lundi 8 juin 2020

un hôpital militaire belge oublié à Saint-Pol-sur-Mer


Difficile d’imaginer pour la plupart des Dunkerquois que Dunkerque et sa périphérie furent, durant la Première guerre mondiale, la première vraie base militaire belge. Alors que l’invasion de la Belgique fut brève et rapide, la Belgique n’ayant pas été protégée par sa neutralité, se réduit à la portion congrue car moins d’une dizaine de communes constituent la Belgique libre… et encore, celles-ci se trouvent en pleine ligne de front. Une part non négligeable de la population flamande se réfugie en France, d’abord à Dunkerque, dans des conditions misérables, puis est répartie dans le pays par les autorités. Si le gouvernement belge se réfugie à Sainte-Adresse, près du Havre, le ministre de la guerre belge s’installe dans un premier temps au premier étage de l’Hôtel de ville de Dunkerque puis, devant l’intensification des attaques allemandes, trouve refuge en France littorale, pour occuper finalement le château de Steene. L’histoire reste méconnue autant que celles des troupes belges qui ont réussi à échapper à l’inexorable avancée allemande. Cette armée, bien que valeureuse, minée par les conflits entre Flamands et Wallons, fut surprise par la guerre alors qu’elle était en train de réformer des structures inégalitaires et obsolètes. Qu’importe cependant, elle ne démérite pas au combat, notamment dans les polders inondés de l’Yser. Il leur fallait néanmoins une base arrière susceptible de l’accueillir, d’assurer sa propre intendance et la formation de ses recrues. Ajoutons à cela l’inquiétude des troupes quant à ce qui se passe en Belgique occupée, une occupation difficile, où les prises d’otages par les troupes du Kaiser et les privations subies par les populations sont nombreuses et l’occupation des plus sévères.
 
La famille royale reste le ciment de la Nation belge, elle ne se réfugie pas au Royaume-Uni pour être hors de portée, pas plus qu’elle ne s’installe aux Pays-Bas dont la neutralité a été scrupuleusement respectée, bien au contraire, elle s’installe à La Panne et le roi installe son quartier général au presbytère d’Houtem. Mieux encore, l’héritier du trône rejoint l’armée et combat et Albert Ier prend en main la direction des troupes.
 
Quant à ces troupes, elle trouve refuge en France, s’installant dans la banlieue de Dunkerque et surtout à Calais. Entre les deux villes, l’on compte de nombreux dépôts militaires lui permettant d’adapter sa propre logistique… Mais comme pour toutes les troupes combattantes, il faut un échelon sanitaire d‘autant plus que dès la bataille de l’Yser, en novembre 1914, la fièvre typhoïde fait des ravages parmi les troupes belges et les malades s’ajoutent aux blessés alliés. Malheureusement les structures sanitaires dunkerquoises sont vite débordées par le nombre important de malades qui nécessitent d’être isolés. 
 
Si les soldats français sont accueillis dans les hôpitaux civils « militarisés » à Zuydcoote et Rosendael, les Belges se retrouvent à l’hôpital de campagne de la Panne, à la plaine Cabour et à Calais. En janvier 1915, l’épidémie redouble de virulence et il faut se résoudre à installer des hôpitaux secondaires en urgence à Bourbourg et à Petit-Fort-Philippe. Les ambulances (des unités mobiles de campagne) s’ajoutent à ceux-ci rue du Fort Louis à Dunkerque ; à Guemps-lez-Audruicq et à Saint-Pol-sur-Mer. 

 
Dans cette dernière commune, il est installé à l’étage du patronage saint-Joseph, au plus près de l’église Saint-Benoit. A l’école des sœurs, dans l’actuel groupe scolaire du Sacré-Cœur, un des bâtiments est converti en unité d’isolement pour les malades ô combien contagieux du typhus. Les hôpitaux militaires belges ont été à l’époque largement documentés par un infirmer-major belge qui a constitué alors un important album photos. L’on sait que l’hôpital belge de saint-Pol pouvait accueillir une centaine de malades et son effectif du moins en 1916 se composait d’un médecin mobilisé, un infirmier-major, 6 infirmier-brancardiers, 3 religieuses et une fille de salle.
 
