mardi 12 janvier 2016

4.000 oubliés venus de Chine..



De 1917 à 1921, le port et l’usine des Dunes employèrent pas moins de 4.000 travailleurs volontaires chinois, un épisode largement méconnu dans l’histoire dunkerquoise… aussi largement ignoré qu’en France où pas moins de 140.000 Chinois furent employés durant la même période…
Les documents, il est vrai, sont somme toute peu nombreux à les mentionner et le temps passant, la mémoire des derniers témoins s’efface irrémédiablement… En 1917, la situation est tendue au port et dans les usines dunkerquoises… Le port est depuis le début de la Grande Guerre une station-magasin administrée par l’armée anglaise afin de ravitailler le front nord et les bras manquent cruellement : nombre de dockers et d’ouvriers sont partis sous les drapeaux depuis longtemps, les enfants en âge de travailler sont absents depuis 1914 avec l’évacuation des « bouches inutiles » et la guerre réclame sans cesse plus d’efforts puisque le front stabilisé depuis la course à la mer demande toujours plus d’hommes, de matériels, de vivres et de munitions… sans compter l’extraordinaire pression de l’effondrement annoncé du front russe…
  


Si toute la Côte d’Opale est devenue une vaste base militaire, Dunkerque est, elle, une base cosmopolite gérée par les armées alliées, britanniques en tête. Il faut trouver des manutentionnaires d’urgence. Bien qu’au début du conflit, on embaucha des dockers anglais, ceux-ci durent vite rejoindre les troupes de Sa Majesté… L’on fit venir des travailleurs égyptiens mais ils s’enfuient dès les premiers bombardements qu’ils subissent… Comme la France a des troupes coloniales, l’on fait appel aussi à des ouvriers venant de ces terres lointaines mais ils ne surent s’adapter au climat et la source se tarit rapidement en raison d’une épidémie en Indochine…  La décision de faire appel à des volontaires chinois est prise en 1916 mais la Chine est un état souverain, pas une colonie ni un dominion… Aussi l’on se résout à proposer à des volontaires des contrats civils de trois ans dans le secteur privé. La Chine méridionale connait les premiers troubles révolutionnaires, aussi se tourne-t-on vers la Chine du Nord, dont le climat d’ailleurs, se rapproche plus du nôtre. La voie d’acheminement est longue car il est hors de question de passer par le canal de Suez, ce qui oblige à un voyage de trois mois pour doubler le cap de Bonne Espérance. Dépendant des Anglais, la première étape de leur périple européen se fait outre-Manche puis ils sont débarqués au Havre, regroupés à Noyelles-sur-Mer (qui abrite depuis le plus grand cimetière chinois de France). Une fois passée la visite médicale, on les repartit enfin dans leurs zones de travail, avant tout les ports de Boulogne, de Calais et de Dunkerque. Quelques usines en campagne en recueillent comme à Ruminghem où l’on peut aussi visiter leur cimetière… A Dunkerque, le port en emploie 3.600, l’usine des Dunes 400.
 
Leurs conditions de vie restent cependant déplorables. Nourris et habillés, ils ne gagnent qu’un franc par jour alors que pour le même poste, le dunkerquois gagne huit fois plus. Hébergés sous tente, ils s’éparpillent dans la campagne environnante à chaque bombardement qui les terrorise. Bombardements, manque de nourriture et surtout les restrictions nombreuses qui leur sont imposées sont à l’origine d’émeutes. Les Chinois employés au port de Dunkerque sont abrités dans un camp de toile à la Samaritaine, au plus près du port, mais ils sont interdits de séjour à Dunkerque. Passer les portes de l’enceinte leur est interdit… Il en est de même pour ceux qui sont  employés à l’usine des Dunes, eux aussi « assignés à résidence »… L’on ne peut éviter les frictions avec les populations locales qui les accusent de tous les maux comme le vol, le chapardage, la disparition des chiens mais sous-payés et mal nourris, ne maitrisant le plus souvent aucun mot de français, les chapardages dans les champs sont inévitables. L’incompréhension est totale, l’effroi règne dans les deux camps. A Saint-Pol-sur-Mer, les enfants eux attendent les funérailles des Chinois qui perdent la vie durant leur contrat pour aller dévorer les maigres offrandes en nourriture laissées sur les tombes (lesquelles sont transférées après-guerre)… Ce sont deux mondes qui se côtoient mais ne se fréquentent pas… La justice française reste en retrait pour les accusations de crimes et délits, après tout, ils sont placés sous juridiction anglaise et peu d’archives ont subsisté… L’on en est encore réduit aux conjectures et aux souvenirs plus ou moins fiables des Anciens...
  
