lundi 10 septembre 2012

Guynemer, un certain 11 septembre

Georges Guynemer est né le 24 décembre 1894 à Paris. Chahuteur mais doué, il se passionne dès 1911 pour l'aviation à peine naissante. Bien que ses parents tentent de l'en dissuader, il veut devenir pilote. Jugé de faible constitution, il est ajourné cinq fois alors que la France mobilise ses troupes. Finalement, grâce à des appuis, il est engagé au titre du service auxiliaire à Bayonne puis comme élève mécanicien à l'école d'aviation de Pau.  
C'est en janvier 1915 qu'il est admis comme élève pilote puis il obtient son brevet à Avord (Cher) à la fin du mois d'avril. Rapidement envoyé au front, il abat son premier avion ennemi le 19 juillet 1915, avec le mécanicien Guerder à la mitrailleuse. C'est la première d'une série de 53 victoires  (le titre d'As n'est décerné qu'à partir de 5 victoires homologuées) en plus de 500 combats. Bien qu'ayant piloté plusieurs types d'appareils, le nom de Guynemer est attaché aux avions SPAD. Les appareils que pilote Guynemer portent le nom de «Vieux Charles» sur leurs flancs, en souvenir des appareils de Charles Bonnard, sur lesquels il fit ses premiers vols de guerre et qu'il garda, par superstition. Mécanicien de formation, il participe à leur maintenance et et contribue à la mise au point des derniers types. 
Son escadrille, la SPA 3, rassemblait des pilotes exceptionnels lorsqu'elle arrive au milieu de l'année 1917 à Saint-Pol. Après avoir passé sa dernière nuit dans la commune, le Capitaine Guynemer décolla vers Poelkapelle où il est abattu. Son corps fut enterré à la hâte dans un champ mais un puissant tir d'artillerie ravage le terrain, dispersant ses restes. Le palmarès de ses victoires et le nombre des décorations et distinctions sont tels qu'un hommage national lui est rendu. De plus, le 19 octobre 1917, la Chambre des Députés décide qu'à défaut de son corps resté en terre de Flandre, sa mémoire aurait les honneurs du Panthéon. En sa mémoire, sa devise, «faire face» a été adoptée par l'Ecole de l'Air. A saint-Pol, une plaque apposée sur la façade de la maison dans laquelle il a passé sa dernière nuit, rue de la République, rappelle son souvenir, ainsi qu'une stèle à l'endroit de son dernier envol.

samedi 8 septembre 2012

petit rappel nécessaire et parfois utile : Flandre et Hainaut sous l'Ancien Régime


In Cabourdin & Vial – Lexique historique de la France d’Ancien Régime – collection lexiques U, Armand Colin, Paris, seconde édition 1981, 327p, pp. 138-139

« Ces deux comtés, bourguignons depuis le XIVe siècle, espagnols au XVIe, entrent progressivement et incomplètement dans le royaume au cours du règne de Louis XIV, à la suite des traités des Pyrénées (1659, Gravelines, Le Quesnoy), d’Aix-la-Chapelle (1668, Lille, Douai, Tournai), de Nimègue (1678, Valenciennes, Maubeuge). Les traités de Ryswick (1697) et d’Utrecht (1713) entraînent des abandons (Charleroi, Luxembourg, Mons, Tournai, Ypres) et tracent la frontière définitive entre le royaume et les Pays-Bas (autrichiens après 1713). Cette frontière organisée par Vauban, coupe en deux les anciennes principautés féodales et les domaines linguistiques. Le rattachement à la France provoque d’abord quelques réticences ; mais le ralliement se fait assez rapidement et le bilinguisme se maintient de fait dans les campagnes.

