre de la Commission des Régions frontières, le service du Génie, avec le concours des Ponts et Chaussées, étudia les moyens d’inonder les secteurs Bray-Dunes – Bergues et Bergues – Watten de manière à ne pas compromettre, par un trop grand apport d’eau salée, la remise en culture des terres à immerger. Aucun accord n’avait lieu avec les Belges dont on ignorait les intentions. D’autre part, on renonçait provisoirement à la branche Watten – Calais, face à l’ouest.
 
Il avait été admis, qu’en cas d’urgence, et si les délais prescrits par le Commandement le permettaient, on pourrait tendre ces inondations à l’eau de mer jusqu’aux côtes (+ 3,12) pour le premier secteur et (+ 4,42) pour le second, après saturation à l’eau douce jusqu’aux côtes respectives (+ 2,82) et (+ 3,92) (note : ces côtes sont données par rapport au zéro des cartes marines qui se trouve, à Dunkerque, à 2,42 m au-dessous du zéro Bourdaloue utilisé par le génie). La nappe devait avoir ainsi une épaisseur d’environ un mètre dans les bas-fonds.
 
Il convient d’observer que les grandes Moëres, qui peuvent d’ailleurs être noyées rapidement, n’étaient pas comprises dans le programme établi.
 
Des mesures préparatoires étaient prévues pour lui être appliquées dès la mobilisation générale, car une telle opération nécessite des précautions afin de limiter les inondations aux seules zones indispensables.
 
Aux Ponts et Chaussées, relevant de l’autorité militaire, devait incomber l’exécution de cette tâche délicate, la Sous-Préfecture étant chargée d’aviser les communes intéressées pour faire évacuer la population civile en temps opportun.


carte : les zones inondées en 1940

mardi 28 juin 2016

les métamorphoses temporaires du MLV* Castor

Engagé par Christopher Nolan pour les scènes navales de son film "Dunkirk" (pour ce que l'on sait actuellement du titre de ce long métrage), le MLV* Castor a subi quelques transformations provisoires pour le faire ressembler le plus possible aux navires anglais de la dernière guerre, de ceux qui participèrent au sauvetage du B.E.F. (British Expeditonnary Force) sur les plages et port de Dunkerque.

Une nouvelle livrée grise en remplacement de sa peinture blanche, des tourelles et canons en bois en complément de la pièce d'artillerie posée sur son pont avant, une "nouvelle" passerelle et les armes néerlandaises masquées et voici un acteur de premier plan paré pour toutes les prises de vues, non sans avoir perçu un "nouveau" numéro de coque, passant de A810 à H11...

le lancement du Castor en 1950

 Le Castor au début des années 50
Le Castor en 1954
 
Le Castor a été construit en 1950 par ordre du ministère néerlandais de la Défense. En raison d'un accroissement significatif du commerce international, les navires qui accostent à Rotterdam, Amsterdam ou encore Delfzijl, dans le Nord des Pays-Bas sont de plus en plus grands. Il devient alors nécessaire de construire de nombreux bateaux pilotes, mission qui a été affectée au Castor la majeure partie de sa carrière.


 
Les Pays-Bas devenant membre de l'OTAN, il est alors aussi nécessaire de renforcer la flotte mais avec la reconstruction, les finances sont assez faibles. Dès lors, les pilotes commandés sont envisagés avec un emploi mutli-rôle. Le Castor, comme ses sister-ships sont donc à la fois des pilotes et des navires de la Marine militaire... Il reçoit alors le numéro de coque a 810 et est doté d'un canon de calibre 3 "/ 76 sur son pont avant, permettant d'ouvrir le feu le cas échéant sur tout navire entrant dans les eaux territoriales sans y être autorisé. Si nécessaire, le Castor pouvait être aussi équipé d'une gamme d'armement supplémentaire; 2x 20mm Oerlikon, 2x 40 mm Bofors et même 2 charges de profondeur. L'équipage était alors de 52 hommes.