Après le Traité de Versailles, les premiers rapatriements se font dès 1919, même si les contrats ne sont pas encore arrivés à terme. Les Européens commencent à être libérés de leurs obligations et militaires et il faut bien qu’ils retrouvent leurs emplois… Certains cependant restent pour la reconstruction car le quart nord-est du pays est ravagé et la saignée démographique de la guerre a été profonde… Peu cependant restent définitivement dans le pays…

Gaspard Malo, le père de la station balnéaire de Dunkerque



1858, la ville de Dunkerque cède 641 hectares de dunes en friches à Thomas-Gaspard Malo. L’homme n’est pas un quidam quelconque à Dunkerque, il fait partie des capitaines d’industrie de la ville. Son curriculum vitae est déjà impressionnant. Fils de corsaire, il a créé une fonderie en 1835 et produit des chaudières à vapeur, des ancres, des ponts, l’année suivante, il fonde avec son frère et le coudekerquois Dickson une fabrique de voile qui prend de l’ampleur rapidement. Aussi armateur pour la pêche à Islande, il met sur pied un chantier naval qui reçoit des commandes d’Etat. Il est aussi actif sur le plan politique puisqu’il est membre de la Chambre de Commerce, du conseil municipal de Dunkerque et représente le Nord à l’Assemblée Nationale en 1848.
 
L’acquisition des dunes « Est » est pourtant un pari des plus risqué : elles sont incultes et peu propices à la culture... D’ailleurs, tous les essais pour les transformer en plantations sont de cuisants échecs. Luzerne, pins, saules… tout périt rapidement en raison du sol ingrat et des conditions climatiques. Qu’importe, l’entrepreneur décide de changer de voie et nivelle les dunes qu’il divise en parcelles qu’il revend sous forme de lots « immobiliers »… Les premiers chalets sortent de terre laborieusement…
 
L’essor arrive enfin avec la construction d’un casino en front de mer en 1869. L’établissement de jeux déclenche une nouvelle dynamique en permettant la naissance d’une station balnéaire, unique dans tout le département et ramène la bourgeoisie régionale sur le littoral du nord, elle qui d’ordinaire s’installait en villégiature à Boulogne ou en Belgique.
 
Le nombre de constructions explose à partir de 1880 sous l’impulsion de deux hommes d’affaires, Hamoir et Wagner, qui créent leurs sociétés immobilières et rachètent des dunes vierges. D’un hameau, l’on passe à un véritable village qui reste sous la dépendance de Rosendaël et dont le cadastre donne la dénomination « section des bains de mer » ou « section du casino ».
 
Néanmoins, il y a des ombres qui noircissent le tableau : la voirie est des plus rudimentaires, notamment dans les rues qui appartiennent en nue-propriété à Gaspard Malo. L’entrepreneur est donc contraint dans les années 1882-1883 de passer le relais à la commune de Rosendaël. Il était temps puisque le conseil d’hygiène et de salubrité de l’arrondissement de Dunkerque mettait l’exergue sur l’état d’insalubrité notoire de cette partie de la commune. En 1884, Gaspard Malon s’éteint  à l’âge de 80 ans, laissant sa création évoluer sans lui. L’ampleur de la tâche pour construire une voirie digne de ce nom, la lenteur des travaux, le mécontentement des résidents amena le quartier à disposer de moyens de gestion qui lui soient propres, aboutissant à l’idée d’une scission qui devint effective en 1891. Une nouvelle commune qui prit alors le nom de son fondateur, s’affichant clairement comme station balnéaire, naquit alors cette année-là.

vendredi 8 janvier 2016

meilleurs voeux pour 2016

 un ami m'a envoyé ses voeux, je ne puis qu'y souscrire pleinement:

Après consultation d'un avocat, vous souhaiter une bonne année, une bonne santé et la prospérité me soumet en effet au risque de poursuites pénales...
Voici donc la version rectifiée de mes vœux qui est en conformité avec le principe de précaution inscrit dans la Constitution. 