Les terres conquises forment le gouvernement de Flandre, mais Dunkerque, rachetée aux Anglais en 1662, a un gouverneur particulier de 1672 à 1728. Une intendance est d’abord établie dans chacune des trois régions naturelles : Flandre wallonne, Flandre maritime, Hainaut. En 1715, les deux Flandres sont réunies en une seule intendance dont la capitale est Lille ; l’intendant du Hainaut réside d’abord à Mons, puis à Maubeuge, enfin à Valenciennes. Les Etats sont maintenus partout où ils existaient : Flandre Wallonne, Cambrésis, Tournaisis (de 1668 à 1713). Le système fiscal, hérité des Espagnols, allie des impôts fonciers à des taxes à la consommation. La présence française provoque une augmentation générale, à quoi s’ajoutent au XVIIIe siècle les abonnements pour la capitation, les dixièmes et vingtièmes. Un bureau de finances est établi à Lille en 1691. Exempts de gabelle, Flandre et Hainaut sont, pour les traites, provinces réputées étrangères.

Le conseil souverain installé à Tournai en 1668 devient parlement de Flandre en 1686 ; transféré à Cambrai en 1709, il s’établit définitivement à Douai en 1714. Il reçoit les appels des jugements des juridictions inférieures qui suivent d’assez nombreuses coutumes locales, rédigées en Hainaut en 1483, en Flandre après 1531. L’Université de Douai, fondée en 1563, décline au XVIIIe siècle. Les paroisses relèvent de l’archevêché de Cambrai, des évêchés d’Arras, Saint-Omer et Tournai.

Flandre et Hainaut traversent d’abord une période difficile et la population décline dans la seconde moitié du XVIIe siècle ; seules les villes grandissent et Lille passe de 32.000 habitants en 1617 à 60.000 en 1699. Le XVIIIe siècle est plus favorable. L’agriculture utilise des techniques relativement avancées et fait une large part aux plantes textiles (lin, chanvre) qui alimentent avec la laine une industrie assez prospère en Flandre (sayetterie autour de Lille et de Roubaix). En 1789, la petite propriété paysanne représente 30 à 31% des terres, la noblesse dispose de 22% environ, le clergé de 19 à 20% et la bourgeoisie 17% des surfaces flamandes. En Hainaut, la propriété noble et ecclésiastique paraît plus étendue. Cette région connaît les débuts d’une importante mutation : la recherche du charbon aboutit à la création de la compagnie des mines d’Anzin (1757) qui regroupe 16 puits, 1.500 ouvriers, 200 chevaux, 20.000 hectares de concession. »

vendredi 7 septembre 2012

Les journées du patrimoine à l'association Tourville


Bonjour à toutes et à tous,
J'ai le plaisir de vous informer qu'à l'occasion des Journées du Patrimoine 2012 qui a pour thème cette année « Les patrimoines cachés », l'Association Tourville organise un grand spectacle nocturne sous la forme d'un opéra.

Acteur principal du patrimoine maritime français grâce à la construction à taille réelle du « Jean Bart », vaisseau de premier rang de la marine de Louis XIV, l'Association Tourville prend à cœoeur de participer activement à ces nouvelles journées du patrimoine qui se dérouleront les 15 et 16 septembre prochain.

Après avoir ouvert sa première édition de spectacle nocturne en 2010 avec une pièce de théâtre de Dominique Ferlin puis un grand concert d'harmonie en 2011, l'Association Tourville revient cette année avec un opéra conçu par Michel Berger en collaboration avec l'AGPMT de Gravelines et la chorale de Loon-Plage.

Cette aventure lyrique nommée « Hissons les voix avec le Jean-Bart, l'opéra prend le large» se déroulera sur le chantier de construction du vaisseau qui servira de scène et de décor atypique afin de vous faire voyager en musique sur cette cathédrale maritime en construction.

