mercredi 5 février 2020

Michel de Swaen ou l’amour des belles lettres


Le collège Michel de Swaen de Dunkerque a été remplacé par un établissement baptisé du nom de Lucie Aubrac.  Il ne reste plus que son ancienne salle de sport pour en garder le souvenir, dommage pour un rare représentant des Belles Lettres dunkerquoises.


Michel de Swaen nait à Dunkerque en 1654, la ville ne devient française qu’en 1662 mais il faut beaucoup de temps pour que la francisation soit effective, tellement longtemps que le flamand n’est plus parlé dans les rues qu’à la fin du XIXe siècle. C’st donc tout à fait naturellement que Michel de Swaen rédige pièce et poèmes en flamand. L’homme voyage, notamment aux Provinces-Unies où il rend visite à son fils exilé. Comment ne pourrait-il pas apprécier particulièrement l’atmosphère de liberté qui y règne alors que les Pays-Bas du Sud connaissent les affres de la guerre, subissant les menées bellicistes d’un Louis XIV désireux d’agrandir son Pré Carré et de mettre au pas des Flamands qu’il juge ne pas vouloir devenir de bons sujets, dociles et catholiques ?

L’homme est un savant : chirurgien et quincailler de profession, on le compte parmi les magistrats de la ville. Une position honorable que renforce sa présence au sein de la « Rederijskammer », la Chambre des Rhétoriciens de Dunkerque. Autant dire qu’il est fin lettré, bon orateur et comme nombre de ses confrères, ses écrits se teintent d’Humanisme.
 
En 1687, on lui décerne le titre de « Prince de la Rhétorique de Dunkerque » et entretient d’étroites relations avec les autres Chambres de la Grande Flandre, néanmoins il n’accorde pas le privilège d’imprimer ses œuvres. C’est sans son autorisation que ses traductions de l’« Andronic » de Campistron et surtout du « Cid » de Corneille ont été imprimées et diffusées dans le grand public. La plupart des ses œuvres, notamment les comédies satiriques et les farces, passent à la postérité à titre posthume. La plupart étaient conservées à l’abbaye saint-Winoc de Bergues mais bien peu ont survécu à la tourmente révolutionnaire.

Intéressé par l’Histoire, ses textes consacrés à l’empereur Charles Quint exaltent le sentiment d’être à la fois Flamand et catholique, au point que certaines de ses pièces sont encore jouées aujourd’hui (mais avec une certaine arrière-pensée politique, il faut le concéder). Refusant les particularismes, il refuse d’écrire en flamand dialectal car pour lui, tous les membres de sa communauté doivent avoir accès à son œuvre. L’humanisme est aussi et avant tout un universalisme.

Nul doute qu’il n’aurait que peu gouté la polémique agitant le Landerneau linguistique sur la question d ‘enseigner le flamand dialectal en lieu et place du néerlandais, langue officielle et commune de la communauté flamand et batave…

mardi 4 février 2020

à la recherche du château de Robert de Cassel à Dunkerque


Pour une ville comme Dunkerque, la recherche du passé est souvent une quête difficile. Les archives écrites anciennes manquent souvent, surtout pour le Moyen-âge et il est difficile de programmer des fouilles archéologiques. Dunkerque, ville et port a connu de nombreuses vicissitudes : de guerres en bombardements, de nombreux documents ont disparu et les sols maintes fois bouleversés autant par les dégâts des différents sièges que par les reconstructions.

Au nord de la ville médiévale, presque adossée aux remparts du XIVe siècle, il semble que l’on puisse y trouver une partie des fondations du château édifié par Robert de Cassel, que les révoltés flamands ont démoli en 1328. Il devait se situer aux alentours de la rue Poincaré et de la rue du château. Difficile d’imaginer qu’une fortification de grande taille ne laisse aucune trace. Les documents sont surtout plus prolixes en ce qui concerne les périodes plus récentes. Dès que Dunkerque tombe entre les mains de Louis XIV, Vauban dresse un plan d’organisation des nouveaux quartiers à élever dont la jonction avec la partie la plus ancienne de la ville s’opère entre la Place Royale, devenue Place Jean Bart et la Place Dauphine, aujourd’hui place du Général de Gaulle.  La démolition des anciennes casernes qui se dressent derrière l’église Saint-Eloi permet de rectifier la rue des vieux quartiers (rue Poincaré) et définir de nouveaux lotissements en bordure de la Place Dauphine, devenue un lieu de promenade très prisé car plantée de tilleuls, seul espace vert à l’intérieur du clos de murailles.