Encore plus fascinant, le rôle de guerre officiel du Castor était de faciliter l'évacuation de la famille royale hollandaise ou du gouvernement néerlandais en cas de guerre nucléaire et d'agir comme un «navire de communication» pour des convois de l'Atlantique.

 









Après 34 ans de service Castor a été décommissionné de sa fonction de bateau-pilote et a été vendu à une société privée, qui l'utilise comme un navire hydrographique pour une brève période. Une société de l'église britannique appelée SeaCare l'a achetée en 1988. Les 11 années qui ont suivi, elle a parcouru les océans du monde sous son nouveau nom, Redeemer (Rédempteur).
Après sa carrière avec SeaCare, le Castor a été vendu à un nouveau propriétaire en 1999, qui la laissé lentement pourrir dans le port de pêche d'Urk (dans le Flevoland, sur l'Ijsselmeer). C'est d'ailleurs dans ce même port que se poursuivent les prises de vues navales complétant celles de Dunkerque, les eaux de l'Ijsselmeer étant plus calmes que celles de la Mer du Nord... Le nouveau propriétaire, belge, désirait le couler pour le transformer en plateforme de plongée récréative.

 





Racheté en 2003, ce n'est qu'en 2006 que le Castor a été sauvé de la démolition par son propriétaire actuel et que la restauration a été entreprise.
  Il est actuellement détenu et exploité par une fondation et est amarré au large de la Antoine Platekade au Rijnhaven dans le centre de Rotterdam. 


 
* MLV = Marine / Loods Vaartuig (néerlandais) = navire de la Marine / Pilote

lundi 27 juin 2016

Angellier, universitaire hors normes

Un statue posée dans un square à quelques pas de l'ancienne bibliothèque universitaire de Lille semble encre veiller sur les passants de l'ancien quartier universitaire... Bien que depuis le transfert des facultés à Villeneuve d'Ascq, il y ait là moins d'étudiants, le souvenir demeure...

A Dunkerque, dans sa ville d'origine, c'est un lycée qui perpétue son souvenir mais dans cette ville, combien se souviennent encore de lui?

Né à Dunkerque en 1848, il passe son enfance à Boulogne-sur-mer où sa mère l'emmene après s'être séparée de son mari. L'enfant est studieux  et obtient une bourse lui permettant d'entrer à l'Ecole Normale Supérieure en 1866 mais il est pris en grippe par le Censeur du Lycée Louis-le-Grand... C'est qu'on le soupçonne, à tort selon certains, d'avoir mené la fronde contre la piètre nourriture de la cantine. L'animosité est telle que celui-ci le fait expulser pendant les épreuves d'admission. Cette éviction est une réelle catastrophe financière et personnelle mais par chance, un ami l'aide en lui trouvant un emploi dans un pensionnat anglais. Cette embauche décide définitivement de son orientation.

Survient la guerre franco-prussienne de 1870, l'armée l'envoie d'abord à Lyon puis à Bordeaux mais frappé d'une grave infection pulmonaire, il est rapatrié à Paris pendant la Commune, épisode douloureux à plus d'un titre puisqu'il manque de se faire lyncher par des Communards. Finalement autorisé à travailler pour l'Instruction Publique au sortir de la guerre, il obtient un poste de répétiteur au Lycée Descartes tout en décrochant sa licence. Le poste est d'une importance vitale car il fait l'avoir obligatoirement occupé trois ans pour être en mesure de présenter l'agrégation, qu'il passe avec succès puis enseigne au Lycée Charlemagne jusqu'en 1878, année de son départ en Angleterre pour des missions d'études régulières.

L'homme a cependant bien des activités. Il décide de s'atteler à l'amélioration de l'enseignement des langues vivantes mais collabore en même temps au Journal "Le Temps", suscitant des doutes sur la carrière à suivre d'autant plus qu'Auguste entretient de nombreuses amitiés littéraires et s'adonne de plus en plus à la poésie.

En 1881, il obtient un poste de Maître de conférences en Anglais à la faculté de Lettres de Douai puis à Lille lorsque l'Université y est transférée en 1887.