Le spectacle aura lieu le samedi 15 Septembre à partir de 20h30 au tarif de 15€ par adulte et 5€ par enfant. Un repas sera également organisé à partir de 18h45 (uniquement sur réservation), aux tarifs de 34€ par adulte et 15€ par enfant (spectacle compris). La soirée se terminera par une animation musicale (chants de marin, musique traditionnelle irlandaise … dans la taverne du Jean-Bart).
Une soirée au cœur du 17ème siècle qui enchantera petits et grands, dans une ville riche en histoire et en patrimoine qui vous fera voyager au grès des vents de votre imagination.
En espérant vous voir participer nombreux à ce spectacle original et inédit sur le site de construction du plus grand navire historique du patrimoine maritime français,

Je vous souhaite bon vent pour cette rentrée automnale

Bien cordialement

Christian Cardin
Président Fondateur de l'Association Tourville 

Infos et réservations :
Association Tourville
Route de calais
59820 Gravelines
03.28.21.22.40

AUX DEBUTS DU MONACHISME EN GAULE DU NORD : LES FOUILLES DE L‘ABBAYE MEROVIGIENNE ET CAROLINGIENNE DE HAMAGE (NORD)



Etienne Louis, conservateur au Musée de Douai, in « XVe centenaire du baptême de Clovis – colloque interuniversitaire et internationale, Reims 19 septembre-25 septembre 1996 – recueil des résumés préliminaires- deuxième session »

« En 1990, le service archéologique du Musée de Douai organise deux petits sondages qui confirment l’existence de vestiges du haut Moyen-Age à l’emplacement de l’ancien prieuré de Hamage, héritier d’une abbaye fondée au VIIe s. et disparue à la fin du IXe s. Depuis, les fouilles se poursuivent chaque année sur ce site exceptionnel.

L’évangélisation du bassin scaldien est sans doute parmi les plus tardives de la Gaule. Partout ailleurs sur ce qui deviendra le territoire français, des évêques s’installent dans les cités romaines au plus tard au milieu du IVe s. Déjà, des oratoires se créent dans les campagnes, le plus souvent à l’initiative de l’aristocratie locale. Pourtant, deux siècles plus tard, la christianisation ne semble guère avoir dépassé de manière significative les limites Nord de l’Artois et du Cambrésis. Les missionnaires, tous de langue latine et de culture (gallo) romaine se sont arrêtés aux lisières des plaines septentrionales peuplées par des Germains d’Outre-Rhin parfois dès le IIIe s.

Une des première avancées missionnaires est l’œuvre de Saint-Amand, un aquitain, vers 620-650, avec comme « bases-arrière » quelques monastères qu’il fonde dans la vallée de la Scarpe, affluent de l’Escaut, principale voie de pénétration vers les confins septentrionaux. Les premiers d’entre eux sont Elnone (aujourd’hui Saint-Amand, Nord), sur une terre donnée par le roi Dagobert, Marchiennes et Hamage (Nord) fondés par et pour les femmes d’une riche famille locale, Rictrude à Marchiennes, Gertrude à Hamage. Ce dernier est sans doute la plus ancienne fondation monastique du Nord de la France, de Belgique et des Pays-Bas.

Il s’agit d’un monastère double autour d’une église saints-Pierre-et-Paul. Au milieu du VIIe s., Eusébie, arrière-petite-fille de Gertrude, abbesse à l’âge de 12 ans, fonde un oratoire où elle sera enterrée et meurt en odeur de sainteté à 23 ans.

Après les invasions vikings qui dévastent les monastères de la Scarpe en 881 et 883, le couvent semble disparaître. En 1131, l’abbé de Marchiennes Amand y réinstalle un modeste prieuré de 4 ou 5 moines, qui dure jusqu’à la Révolution.

L’intérêt tout particulier du site de Hamage vient précisément de sa disparition rapide qui offre l’occasion rarissime d’observer un site peu remanié depuis le haut Moyen-Age. En effet, dans toute l’Europe occidentale, aucune fouille archéologique n’a encore révélé l’organisation et les bâtiments d’un monastère antérieur au IXe s. Victimes de leur succès et des reconstructions successives, nous ne connaissons de l’origine de ces établissements qui ont tant contribué à la culture et à l’histoire de l’Europe, que quelques églises et quelques lambeaux de fondations.