Nouvelle formulation : 
 
je vous prie d'accepter, sans aucune obligation implicite ou explicite de ma part, mes vœux à l'occasion du solstice d'hiver et du premier de l'an, en adéquation avec la tradition, la religion ou les valeurs existentielles de votre choix, dans le respect de la tradition, de la religion ou des valeurs existentielles des autres, ou dans le respect de leur refus, en la circonstance, de traditions, religions ou valeurs existentielles, ou de leur droit de manifester leur indifférence aux fêtes populaires programmées.
  
Ces vœux concernent plus particulièrement : 
   
- la santé, ceci ne supposant de notre part aucune connaissance particulière de votre dossier médical, ni une quelconque volonté de nous immiscer dans le dialogue confidentiel établi avec votre médecin traitant ou votre assureur avec lequel vous auriez passé une convention obsèques ;
 
- la prospérité, étant entendu que nous ignorons tout de la somme figurant sur votre déclaration de revenus, de votre taux d'imposition et du montant des taxes et cotisations auxquelles vous êtes assujettis ;
 
- le bonheur, sachant que l'appréciation de cette valeur est laissée à votre libre arbitre et qu'il n'est pas dans notre intention de vous recommander tel ou tel type de bonheur.
  
NB 1 :
 
Le concept d'année nouvelle est ici basé, pour des raisons de commodité, sur le calendrier grégorien, qui est celui le plus couramment utilisé dans la vie quotidienne de la région à partir de laquelle ces vœux vous sont adressés.

Son emploi n'implique aucun désir de prosélytisme. La légitimité des autres chronologies utilisées par d'autres cultures n'est absolument pas mise en cause.

Notamment :

- le fait de ne pas dater ces vœux du Yawm as-sabt 1 Safar de l'an 1434 de l'Hégire (fuite du Prophète à Médine) ne constitue ni une manifestation d'islamophobie, ni une prise de position dans le conflit israélo-palestinien.

- le fait de ne pas dater ces vœux du 2 Teveth 5773, ne constitue ni un refus du droit d'Israël à vivre dans des frontières sûres et reconnues, ni le délit de contestation de crime contre l'humanité.

- le fait de ne pas dater ces vœux du 3ème jour (du Chien de Métal) du 11ème mois (Daxue, Grande Neige) de l'année du Dragon d'Eau, 78ème cycle, n'implique aucune prise de position dans l'affaire dite "des frégates de Taïwan".

- le fait de ne pas dater ces vœux du Quintidi de la 3ème décade de Frimaire de l'an 221 de la République Française, une et indivisible, ne saurait être assimilé à une contestation de la forme républicaine des institutions.

Enfin, l'emploi de la langue française ne sous-entend aucun jugement de valeur.
Son choix tient au fait qu'elle est la seule couramment pratiquée par l'expéditeur.
Tout autre idiome a droit au respect tout comme ses locuteurs. 

Clause de non responsabilité légale :

En acceptant ces vœux, vous renoncez à toute contestation postérieure.
Ces vœux ne sont pas susceptibles de rectification ou de retrait.
Ils sont librement transférables à quiconque, sans indemnités ni royalties.
Leur reproduction est autorisée.

Ils n'ont fait l'objet d'aucun dépôt légal. Ils sont valables pour une durée d'une année, à la condition d'être employés selon les règles habituelles et à l'usage personnel du destinataire.
A l'issue de cette période, leur renouvellement n'a aucun caractère obligatoire et reste soumis à la libre décision de l’expéditeur.