En 1893, au terme de quinze années de préparation, il passe avec succès ses deux thèses de doctorat, chacune consacrée à un poète : la « majeure » à l’Écossais Robert Burns, et la thèse complémentaire à John Keats, thèse rédigée en latin comme il est en est alors de coutume ! Le titre de cette dernière : De Johannis Keatsii, vita et Carminibus. Son approche est néanmoins plus intimiste que scientifique. Son travail est jugé révolutionnaire et l'obtention du grade lui confère désormais le titre de Professeur. 

Désormais, il mène la carrière d'un universitaire brillant, il préside plusieurs jurys d'agrégation puis est élu finalement doyen de la Faculté des Lettres de Lille en 1897, faisant de lui le premier "Lillois" à occuper cette prestigieuse fonction. Malgré des soucis de santé, il accepte d'être détaché à l'Ecole Normale supérieure en 1902 (belle revanche sur son éviction en 1866) pour y enseigner sa langue de prédilection.

Côté littérature, l'homme est éclectique. Il se rend régulièrement sur la Côte d'azur pour soigner sa santé vacillante et naturellement il se lie d'amitié avec nombre d'auteurs. Son oeuvre poétique est publiée assez rapidement et lui vaut une réelle notorité. Parmi les titres alors les plus célébres "A l'amie perdue", publiée en 1896, relate un drame sentimental qui le marque profondément. "Le chemin des saisons", publié en 1903 puis "Dans la Lumière antique" paru en 1905, le consacrent définitivement.

Sa santé se dégrade cependant et il décède en 1911 alors que l'élection à l'Académie Française lui semblait acquise...

A Lille, une statue de Desplechin, érigée en 1928, perpétue son souvenir, faisant de lui le gardien "naturel" de l'ancien quartier universitaire...

le PAVON, victime de l'opération Dynamo



 Des navires perdus lors des combats de Dynamo, il y en a beaucoup. Un de ceux-là, quasiment tombé dans l'oubli, n'est finalement connu que pour la photo le montrant échoué sur l'estran de Oye-Plage. Un ouvrage résumant l'histoire de la compagnie qui le possédait (la compagnie de navigation d'Orbigny), donne une résumé succint de sa courte histoire...

PAVON
(ville située en république argentine)


In : « Compagnie de navigation d’Orbigny 1965-1950 », 1952, 170 pages, p.154


Vapeur construit à Old Kilpatrick (Ecosse) en 1930 par Napier & Miller
Longueur : 394 pieds. Largeur : 53 pieds. Creux : 23 pieds
Jauge brute : 4.127 tonneaux. Jauge nette : 2.439 tonneaux
Port en lourd : 7.500 tonnes
Machine : 2.000 chevaux
Immatriculé à La Rochelle le 28 novembre 1930, fo. 1.055, n0 3.154

Equipage : 38 hommes, semblable à celui du Moron

Depuis sa mise en service jusqu’au début de la guerre en 1939, ce navire fit principalement les voyages d’Anvers à Montevideo et Buenos-Aeres avec retour au Havre, à Dunkerque et à Anvers, et escales occasionnelles à Bahia-Blancas, au Brésil et à Cherbourg.
Réquisitionné par la Marine Militaire Française en mai 1940, pour une opération sur les côtes de Hollande, il fut incendié par bombes d’avion le 21 mai 1940, échoué à l’est de Calais et perdu.
Par ordre n°1.193 du 24 mai 1940, l’Amiral de la Flotte, Commandant en Chef des Forces Maritimes Françaises, cite à l’ordre de l’armée de Mer, le navire « Pavon » avec le motif suivant :
« A vaillamment pris part aux opérations sur les côtes de Hollande et de Belgique. Incendié le 24 mai 1940, à la suite d’un violent bombardement aérien »
Signé : DARLAN


mardi 21 juin 2016

Albert Gayet, un célèbre inconnu auprès des Dunkerquois



On ne mesure à quel point nous sommes attachés à certaines choses que lorsque l'on ne peut plus y accéder... Depuis quelques mois déjà, et pour un temps indéfini, le musée des Beaux-Arts de Dunkerque est fermé... Personne ne sait quand (dans l'hypothèse - effectivement - d'une réouverture) et dans quelles conditions l'on pourra rendre visite à la pensionnaire la plus célèbre de Dunkerque... 