Le site naturel est celui de la plaine marécageuse et jadis boisée de la Scarpe. Le substrat sableux est recouvert d’un niveau noirâtre, dans lequel se situent les vestiges archéologiques. Les variations de couleurs et de consistances sont particulièrement faibles, la lisibilité des structures archéologiques demande donc beaucoup d’attention et de minutie.

Au cœur du monastère mérovingien
Pour l’instant, la trace la plus ancienne est un vaste fossé dont le comblement a livré des céramiques de la première moitié du VIIe s. Il s’agit très certainement de la limite ouest de l’enclos monastique, tracé dès l’origine du site et qui ne varie plus jusqu’à nos jours.

Au VIIIe s., les traces deviennent plus nombreuses. Les bâtiments sont tous en bois et se révèlent par des trous de poteaux, des calages de pierre, quelques traces de sols d’occupation et l’empreinte des poutres en bois qui servaient de base aux parois. Le principal d’entr’eux mesure 15 m. sur 17. Il est composé de toutes petites cellules (2 à 3 m. de côté), munies chacune d’un foyer, autour d’une grande pièce centrale. Les foyers, un four domestique extérieur et des latrines montrent qu’il s’agit d’une habitation. Le dépotoir situé au pied des murs a livré de nombreuses céramiques de table (cruches, écuelles, bols et gobelets). Plusieurs de ces derniers portent des inscriptions gravées par leur propriétaire, en particulier des noms féminins : Aughilde et Bertane.

Les fouilleurs ont également retrouvé dans le même dépotoir des perles en verroterie, des agrafes de vêtement en bronze ou en argent et de nombreux peignes en os. Les oraisons, les activités manuelles attestées par la fouille (filage, tissage, couture) n’excluent pas les loisirs (les dés, pourtant mal vus par l’Eglise), ni la consommation de viande, ni la bonne humeur : un gobelet porte le graffiti « MITTE PLINO », ce qui voudrait dire à peu-près : Verse à ras bord !

Les religieuses entretenaient de nombreux artisans qui ont abandonné aux alentours leurs produits, leurs outils et leurs déchets : verriers, bronziers, forgerons, pêcheurs, menuisiers… L’abondance et la qualité de ce matériel suggère un contexte social de niveau élevé.

La réforme bénédictine, vue de Hamage
Au IXe s., la topographie du monastère est totalement remaniée. Au nord, l’église dédiée à Sainte Eusébie n’a pas encore été fouillée ; mais on sait qu’il s’agit d’un bâtiment de pierre, d’environ 15 m. de largeur sur une trentaine de m. de longueur. Le long du mur sud, une galerie large de 2,50 m. est limitée par un alignement de 5 poteaux. Deux tombes y sont aménagées.

Par sa taille, ce sanctuaire se place bien évidemment loin derrière les grandes abbatiales royales comme Saint-Denis, Saint-Riquier ou Fontenelle ; toutefois, il égale une église aussi célèbre que sainte-Gertrude de Nivelles, fondée à la même époque et avec l’appui de saint Amand.

Perpendiculairement à l’église, un vaste bâtiment de bois, de 7 m. de largeur sur plus de 22 m. de longueur se détermine par trois files d’imposants poteaux de bois. En 1995, un retour vers l’est a été clairement mis en évidence, ainsi qu’une galerie de circulation. Autrement dit, nous sommes devant un cloître de bois de la première moitié du IXe s., au moment où Louis le Pieux, en 816-817, fait diffuser d’autorité dans tous les monastères de l’Empire la règle de saint Benoit et ce qui sera désormais le plan-type de toutes les abbayes médiévales. Avec la construction du premier cloître de Hamage, dans les niveaux duquel précisément deux deniers de Louis le Pieux ont été retrouvés, l’archéologie saisit peut-être pour la première fois de manière aussi nette une des mutations fondamentales de l’Eglise d’Occident.

