jeudi 4 juin 2020

Le Bailliage d’Aire sur la Lys



Le bailliage — ainsi dénommé pour avoir accueilli à plusieurs reprises le tribunal du bailli aux XVIIe et XVIIIe siècles — a été bâti pour servir de corps de garde à la milice de la ville. Lié à la politique de grands travaux des Magistrats du début du XVIIe siècle, le bailliage a été inauguré en 1600 mais le bâtiment ne fut achevé que quelques années plus tard. Largement inspiré de l'ancien Hôtel de Ville d'Amsterdam, disparu en 1651, il est installé à l'angle de la Grand'Place, à quelques mètres à peine de l'Hôtel de Ville.
 


L'édifice, de conception flamande et de style Renaissance, se présente comme un quadrilatère irrégulier de 125 m2 de surface au sol. Il comporte quatre niveaux, la cave, la salle du rez-de-chaussée, la grande salle du premier étage et les combles. Un escalier de bois, dont la rampe est d'origine, relie le rez-de-chaussée à la salle du premier étage, la plus grande du bâtiment (10 x 11 mètres).


Les façades sont richement ornées et font la renommée de l'édifice. De fines colonnes de pierre supportent des arcades donnant sur la Grand'Place et la rue du Bourg. Au sommet de l'édifice, une frise comporte les attributs de la Toison d'or et est surmontée de statues représentant les trois vertus théologales (Foi, Espérance et charité), les quatre vertus cardinales (prudence, tempérance, force d'âme et justice), les quatre éléments et un dernier personnage non identifié. Rue du Bourg, deux cartouches « ANNO » et « 1600 » indiquent la date de construction du bâtiment3.
 

Le bailliage a connu de multiples utilisations, d'Hôtel de Ville provisoire à commissariat de police aux XIXe et XXe siècles. Il accueille depuis 1970 l'Office de tourisme d'Aire-sur-la-Lys3. La grande salle de l'étage est quant à elle utilisée pour des expositions temporaires.
Le bailliage a été classé Monument historique en 1886

Le baillage, état avant 1923

mercredi 3 juin 2020

La collégiale saint-Pierre d’Aire-sur-la-Lys


L'église actuelle remplace une église romane consacrée au XIIe siècle dont il ne demeure plus que quelques pierres réemployées et les bases des piliers de l’abside que l’on peut voir dans le chœur de l’église actuelle, sous des dalles de verre. 
 

Le chapitre de chanoines institué au milieu du XIe siècle est confirmée en 1119 par une bulle du pape Calixte II. 
 
Construite entre 1492 et 1634 — des pierres sculptées tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'édifice précisent les dates d'avancement des travaux — la collégiale Saint-Pierre est église paroissiale depuis 1803. Le chœur fut achevé un peu avant 1431. Commencée en 1569 et terminée en 1624, la tour s’écroula aussitôt. Ce ne fut qu’en 1634 que la collégiale fut complètement achevée, mais les chanoines y célébraient l’office depuis un siècle déjà. 
 
Dès 1624, la collégiale connaît ses premières restaurations : suite à l’effondrement de la tour et des sièges français de mai 1641 et juillet 1676 qui ont infligé des dégâts considérables au bâtiment. Le siège de septembre et novembre 1710 par les Hollandais laisse la collégiale à l'état de ruine. La tour, fragilisée par la destruction des voûtes, s'effondre à nouveau en 1711.

La levée des fonds pour sa reconstruction est difficile, obligeant même les chanoines à y contribuer en fonction de leurs prébendes de 1725 à 1730, les recettes sont complétées par des quêtes en plusieurs villes comme à St-Omer en 1728. Le roi accorde même des pensions sur plusieurs abbayes. L'office sera célébré pour la première fois dans le chœur à Pâques en 1729. Le transept est rétabli en 1733, les murs de la nef en 1736 et la voûte en 1738. La tour, qui a conservé ses deux premiers niveaux, est réédifiée entre 1735 et 1750, peu avant l'érection du beffroi en 1764.







Durant le XIXe siècle, Mgr Edouard Scott, curé irlandais d'Aire de 1829 à 1887, va entièrement réaménager l'intérieur de l'église Saint-Pierre. Il s'en tient à sa devise : "Dilexi decorem domus tuae" signifiant "j'ai aimé la splendeur de ta maison". Entre autres travaux, il fait exécuter des peintures murales sur l'intégralité des murs de la collégiale, pave le sol de marbre (1844), et apporte de nombreuses modifications. De même, il impose un nouveau mobilier, notamment le jubé et la chaire. La collégiale est ainsi classée monument historique en 1862.




Au XXe siècle, des travaux de restauration sont entrepris dès 1907. Ils sont interrompus par les tirs de la Première guerre mondiale. Les dégâts sont relativement importants mais l'église n'eut pas à souffrir comme au temps de Louis XIV car le maire d'alors s’était opposé à ce que l'armée anglaise utilise la tour comme observatoire et base d'opérations. 
 






avant la loi de 1922, les monuments aux morts étaient paroissiaux


En 1922, après des dégâts occasionnés par un ouragan, des travaux reprennent sur la tour et le chœur dès 1924. Lors de la Seconde guerre mondiale, un bombardement allemand atteint, en mai 1940, le flanc sud de la collégiale. Dix-huit fenêtres sont soufflées tout comme certaines toitures. En août 1944, ce sont les bombes de la RAF qui détruisent les chapelles rayonnantes sauf celles du nord. Le souffle atteint le mobilier, fenêtres et voûtes. Ainsi, au lendemain de la guerre, de nouvelles campagnes de restauration commencent. L'église ne sera rendue au culte qu'en 1954, le chœur est rouvert le 8 août 1981 puis sera repavé 2 ans plus tard. Néanmoins, dans les parties restaurées, un enduit blanchâtre remplace les peintures murales du XIXe s, provoquant un contraste certain.
 