Curieusement encore aujourd’hui, alors que les fêtes du centenaire ont reçu partout en France un large écho, que rien ne vienne en rappeler l’existence.

dimanche 7 juin 2020

Le sémaphore de Zuydcoote


In M. Million – « La défense avancée de Dunkerque à travers les âges », imprimerie l’Indépendant, Saint-Omer, 1968, 167 pages, pp 77-78

En 1942, l’abbé C. Bonduaeux écrivait dans son livre « Zuydcoote – Autrefois – Aujourd’hui » : « au bord des dunes à l’est du sanatorium, se trouve un établissement composé de deux maisons d’habitation, d’une tourelle assez élevée et d’un grand mât, c’est le sémaphore d’établissement militaire qui dépend de la première région maritime ».
  

Cette installation est directement intéressée à la défense du territoire en cas de guerre. Elle exerce sa surveillance sur un secteur particulièrement difficile pour les navigateurs, les Bancs de Flandre, qui furent le théâtre de faits de guerre épiques relatés par Paul Chack dans son livre « Sur les Bancs de Flandre ». C’est par cette route, jalonnée par les bouées, que passent les navires de commerce en route vers Anvers ou Amsterdam. C’est aussi dans ces parages difficiles que l’ennemi en a profité, en 1940, des grandes marées et des nuits sans lune pour lancer des rafales d’obus sur Dunkerque et s’enfuir aussitôt.
 
Le sémaphore de Zuydcoote construit en 1890 avait remplacé le sémaphore installé sur la « Tour des Sables » construit sur les ruines de l’ancienne église. Le chef guetteur était en 1910 Leprêtre originaire de Gravelines. Il fut remplacé par Isoré Pollefort qui fit, en 1940, le dernier guetteur.
 
En mai 1940, pour arrêter l’avance ennemie et favoriser le rembarquement de l’armée anglaise, une batterie de circonstance composée de deux canons de 95 était installée au sémaphore de Zuydcoote. Il fut ensuite occupé par les Allemands de 1940 à 1945. Ils y avaient fait de nouvelles installations et creusé un tunnel qui le faisaient communiquer avec le sanatorium voisin. Lors de leur retraite précipitée, ils le détruisirent presque complètement.

La fin du sémaphore de Zuydcoote – février 1961. Les services du Génie maritime de Boulogne procèdent actuellement à la destruction de l’ancienne tour du sémaphore de Zuydcoote qui avait été bâti en bordure du sanatorium et dont la base est d’ailleurs avec les bâtiments avoisinants ensevelis sous le sable. Cette tour avait été complètement fissurée par les bombardements et sa présence constituait un réel danger pour les estivants et pour les enfants de Zuydcoote auxquels les dunes offrent un merveilleux terrain de jeux.

jeudi 4 juin 2020

Le Bailliage d’Aire sur la Lys



Le bailliage — ainsi dénommé pour avoir accueilli à plusieurs reprises le tribunal du bailli aux XVIIe et XVIIIe siècles — a été bâti pour servir de corps de garde à la milice de la ville. Lié à la politique de grands travaux des Magistrats du début du XVIIe siècle, le bailliage a été inauguré en 1600 mais le bâtiment ne fut achevé que quelques années plus tard. Largement inspiré de l'ancien Hôtel de Ville d'Amsterdam, disparu en 1651, il est installé à l'angle de la Grand'Place, à quelques mètres à peine de l'Hôtel de Ville.
 


L'édifice, de conception flamande et de style Renaissance, se présente comme un quadrilatère irrégulier de 125 m2 de surface au sol. Il comporte quatre niveaux, la cave, la salle du rez-de-chaussée, la grande salle du premier étage et les combles. Un escalier de bois, dont la rampe est d'origine, relie le rez-de-chaussée à la salle du premier étage, la plus grande du bâtiment (10 x 11 mètres).


Les façades sont richement ornées et font la renommée de l'édifice. De fines colonnes de pierre supportent des arcades donnant sur la Grand'Place et la rue du Bourg. Au sommet de l'édifice, une frise comporte les attributs de la Toison d'or et est surmontée de statues représentant les trois vertus théologales (Foi, Espérance et charité), les quatre vertus cardinales (prudence, tempérance, force d'âme et justice), les quatre éléments et un dernier personnage non identifié. Rue du Bourg, deux cartouches « ANNO » et « 1600 » indiquent la date de construction du bâtiment3.
 

Le bailliage a connu de multiples utilisations, d'Hôtel de Ville provisoire à commissariat de police aux XIXe et XXe siècles. Il accueille depuis 1970 l'Office de tourisme d'Aire-sur-la-Lys3. La grande salle de l'étage est quant à elle utilisée pour des expositions temporaires.
Le bailliage a été classé Monument historique en 1886

Le baillage, état avant 1923