Cette période de termine par un pillage des tombes et une démolition de l’église, qui pourrait être mis en relation avec les Vikings (880-881) et le semi-abandon qui suivit.
En 1133, l’abbé de Marchiennes, qui tente de récupérer le patrimoine de Hamage, tombé aux mains de seigneurs locaux rebâtit un petit prieuré, autour de la vieille église plus ou moins restaurée et d’un nouveau cloître, désormais en pierre. La fouille a analysé les 3 cloîtres qui se succèdent alors jusqu’au XVIe s., ainsi que la grange et les bâtiments associés. Après un saccage par les Calvinistes en 1566, la chapelle et le prieuré se réduisent à leur volume actuel, et l’on peut toujours voir sur le site les dernières constructions, édifiées par Dom Jonat Mehay en 1720. »

QUI A INVENTE LA FRANCISQUE ?


Mme Michèle Cointet, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Tours, in « XVe centenaire du baptême de Clovis – colloque interuniversitaire et internationale, Reims 19 septembre-25 septembre 1996 – recueil des résumés préliminaires- deuxième session »



« Il est surprenant de voir, dans la ville d’eaux de Vichy promue capitale de l’Etat français, les vestons s’orner en 1941 d’un curieux insigne : une francisque tricolore à deux tranchants dont le manche est constitué d’un bâton de maréchal de France. En 1942, la pièce d’un franc de Lucien Buzor diffusa, dans tous les foyers français, une francisque surgissant au-dessus d’épis de blé. Résurgence d’un passé enfoui dans une mémoire légitimiste ? Simple hommage au prénom du joailler-fabricant Augis qui est « Francisque » ? Création méditée d’un symbole politique dont le sens est à préciser ?

Rien n’étant vraiment spontané en histoire, il y a lieu de rechercher les origines de la dernière (sans doute) des apparitions de l’arme des Francs dans notre histoire. Le XXe siècle a bien aimé les symboles politiques mais le scepticisme nouveau des Français se contentait des trois couleurs jusqu’à ce qu’il fut bousculé par la défaite. A Londres renaissait une belle croix chrétienne, guerrière et lorraine. L’Etat français se devait de créer son symbole. Ce régime politique qui attache tant de prix à la propagande et qui la paye bien, ne manquait ni d’inventeurs ni d’artistes. De nombreuses francisques ont été mises en vente dans le commerce. L’opération apparait comme un moyen de tester la popularité personnelle du Maréchal Pétain en face de celle, compromise, de ses chefs de gouvernement, Pierre Laval puis François Darlan. Le succès fut grand et s’accompagna d’effets pervers. Des personnages à la moralité douteuse et aux sources de revenus inavouables affichaient ainsi de bons sentiments politiques. Il a fallu réglementer par la loi du 16 octobre 1941 qui créa une « distinction décernée par le Maréchal et destinée à tous les Français ayant servi l’œuvre du Maréchal et dont le passé est le garant du présent et de l’avenir. » Un conseil de huit membres se réunit chaque semaine à l’Hôtel du Parc pour sélectionner les Français dignes de la porter : 2.626 noms sont connus.


J’avais tout d’abord donné la paternité de la francisque au conseiller de Philippe Pétain, Lucien Romier, un chartiste devenu directeur du Figaro. Je pense que l’inventeur à plus de chances de se trouver parmi les « huit de l’Hôtel du Parc ». Après avoir éliminé les conseillers d’Etat et les généraux, j’ai retenu deux noms. Le directeur du cabinet civil du Chef de l’Etat, Henri du Moulin de Labarthète, l’inspecteur des Finances est trop ironique et trop sceptique pour diriger une telle opération. Je conclurai que l’inventeur est le docteur Bernard Ménétrel, médecin privé du Chef de l’Etat.