Ils sont adressés sans limitation préalable liée aux notions d'âge, de genre, d'aptitude physique ou mentale, de race, d'ethnie, d'origine, de communauté revendiquée, de pratiques sexuelles, de régime alimentaire, de convictions politiques, religieuses ou philosophiques, d'appartenance syndicale, susceptibles de caractériser les destinataires.
 
Leurs résultats ne sont, en aucun cas, garantis et l'absence, totale comme partielle, de réalisation n'ouvre pas droit à compensation.
 
En cas de difficultés liées à l'interprétation des présentes, la juridiction compétente est le Tribunal habituel du domicile de l'expéditeur.

NB 2 :

Le fait d'avoir choisi la police de caractère "Time New ROMAN" ne présuppose évidemment pas de jugement de valeur sur la Suisse.
  
L’emploi de NB (terme latin Nota Bene) ne sous-entend aucune prise de position. Il est dû aux habitudes linguistiques de l’expéditeur et pourrait très bien être remplacé par « Ah au fait ! » ou toute autre expression plus moderne. 
 
Le choix de NB plutôt que PS (Post Scriptum) n’est pas forcément discriminatoire envers un parti politique et ne doit pas être pris pour un signe ostentatoire de préférence.

jeudi 7 janvier 2016

fin programmée pour l'Emile Allard, le vieux sherpa des Phares et Balises de Dunkerque

L’ancien baliseur Émile-Allard vit ses dernières heures. Dans quelques semaines, il va être déconstruit. La fin d’une histoire pour ce bateau datant de 1949 et qui, depuis 2003, était « à la retraite ».

 

Sa fin était inéluctable. Depuis sa retraite en 2003, le baliseur océanique Émile-Allard attendait son heure. En 2007, la Cud a décidé conjointement avec le Musée portuaire de ne pas engager de procédure de sauvegarde pour ce bateau, propriété de la subdivision des Phares et balises, qui depend du Ministère de l’Ecologie. Ce n’était pas faute de le vouloir, mais avec la Duchesse-Anne, le remorqueur Clairvoyant, la Guilde, l’Esquina, et la pilotine, difficile de financer un bateau supplémentaire. « Depuis 2007, on sait qu’on n’aura pas ce bateau, explique Marie-Laure Griffaton conservatrice du Musée portuaire, un pincement au cœur. Il ne faut pas croire que ça ne nous fait rien. C’était un beau bateau avec une jolie silhouette. Si on avait pu le garder, en dehors de toute considération financière, on l’aurait fait ! »
  
Depuis ce matin, deux entreprises, une de Montpellier (Geotrade), une de la Seyne-sur-Mer (RB Diag), s’affairent à installer 300 m3 de réserves de flottabilité , des espèces de gros airbags orange, qui ceintureront la coque. « C’est un peu le même principe que pour le Costa Concordia, explique Bernard Richetin, responsable de la société RB Diag, sauf que pour le Costa Concordia, les réserves avaient été soudées. » Dans le cas de l’Émile-Allard, elles seront passées sous la coque, grâce à des sangles. Des plongeurs doivent intervenir demain pour sangler les bouées en passant sous la coque. Le bateau s era ensuite déhalé au môle 6 où il sera démonté, après avoir été désamianté. Sans compter le désamiantage, son démantèlement devrait durer un mois à un mois et demi.

LE PHARE DUNKERQUOIS . 07 janvier 2016 

lundi 7 décembre 2015

parce qu'il est important de le dire dans une région qui a souffert des guerres... un point de vue interessant de Mediapart sur les réfugiés

La jungle de Grande-Synthe : l’autre Calais, la plus sordide (3 décembre 2015)

Aux portes de Dunkerque, 2 000 réfugiés s'entassent dans la boue et le froid. C'est l'autre jungle, l'autre Calais, en pire.