Peut être pourra t on aussi y trouver des traces de la rivière de la Panne dont des fouilles ont mis en évidence le passage sous l’église saint-Eloi, dans le sous-sol de laquelle on a retrouvé un puits.

 le theatre de Dunkerque, 1914

Plus proche de nous, la place a trouvé de nouvelles fonctions. En 1836, la municipalité désire une nouvelle salle de spectacle plus propice aux grandes représentations théâtrales et à l’opéra. Il faut remplacer la salle construite en 1777 rue de Nieuport (actuelle rue Benjamin Morel). Le projet initial est confié à l’architecte communal Charles Henry. Il imagine une salle de 1.150 places qu’il veut au centre de la Place Dauphine.  Du coup, on arrache les tilleuls qui ombrageaient la place. Son décès en 1840 l’empêche de mener son projet à terme qui est confié à François-Napoléon Develle qui inaugure le théâtre seulement en 1845.

Après la seconde guerre mondiale, la place est agrandie et accueille le nouveau théâtre ainsi que le musée des beaux-arts alors que la totalité du quartier se relève, effaçant définitivement les traces des occupations anciennes.

lundi 3 février 2020

La Motte aux Bois en 1789 : état des lieux


in Victor-Eugène Ardouin-Dumazet - Le Nord de la France en 1789, Flandre, Artois, Hainaut - Régis Lehoucq éditeur, Lille, 1989 (l'édition originale est un ensemble d'articles dans l'Echo du Nord, parus à la fin du XIXe siècle)
 



 


LA MOTTE-AUX-BOIS - Ce lieu n'est plus qu'un village de 500 habitants, n'ayant même pas rang de commune, puisqu'il dépend de Morbecque; mais c'était jadis, au point de vue administratif, un centre considérable. 
 
Sa position au milieu de la belle forêt de Nieppe en avait fait le siège d'une maîtrise des Eaux-et-Forêts qui tenait ses séances le samedi. Près de ce tribunal, il y avait un receveur, un aumônier, un arpenteur juré, quatre procureurs, un garde général et quinze gardes particuliers, plus un garde pour chacun des bois de Bailleul, de Merris et d'Ecousses.
 
En outre la Motte-aux-Bois, qui avait possédé un château fortifié, pris en 1645 par les maréchaux de Gassion et de Rantzau, était restée le chef-lieu de la seigneurie ressortissant à ce château, seigneurie portant en 1789 le titre de Château Royal dit les Cinq Tenances. Ce château royal était une juridiction qui tenait ses séances le mardi de chaque semaine. Il avait comme grand bailli pour le roi, M. Clennewerck, avocat au Parlement, capitaine. Un lieutenant-bailli, sept échevins, un greffier, un commis au greffe, un collecteur et cinq sergents complétaient cette juridiction.
 
On a dû être frappé de l'énorme quantité de gens de lois qui existaient dans la Flandre maritime. D'après les chiffres que venons de donner pour chaque ville, in voit alors qu'il y avait alors, dans les pays qui forment aujourd'hui les arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck; 178 avocats, 50 procureurs. Aujourd'hui, ces professions n'existent plus que dans les deux chefs-lieux et il n'y a que 16 avocats et 9 avoués.
 
Le nombre extraordinaire des avocats et des procureurs ou "chicanous" s'expliquait par cette multitude de tribunaux et de juridictions que l'on rencontrait dans chaque ville. Comme le justiciable devait entretenir ces nuées de magistrats, d'avocats, de procureurs, de greffiers, de sergents, etc., on comprend les cris jetés dans les cahiers contre les gens de loi et de la Justice. Certes, tout n'est pas pour le mieux aujourd'hui, mais cependant il y a eu progrès sensible de ce côté-là. Et c'est à la Révolution qu'on doit ce progrès."