Bernard Ménétrel est fils d’un médecin ami de Pétain. Il apparaît comme le fils adoptif, épris de facéties de plus ou moins bon goût, auquel Pétain, qui le tutoie, lui pardonne tout. Frustré d’activité par l’excellente santé du Chef de l’Etat, le médecin se tourne vers la politique. Chef du secrétariat privé, il ne lâche jamais Pétain d’un pas, l’accompagnant dans sa promenade quotidienne, en vacances, partageant sa table, lui offrant les douceurs d’une famille de remplacement (Pétain n’a pas d’enfants) égayée par trois bambins. Il a la responsabilité – et le budget afférent – de la «propagande sociale» du Maréchal. Il veille jalousement sur son domaine, l’image du Chef de l’Etat, c’est-à-dire les visites aux bonnes villes (un goût pour l’époque médiévale), les cadeaux, les jeudis de réception de délégations. Son goût des objets est vif. Ses idées politiques sont traditionnalistes. Il tient du commandant Bonhomme, officier d’ordonnance de Pétain, le nom d’un capitaine, Robert Ehret qui sait dessiner. Appel est lancé dans la presse pour proposer de nouvelles armes à la France. Des joaillers, André Arthus-Bertrand et Francisque Augis reçoivent les commandes.

La francisque a son histoire. Elle fut l’objet de la convoitise des cercles ultra collaborationnistes de Vichy mais le « clan pétainiste » réussit à garder le contrôle de l’insigne (circulaire du 4 juillet 1942 imposant des exigences politiques strictes et un serment à Pétain). Maréchaliste toujours, la francisque a un sens antilavaliste. Il est possible, à la limite, de recevoir la francisque (après l’avoir demandée) en 1942 tout en finissant dans la Résistance.
Par la grâce d’un médecin du Chef de l’Etat aux connaissances historiques superficielles, voire erronées, la francisque permit à ceux qui l’arboraient de méditer un peu sur les vertus chrétiennes de la nation française, quelque peu sur ses origines franques mais surtout sur les vertus de la hache du vaincu Vercingétorix unificateur des tribus gauloises. »

HOMMAGE A JULES GOSSELET (1832-1916)


Eric Vanneufville (descendant de Jules Gosselet) in : « Géologie, patrimoine et environnement en Nord-Pas-de-Calais » - résumés d’intervention du colloque – 26-28 novembre 2002 », Musée d’Histoire Naturelle de Lille, 2002, p.p. 2-3.


« Né à Cambrai en 1832, Jules Gosselet est issu d’une famille bien implantée dans le Hainaut, région de Landrecies-Maroilles. Son père, jacques, était pharmacien à Cambrai, frère d’Auguste, médecin des épidémies à Lille, et sa mère Adèle Dollez.

Elevé en liberté au grand air, instruit par sa tante Tantinette puis par l’institution Courboulis de Landrecies où il apprit le latin, il passa par le lycée de Douai qu’il quitta bachelier pour aller à Paris à l’école de Pharmacie.
  
Trop distrait et bucolique pour être apothicaire, il entra dans l’enseignement comme second professeur de mathématiques au Quesnoy où il mena de front ses cours et ses premières recherches personnelles de sciences naturelles.
   
Inscrit comme étudiant à Paris à ce titre, il se passionna très vite pour la géologie et fut engagé par l’un de ses examinateurs, Constant Prévôt, comme préparateur en géologie à la Sorbonne. Homme de terrain, à Paris comme en sa région natale, après avoir réussi sa licence de sciences naturelles en 1855, il présente à la Société géologique de France en 1857 une étude sur les carrières d’Etroeungt, ses fossiles, sa stratigraphie. Dès lors, il fut perçu comme un révolutionnaire n’ayant foi que dans le terrain, sa boussole et son marteau, mais demeura l’élève assidu du très libéral et ouvert Constant Prévost, comme du méthodique professeur Hébert. Sa thèse de doctorat, soutenue en 1860 à la Sorbonne sur les terrains primaires de Belgique, des environs d’Avesnes et du Boulonnais, confirme cette réputation.
   