Sur les terrains de sport de la ville de Grande-Synthe, des jeunes footballeurs s’encouragent bruyamment. Un pâle soleil a percé les nuages, et filtre à travers le bois de peupliers qui sépare l’espace sportif de l’autoroute. Quelques pas dans ce bois, et là c’est un autre monde. Les pieds s’enfoncent dans vingt centimètres de boue, et dans cette mare visqueuse, des tentes, des dizaines de tentes, des hommes. Plus loin, une grande clairière s’ouvre : d’autres tentes, des hommes encore, des femmes, des enfants, des flaques d’eau, et de la boue encore et partout. On s’affaire : une gamelle à remuer sur un feu de bois, un peu de linge à tremper dans une bassine, une bâche à poser sur une tente, une palette à clouer sur une cabane de fortune, une paire de chaussures à nettoyer et faire sécher...


C’est l’autre jungle, c’est Calais, en pire. Nous sommes aux portes de Dunkerque, à quelques pas de l’artère autoroutière qui relie toute l’Europe du Nord au port de Calais. Deux mille personnes campent ici, dans le froid, l’humidité et le vent, et cohabitent avec d’innombrables rats. Elles étaient 600 il y a un mois. Depuis, des familles et des hommes seuls ou en groupe sont arrivés, chaque soir, venant de l’Europe du Sud, ou du bidonville de Calais, trop dangereux, ou du camp de Teteghem, à une dizaine de km d’ici, récemment évacué sur ordre du sous-préfet et à la demande du maire. La plupart des réfugiés ici sont kurdes : d’Irak, d’Iran, de Syrie ou de Turquie. Dans un coin de camp se sont regroupés des Iraniens non-kurdes. Comme à Calais, ils tentent de passer en Angleterre, ou attendent que leur demande d’asile, qu’ils ont dû déposer à Lille, à cinquante km d’ici, soit traitée.

Nous discutons avec Samir, qui nous offre le thé, au milieu d’un groupe de compatriotes d’Irak. Là-bas, au nord du pays, Barzani et son clan ont, de fait, pris possession d’une partie du territoire irakien. Ces hommes de Grande-Synthe étaient des peshmergas, ils ont combattu contre les extrémistes de Daesh ou d’autres mouvances, mais ils n’ont pas été payés. Après quelques mois de combats ils ont préféré prendre le chemin de l’Europe, en groupe. Ils nous disent que ce gouvernement d’un pays non reconnu est une maffia, et que le P.K.K. n’y a pas de vrai poids, contrairement au Kurdistan turc. Hassan, un homme d’une cinquantaine d’années, ancien instituteur, très marqué par les épreuves, est ici depuis deux mois et demi, avec son épouse plus jeune et deux enfants de 3 et 6 ans, au pied d’une mauvaise cabane de planches et de bâches. Amin, un ancien professeur d’anglais, ouvert et accueillant, veille sur ses jeunes frères et sœurs, qui font frire des pommes de terre sur un feu de vieilles planches.

Nous rencontrons une douzaine de bénévoles. Phill, un Anglais, en lien avec des réseaux de soutien britanniques, vient d’installer une cuisine, simple abri bâti avec des palettes, des chevrons et de la bâche, un poêle à bois, déjà utilisé par quelques familles. David, un Belge de Courtrai, vient de monter avec un groupe d’amis, une grande tente pour abriter des familles, accueillir le dentiste et le médecin qui viennent une fois par semaine en consultation, et stocker des tentes et des sacs de couchage pour les nouveaux arrivants. Chris est venu seul, il apporte une grande tente pour une famille. Joe et un ami, deux Acossais, sont venus pour une journée, avec un millier d’euros, collectés dans leur entourage : ils vont aller au Décathlon tout proche pour acheter du matériel de camping et le répartir dans le camp. Phenix, une grande, jeune et enthousiaste citoyenne galloise est le boss d’une équipe d’A.B.C., Aid Box Convoy, arrivée il y a trois jours de Bristol. Elle improvise une distribution de nourriture et de vêtements. La file d’attente est calme, une chance, car tout est mélangé dans le van qui vient d’arriver, avec un groupe de Musulmans anglais, et la distribution est trop lente. D’autres groupes d’Outre-Manche viennent plus ou moins régulièrement, comme Humming Bird, ou de Belgique, comme Solidarity for all ou Zebra Pad. Un fourgon arrive, et une équipe, encore des Britanniques, distribue des plats chauds, préparés à Calais dans les locaux de l’Auberge des Migrants.