Aucun Dunkerquois n'ignore cette prophétesse d'Antinoë conservée dans un cercueil de verre, au corps enduit de bandelettes goudronnées, encore couverte de feuilles d'or... Des études médico-légales et archéologiques ont été menées sur sa dépouille et peu de détails la concernant ont échappé aux chercheurs...

Reste qu'il faut rendre à César ce qui est à César... et à Gayet ce qui lui revient de droit... Car à première vue, le rapport n'est pas évident, Gayet n'étant pas Dunkerquois...

Albert Gayet

Né à Dijon en 1856, ce fils d’un marchand de peaux se passionne pour l’Orient. Entre l'aventure coloniale, la littérature le souvenir de l'expédition d'Egypte de Bonaparte, cet Orient fascine... Gayet se passionne tant qu'il sollicite Gaston Maspero pour directeur de recherches et finit par partir en Egypte. 

Le choix de Maspero comme Maître est logique, il est une sommité, à l’origine, entre autres de la découverte de la momie de Ramsès II ! 

Sous l’autorité du Boulonnais Auguste Mariette, qui a créé en 1858 le service des antiquités égyptiennes au Caire, il fouille méthodiquement le pays. Mais la mode et la recherche privilégient les monuments purement égyptiens et se désintéressent des périodes postérieures. Comme aujourd'hui encore, les monuments de cette époque sont grandioses et attirent les voyageurs. Rien de bien neuf finalement, encore aujourd'hui des pans entiers de la civilisation égyptienne restent dans l'ombre parce que moins "sensationnels"...

Mariette accepte en 1895 d’envoyer Albert Gayet à Antinoë, à 300 kilomètres plus au sud. La ville a été fondée par l’Empereur Hadrien, en 132, en l’honneur de son favori, Antinoüs, mort noyé dans le Nil. C’est une cité purement romaine dont les habitants adoptent facilement les us et coutumes des populations qu’ils côtoient. Les Romains ne font que répéter ce que firent avant eux les populations hellénistiques...
Gayet peut aussi constater la lente progression du christianisme, clandestin et persécuté, puis toléré et enfin officiel et suivre l’histoire de l’Egypte copte où le paganisme persiste, où les croyances s’influencent... La cité, importante, est finalement érigée en Evêché. 
 
Quinze ans durant, Albert Gayet met au jour d’importantes nécropoles coptes et exhume de nombreuses momies que le public peut encore admirer. A Dunkerque, la petite prêtresse rousse - fait exceptionnel - entièrement couverte d’or est largement connue du public. Découverte en 1906, elle ne correspond pas à l'idée que le grand public se fait des momies telles que l'on peut en voir dans nombre de musées... Gayet a d'autres découvertes à son actif. Grâce à lui, Dunkerque et Grenoble ont un point commun. Dans cette charmante bourgade alpine, c’est une prophétesse qui semble elle aussi dater du IIIe ou IVe siècle. Allongée elle aussi sur un lit de feuilles de figuiers, elle a conservé de riches habits coptes aux parures fines et délicates. 
 
Les découvertes majeures de Gayet sont partagées entre Paris et le Caire mais lorsqu’il décède en 1916, il lègue au musée de Dijon, sa ville natale sa collection personnelle de tissus coptes, notamment les linges funéraires… mais nombre de ses découvertes sont disséminées un peu partout en France : notre momie n’est dunkerquoise que depuis 1907 !

des lumières dans la nuit dunkerquoise...



Deux éclats blancs de 10 secondes percent la nuit, les pinceaux de lumières se voient à 50 milles, environ 50 kilomètres, à la ronde… 

la solitude du gardien de phare?
 