Après un passage au lycée de Bordeaux jusqu’en 1864, où le suivit en 1863 sa jeune épouse Marthe Dollez, il est professeur suppléant d’histoire naturelle à la faculté de Poitiers, avant d’être nommé, fin décembre 1864, titulaire de la chaire de Géologie créée à l’université de Lille.
   
Obstiné, voire têtu, de plus en plus adepte du terrain et de la pédagogie active et pratique, il étudia et fit découvrir à ses élèves le Nord de la France, les Ardennes et l’Eifel, s’attachant aux coupes stratigraphiques et aux données révélées par les fossiles en matière de niveaux paléontologiques. La connaissance tectonique de la chaîne ardennaise, la paléontologie de la zone entre Rhin et Mer du Nord, la dénivellation, datée, des Flandres par rapport à l’Artois, la cartographie géologique et hydrogéologique, les phosphates, la houille sous les terrains dévoniens, constituèrent le résultat principal de ses recherches, sur le terrain et synthèses réalisées en cours et en publications par Jules Gosselet et l’équipe de ses disciples, stimulés par l’exemple de son altruisme.
  
En 1902, atteint par la limite d’âge, il quitte sa chaire, unanimement salué par les géologues de toute l’Europe, Charles Barrois continue son œuvre et entretient une coopération amicale avec le généreux Jules Gosselet qui a donné à la Ville de Lille et à son Université, sa collection et sa bibliothèque. Dès lors, le grand-père instruisit personnellement ses deux petits-fils dont François, futur président de la Société de géographie de Lille, comme il avait instruit ses sœurs dans sa jeunesse à Landrecies.
  
Cette force de la nature mourut à 84 ans, en 1916, des suites d’un malaise contracté au laboratoire tandis qu’il s’efforçait de sauver, dans le froid et l’humidité, ses collections muséographiques mises à mal par la terrible explosion du dépôt de munitions des Dix-Huit Ponts, dans Lille occupée. »

mardi 4 septembre 2012

le curieux destin du château de Quesnoy-sur-Deule




Pour un lieu qui tire son nom d'une "Chenaie au bord de la Deûle", le village est désert d'arbres, agriculture moderne oblige. Placé sous le patronage de Saint-Michel, dont la première mention remonte à 1132, il était défendu par un château de belle taille et dont ne demeurent que quelques rares illustrations.

Erigé dans la Deûle, le château est une tour rectangulaire de 60 mètres sur 80 avec 8 tourelles et un pont-levis. La basse-cour possède aussi un jardin de plaisance (cadastre de 1867 section C2). Il se dressait à environ 125 mètres de l'église paroissiale. Au XVIIème siècle, une chapelle castrale et une porte monumentale y sont adjointes. Cette dernière se trouvait devant la place du village.

La «ville, terre et seigneurie» de Quesnoy-sur-Deûle relève de la Salle de Lille et détient la justice vicomtière, celle concernant les affaires courantes.

En 1371, la seigneurie est entre les mains de «Gossuin, sire de Kesnoit et de Brasse, chevalier et dame Yolent de Mortagne, sa femme» lequels sont nommés dans un arbitrage du bailli de Lille, concernant la seigneurie de Tourcoing. En mars de l'année suivante, la seigneurie est décrite comme comprenant d'abord un manoir avec 22 bonniers de terre (un peu plus de 31ha). Le château, primitivement installé dans la rivière, doit protéger le pont et les écluses de la ville. Il utilise donc la Deûle comme douves afin de mieux la verouiller.