Médecins Sans Frontières est arrivée, il y deux semaines, avec deux fourgons, une grande tente et des projets : consultations médicales, c’est leur métier, mise en place de douches et de toilettes, amélioration du sanitaire existant, en très mauvais état, malgré le courage des bénévoles anglais, qui nettoient tous les matins. A la fin de l’été, le réseau associatif local, habitué jusqu’alors à aider une centaine de personnes, s’est effrité. Les anciens bénévoles ont eu du mal à accepter l’arrivée, pourtant nécessaire, des convois belges et britanniques. A vrai dire, il y a eu beaucoup de distributions sauvages, comme à Calais, générant du gaspillage et des tensions sur le camp. Aujourd’hui Emmaüs et Salam sont les principales organisations présentes, se répartissant le travail au long de la semaine. Médecins Sans Frontières a déposé sur le camp un conteneur de stockage et Emmaüs va ouvrir un entrepôt pour réceptionner les dons. Jusqu’à présent il était difficile d’agir. En effet, le Maire, Carème, homme de bonne volonté, a tenté d’éviter la croissance anarchique du camp en interdisant les constructions. Mais, face au désastre humanitaire en cours, il a donné oralement son accord pour un minimum d’aménagements, tout en continuant à appeler le gouvernement à l’aide.

Ce gouvernement, il est absent. Les bénévoles belges présents à Grande-Synthe s’étonnent : en Belgique, malgré l’état d’urgence justifié par la recherche des terroristes, tous les réfugiés sont abrités, à l’exception de quelques nouveaux arrivants qui passent une ou deux nuits dans les rues de Bruxelles. Il y a ici, sur ce campement boueux, une centaine de femmes, et autant d’enfants de moins de 14 ans. Des nourrissons ont dû être hospitalisés récemment, en état d’hypothermie, nous dit-on. Où est le sous-préfet ? Il est venu il y a quelques jours, avec  ses bottes et des policiers, évaluer la situation : chacun ici est persuadé que c’est pour préparer l’évacuation du camp par la force. Mais on peut penser qu’il hésite : il a fallu trois cent policiers et gendarmes pour évacuer le camp de Teteghem, moins de 200 réfugiés, alors ici, comment faire ? Même la police est peu présente, un seul fourgon stationne parfois près de l’entrée de la jungle. Celle-ci est calme, du moins en apparence, car les passeurs kurdes contrôlent la situation, chassant les concurrents afghans, ou les Iraniens qui prétendent se passer de leurs services.

Voilà donc la deuxième jungle de France, la plus boueuse, la plus sordide, oubliée des médias, tous occupés aux conséquences des attentats ou aux élections régionales, surveillée de loin par un gouvernement incapable de prendre le problème à bras-le-corps, et dépassé, sans qu’il l’avoue, par l’afflux des réfugiés. La politique « de fermeté et d’humanité » revendiquée par Cazeneuve est ici ridiculement vide de sens : il n’y a à Grande-Synthe ni humanité ni fermeté, il y a juste deux mille hommes, femmes et enfants, en survie dans la boue, abandonnés à leur sort.

jeudi 3 décembre 2015

Dunkerque: retour prévu des vieux gréements de l’Escale en 2017 et 2019

(photo histoiresdunord3)

Après l’énorme succès rencontré en juin 2013 dans le cadre de Dunkerque, capitale régionale de la culture, les vieux gréements devraient faire leur grand retour à Dunkerque. Une information confirmée par Franck Dhersin, vice-président de la CUD chargé du tourisme, du nautisme et des loisirs.

Plus de 350 000 visiteurs estimés sur seulement trois jours, des hôtels pleins et des restaurants, du centre-ville à la digue de Malo, « dévalisés » dès le samedi midi, soit deux jours, seulement après le début de la manifestation : avec de telles retombées, on comprend l’attente des professionnels du tourisme dunkerquois, qui ne souhaitent qu’une seule chose, que l’Escale à Dunkerque, le rassemblement de vieux gréements organisé pour la première fois en 2013, soit rapidement de retour dans la cité de Jean Bart !