Le phare du Risban est un précieux guide pour les marins. A l’origine, les lieux accueillaient le fort construit par Vauban, détruit comme le reste des fortifications à la paix d’Utrecht. Un fanal signale le port depuis 1683 mais une tempête en 1825 a raison de lui. Immédiatement, on lui trouve un remplaçant : le Leughenaer assure la relève. La solution est loin d’être idéale. La tour, assez basse, manque en visibilité et la lanterne n’est pas des plus fiables. Il faut un phare à Dunkerque !  Il est édifié en 1842 et fonctionne l’année suivante. Initialement prévu à la place de la vieille tour bourguignonne, les travaux portuaires obligent les architectes à lui trouver un nouvel emplacement : ce sera donc à 300 mètres de nouvelles jetées, que l’on vient justement d’allonger. Le fonctionnement d’un phare nécessite une attention constante. Il faut veiller à l’alimenter en huile végétale pour que la flamme brille. A partir de 1875, on la remplace par de l’huile minérale pour enfin électrifier la lanterne en 1883.

Pour un gardien de phare, Le Risban est alors un avant-goût de paradis, loin de l’isolement des phares perdus en mer ou plantés sur des îles ou de servir sur un bateau-feu, immobile et isolé en cas de coup dur. Presqu’en centre-ville, comme à Calais, la solitude du gardien de phare apparaît comme plus supportable. La tour cylindrique de 3,90 mètres de diamètre repose sur un bâtiment rectangulaire qui abrite les deux logements et les ateliers. De plus, le phare disposait à l’origine d’un petit jardin. L’ensemble fait tout de même 63 mètres de haut, ce qui en fait le phare le plus haut de sa catégorie. Un escalier de 276 marches sans halte possible offre l’accès à la lanterne… mais depuis son sommet, c’est une vue sur le large, la vie et les Flandres qui s’offre au regard. Comme le reste du port, le phare a été mis à rude épreuve par les combats de la dernière guerre. Les travaux de restauration commencent dès 1946. Automatisé depuis 1985, il subit une cure de jouvence en 1992 pour finalement être classé Monument Historique à la fin de 2010. La haute tour blanche semble être installée depuis toujours dans le paysage.

 
Sur un musoir comme une étrave dans la mer
 

Plus loin, à l’extrémité de la jetée ouest se dresse le feu de Saint-Pol… Haut seulement de 36 mètres, il signale l’entrée du port par deux éclats verts toutes les six secondes. Edifié en 1937-1938 par l’architecte Umbdenstock, il est le seul phare Art déco de nos côtes. Le fut de briques, dont l’émail blanc est parti avec les années, est interrompu par trois coupoles renversées qui servent de pare-soleil aux feux disposés autour du phare pour réguler la circulation. Au dessus d’elle, des corbeaux ressemblant à des mâchicoulis donnent un air de donjon à la partie supérieure, elle même percée de meurtrières. Umbdendstock à mis un soin particulier à la décoration du sommet. Le dôme de cuivre qui surmonte le feu est décoré d’une frise de métal découpé et des gargouilles noires en têtes de lion complètent le décor. Par les jours de gros temps, il était possible de rejoindre le feu par un souterrain ménagé dans la jetée mais le tunnel a finalement été muré. Dans le musoir, sous le feu, les quartiers des gardiens sont éclairés par des hublots presque au ras des flots. Lieu de travail, le feu n’en reçoit pas quelques attentions particulières, comme la rampe d’escalier qui se termine au sommet par une maquette du phare. Pourtant, lui aussi a failli disparaître du paysage portuaire. En effet, pendant la dernière guerre, il était ceinturé par un blockhaus allemand, les sous-sols convertis en soutes à munitions et des rails avaient été posés sur la jetée pour faciliter les transbordements.


 
Le blockhaus est démantelé à partir de 1946 mais il faut attendre encore huit ans pour que le feu puisse reprendre du service. Automatisé en 1978, il se délabre d’autant plus vite que son chauffage est arrêté. Son remplacement est alors envisagé au milieu des années 90. Le feu échappe finalement à la destruction grâce à l’action de l’association Myosotis. Classé Monument Historique en décembre 1999, il continue de veiller malgré tout sur les allers et venues du port est.