Le 18 juin 1411, une sentence du baillage de Lille adjuge au duc de Bourgogne «la terre du quenoy sur deusle» aux depends de «Jean duquenoy du droit qu'il prétendoit y avoir comme hoir de Jehan duquenoy son  oncle seigneur de lad. terre». La même année, le duc de Bourgogne entre en possession de la seigneurie non sans consentir à un dédommagement au prétendant:
«Jehan duc de Bourgogne conte de Flandre (...) a tous ceulx que ces pntes leres verront salut. Comme certain procez se soit piecha meu entre Jehan du quesnoit demourant en la ville du Quesnoit sur le deulle demandeur d'une part et mes procureurs estans à Lille pour au nom de nous deffendeur d'autre part par devant mon gouvernement de Lille ou son sextendant pour raison de la terre et seignourie dudit lieu du quesnoit laquelle ycelieu Jehan disoit a son droit par la succession de feu Jehan du quesnoit jadis son oncle et seigneur dicelle tere et seignourie auquiel tant fut procédé que sentence fut donnée par ledit gouvernement ou son lieutenant au profit et intention de medt procureur sont icellui Jehan duquesnoit appela et releva et fit excuses son dit appel au parlement de monß le Roy (...) en menant procès  qui a duré plus de six ans (...)que renoncheront audit procez et a tout le droit de propriété et succession que amon pouoir et reclamans en ladit terre et seignourie dud. quesnoit pour lui et ses hoirs et ayans cause a tous jours, savoir faisons que nous en sus et es advis et deliberation avecq les gens de me conseil et meismes par la pitié et compassion que avons eu dicelluy Jehan lui avons donné et par ces presentes de mes gains (illisible) donnons la somme de 20 frans de provision...».Il est précisé plus loin qu'il d'agit d'une provision  annuelle sur les revenus de cette terre (ADN / B1130 n° 19207).  La renonciation de Jean Ducquenoy est passée devant le bailli de Tournai le 19 mars 1411, confirmée le 24 juillet 1412. Celui «renonce bien à tout droit de propriété et de succession et réclames sur la terre du quenoy la conséquence de la donation  faite audit Jehan Duquenoy de 20 frans de rente viagère sur le revenu  de la terre par le Duc de Bourgogne». En 1417, 1419 et 1420, le seigneur de Quesnoy est le «noble homme franchois doignies, escuier».

A la fin du XIVème siècle, le château est une résidence occasionnelle des ducs de Bourgogne qui le possèdent toujours. Aux alentours de 1579, les gueux s'en emparent mais, repris, il est détruit tout comme le village.  Louis de Mailly entreprend de le reconstruire et y fonde, en1616, une chapelle. Le rapport du 26 fevrier 1618  servi par «Louis de Mailly, chevalier», mentionne «ung chasteau environné d'eauwes, ung pont levis avecq la bassecourt, fossez et jardins de plaisance contenant ung bonnier d'heritage abouttant à la chaussée de Lille à Ypres, d'aultre à la rivière de la Deusle, du triesmes sises à la chimenteire dudict quesnoy et à la ruyelle du riviage de St-Michel» 
Un inventaire mentionne pour la même date un dénombrement «de la ville, terre et seigneurie de Quesnoy sur la deusle par Louys de Mailly, chevalier, Sr du Quesnoy, Gavre, Mœurchin, vicomte d'Epe, Sgr de Blangy, Buire au bois et du Faut, provenant de la succession de Jean de  Monsire, Sieur de Ghémicourt, son frère utérin, fils de Dame Gabrielle d'Oignies, sa mère»

Son fils Philippe y fait de nombreux travaux et élève notamment une porte monumentale donnant sur la place du village. Le fief prend de l'importance car Philippe IV d'Espagne créé le Comté du Quesnoy en 1661. 

En 1698, la seigneurie est tenue par «Madame la marquise de quesnoy, veuve du sieur de Mailly». Dugué de bagnols précise que Quesnoy est «érigé en marquisat, [est] terre considérable mais qui n'a pas beaucoup de mouvances».

Au XVIIIème siècle, le château est propriété du Duc de Croÿ et est utilisé comme prison. Sans utilité, le château est vendu sous le Premier Empire puis rasé. On pouvait encore voir ses fondations en 1914 mais elles furent diminuées par le redressement de la Deûle.