« Un mois avant la venue des bateaux, les demandes de réservations pour monter à bord avaient été si nombreuses à l’office de tourisme que nous avions dû les arrêter pour conserver des places et ainsi permettre au public d’en avoir le week-end de l’événement », illustre Bernard Lecomte, président de la FRCPM (fédération régionale pour la culture et le patrimoine maritimes), à l’origine de l’événement en 2013, alors soutenu financièrement par la Région.

 (photo histoiresdunord3)

Accord de principe de la CUD

Le rêve va-t-il redevenir réalité ? Selon la FRCPM, la communauté urbaine de Dunkerque a déjà signé un accord de principe pour accueillir de nouveau l’événement la première semaine de juin 2017, puis une deuxième fois à l’été 2019, ce que confirme Franck Dhersin, vice-président à la CUD chargé du tourisme, du nautisme et des loisirs (lire ci-dessous).

Explication de Bernard Lecomte : « En 2017, des vieux gréements se rendant à un grand rassemblement à Calais, dans le cadre du projet Calais Port, passeront au large de Dunkerque, puis de nouveau en 2019, cette fois pour l’Armada de Rouen. Comme en 2013, ils n’auront donc qu’à faire escale chez nous avant de se rendre à ces deux rendez-vous. »

Au nombre de neuf en 2013 (plus deux bateaux, dont Le Belem, qui étaient venus gratuitement, ndlr), les vieux gréements pourraient cette fois être sept en 2017 puis de nouveau huit ou neuf en 2019, soit le même format que pour Dunkerque 2013 (lire ci-dessous).

Autre projet, plus proche dans le temps celui-là : dans le cadre du 50e anniversaire de la création du Port autonome de Dunkerque (aujourd’hui devenu Grand Port Maritime), qui devrait être célébré autour du printemps 2016, un ou deux vieux gréements, en route cette fois pour l’Armada de Brest, pourraient également faire escale à Dunkerque. « On est en train de négocier. On aurait pu faire venir davantage de bateaux car nous avons beaucoup de contacts dans le milieu, mais pour 2016, les délais sont trop courts », résume Bernard Lecomte, qui espère mener à terme ces trois projets. « D’abord parce que genre d’événements est totalement gratuit pour le public, ensuite parce que les vieux gréements, c’est de l’aventure et du rêve que l’on donne pour les gens. » À suivre.

dimanche 22 novembre 2015

rendez-vous samedi 12 décembre à partir de 15h à la bibliothèque-centrale de Dunkerque


Communiqué de presse :

Le samedi 12 décembre 2015, à partir de 15 heures, Jean-Marie Goris, ancien professeur certifié d'histoire, vice-président de la Société dunkerquoise d'histoire et d'archéologie présentera, par une conférence-débat, à la bibliothèque centrale de Dunkerque, rue Benjamin-Morel, son dernier ouvrage consacré à La domination espagnole à Dunkerque (1520-1658), et le dédicacera à l'issue de cette rencontre.
De Charles Quint à Philippe IV, les Pays-Bas méridionaux, dont Dunkerque, furent administrés par le gouvernement général de Bruxelles qui transmettait les ordres de l'Escorial aux gouverneurs des cités flamandes. Il y eut presque toujours à Bruxelles un membre de la famille royale d'Espagne.
Les monarques espagnols comprirent de suite l'importance stratégique et économique du port de Dunkerque qui abrita, grâce à eux, de nombreux navires corsaires dont les capitaines se couvrirent de gloire, à l'instar de ceux de la domination française.
Si étonnant que cela puisse paraître, en dépit des malheurs engendrés par les guerres et par les sièges, les Dunkerquois furent longtemps attachés à la Maison d'Espagne, très paternelle, qui leur concéda de plus en plus d'autonomie pour gérer l'administration civile, se réservant cependant le droit d'organiser l'armée et de faire la guerre.