La collégiale Saint-Pierre est liée au culte de Notre-Dame Panetière. Une statue de cette dernière est présente près de l'autel, sur la gauche du jubé. Elle est sortie de la collégiale chaque année, le 15 août, jour de l'Assomption, pour une procession dans toute la ville d'Aire-sur-la-Lys, son culte a célébré ses 800 ans récemment.
 
La légende de Notre-Dame Panetière est liée aux guerres de Philippe II Auguste, roi de France de 1180 à 1223. Une coalition s'était formée contre le roi, dont les membres les plus éminents furent l'Empereur Otton IV, Jean Sans Terre, roi d'Angleterre, et le comte de Flandre, Ferrand de Portugal. Ce dernier attaque l'Artois et assiège la ville d'Aire-sur-la-Lys en 1213. La ville est vite affamée. Le peuple invoque la Vierge de mettre fin à la disette. Quelques semaines plus tard, miraculeusement, une charrette de pain entre dans la ville. Les bourgeois et les soldats de la ville, parviennent à repousser les assiégeurs flamands, ouvrant ainsi un chemin au convoi du roi de France chargé de vivres. Grâce à ce sauvetage, Philippe Auguste peut manœuvrer dans le Nord de la France pour contrer la coalition et remporte une large victoire à Bouvines. C’est donc en mémoire de ces secours alimentaires que la sainte Vierge Marie fut dès lors invoquée sous le vocable de Notre-Dame de la Panetière.

lundi 1 juin 2020

la vedette de Condé-sur-escaut, Mlle Clairon


In Alain Gérard – « 100 figures d’Antan du nord de la France », éditions Voix du Nord, Lille, 2002, 103 pages, p.26


 
Qui eut pu croire que Claire, Josèphe de la Tude, née en 1723 à Condé-sur-Escaut, un jour de carnaval, des amours de hasard d’un sergent d’infanterie et de la très modeste ouvrière modiste du Capiau Fleuri réformerait un jour la Comédie-Française ? La petite Claire, surnommée « La Clairon », montre vite qu’elle a du caractère et le sang vif. Une voisine, séduite par la vivacité de l’enfant qui s’ennuie à Paris, où sa mère a déménagé, la fait entrer à la Comédie italienne, où elle est remarquée. Elle est engagée à Rouen, à Dunkerque, à Gand, à Lille. Dans cette dernière ville, elle tient sa place lors de la fameuse création du Mahomet de Voltaire. Celui-ci séduite par le jeu de la jeune actrice s’entremet pour la faire entrer à la Comédie-Française où elle débute le 10 septembre 1743 dans le rôle de Phèdre : le succès qu’elle remporte surprend ; car elle a tout juste vingt ans.

Une actrice exigeante
Une vie bien remplie commence pour « la Clairon » qui possède de belles aptitudes, un bel organe, de l’intelligence, de la beauté. Et comme elle est loin d’être vertueuse, elle bénéficie vite d’une grande vogue. Elle est fort ambitieuse et se connait très bien : « je me suis toujours voulue plus grande que mes passions. » Cela signifie qu’elle mène, à côté d’une carrière d’actrice de plus en plus applaudie, une vie sentimentale exempte de monotonie. Encouragée par un de ses amants préférés, Marmontel, écrivain et auteur de pièces estimé, elle songe à modifier son jeu en adoptant une diction et des attitudes plus naturelles, en contradiction avec les habitudes théâtrales de l’époque. Après bien des hésitations, elle tente l’épreuve en 1752 à Bordeaux où, d’une représentation à l’autre, elle change radicalement sa façon de jouer. La majorité du public et les critiques de goût, Voltaire, le Prince de Croÿ, Diderot, Van Loo, approuvent chaleureusement. Mlle Clairon continue ses réformes en simplifiant les costumes de scène en les rapprochant de ce qu’ils devaient être dans la réalité historique. Cet effort vers la vérité est méritoire : la comédienne sacrifie pour 10.000 écus d’habits, devenus obsolètes ! Sur le terrain artistique ces victoires sont décisives. D’autres combats sont moins heureux, en particulier celui entrepris pour faire lever l’excommunication en courue par les comédiens : l’archevêque de Paris reste intraitable.

Premier ministre
En 1767, Mlle Clairon doit quitter la scène, elle souffre de phtisie, elle n’abandonne pas complètement le théâtre, mais se limite à des représentations privées et à des leçons particulières. Elle continue d’avoir une riche vie sentimentale : en particulier, elle dirige, pendant treize ans, le cœur – et simultanément les affaires d’Etat – du margrave d’Ansbach-Bayreuth. Quand elle le quitte en 1781, Mlle Clairon abandonne toute activité publique et s’installe assez modestement à Issy. Ruinée par la Révolution, elle est recueillie par sa fille adoptive chez qui elle s’éteint, oubliée en 1803. Ses mémoires, qu’elle laisse publier en 1798, ne connaissent guère de succès, en raison se leur caractère excessivement rancunier. Triste dernier acte pour celle qui avait été une très, très grande artiste.