lundi 2 juillet 2018

1729... quand le conseil d'Etat légifère sur le commerce de l'Etain à Dunkerque


ARREST DU CONSEIL D’ESTAT DU ROY
Qui permet l’entrée de l’Estain en bloc par la basse Ville de Dunkerque,
En payant Six livres du cent pesant


Du 8 novembre 1729
Extrait des Registres du Conseil d’Estat

VU au Conseil d’Estat du Roy, la Resqueste presentée par les Directeur & Syndics de la Chambre du Commerce de Lille : Contenant, que sur les representations faites par les Marchands Estainiers ou Potiers d’Estain de la Ville de Valenciennes, rapportées dans l’Arrest du 15 Fevrier dernier. Sa majesté a eu la bonté d’ordonner par ledit Arrest que les Villes de Lille & de Valenciennes seroient ajoutées à celles par lesquelles l’entrée de l’Estain dans le Royaume a été permise par l’Ordonnance de 1681, en conséquence a permis aux Marchands & Negocians qui feront venir de Gand & de Mons de l’Estain en bloc & non travaillé pour la consommation de la Flandre, de le faire entrer par lesdites Villes de Lille & de Valenciennes en y payant six livres du cent pesant, à quoy Sa Majesté a bien voulu moderer le Droit de douze livres dix sols porté par ladite Ordonnance de 1681, lequel Estain ne pourra estre reçu dans lesdites Ville de Lille & Valenciennes, qu’en observant les formalitez prescrites par l’Arrest du Conseil du 12 avril 1723 & ne pourra estre transporté de la Flandre dans l’estendüe des Cinq grosses Fermes, que par les Bureaux d’Amiens, Perone & St Quentin & en y payant outre les Droits ordinaires du Tarif de 1664 le supplément de ceux portez par ladite Ordonnance de 1681 & justifiant de l’acquit de payement de six livres du cent pesant, qui aura esté fait aux Bureaux de Lille & Valenciennes à leur arrivée : Que l’Estain estant non seulement utile aux Estainiers, Potiers & Plombiers mais aussi aux teinturiers en Ecarlate, si l’entrée n’en estoit permise qu’en le tirant de Gand & de Mons, la faveur que Sa Majesté a eu intention d’accorder par ledit Arrest du 15 Fevrier, deviendroit inutile à la plus grande partie de ceux qui en font la consommation, en ce que cet Estain devant provenir de la Compagnie des Indes Orientales de Hollande, & estre accompagné de Certificats de ladite Compagnie, ainsi qu’il est ordonné par l’Arrest du 12 Avril 1723, il doit necesssairement venir de Hollande ; & que s’il falloit que de Hollande on le fist passer par gand ou Mons, les Droits qu’il payeroit dans les Bureaux de l’Empereur, & les frais de voiture par terre, excederoient la moderation des Droits accordée par ledit Arrest du 15 fevrier dernier ; qu’il seroit important pour le commerce de la Flandre Françoise d’éviter ce détour, qui ne peut que causer du retard & des frais considérables ; pourquoy ils supploient très humblement Sa Majesté de permettre l’entrée desdits Estains par le Port de Dunkerque, aux mêmes clauses & conditions posées par l’Arrest du 15 Fevrier dernier. Le Mémoire des Fermiers generaux, contenant qu’il seroit effectivement plus commode & moins couteux aux Marchands de Lille de pouvoir tirer de l’Estain dont ils ont besoin pour leur commerce, directement par le Port de Dunkerque, qu’ils n’y voyent aucun inconvenient, en observant les formalitez prescrites par l’Arrest du 12 Avril 1723 pour empescher qu’il ne s’en introduise d’Angleterre, & que s’agissant de favoriser le commerce, ils consentent à la même modération de Droits accordée par l’Arrest du 15 février dernier, sans cependant oster aux Marchands de Valenciennes la faculté de le tirer de Gand & de Mons, attendu qu’ils ne sont point à portée comme ceux de Lille, de le tirer de Dunkerque par les canaux & qu’ils n’en pourroient éviter la voiture par terre de Lille à Valenciennes.
Vû aussi lesdits Arrests des 12 Avril 1723 & 15 Fevrier de la présente année, ensemble l’avis des Deputez du Commerce : Oüy le rapport du Sieur le Peletier, Conseiller d’Estat ordinaire & au Conseil Royal, controlleur general des Finances, LE ROY EN SON CONSEIL a ordonné & ordonne que la basse Ville de Dunkerque sera ajoutée aux Villes par lesquelles l’entrée de l’Estain dans le Royaume a esté permise par l’Ordonnance de 1681 & par l’Arrest du Conseil du 15 fevrier dernier, en consequence a permis & permet à commencer du jour de la publication du present Arrest, l’entrée de l’estain en bloc & non travaillé, accompagné de Certificats de la Compagnie des Indes Orientales de Hollande, ainsi qu’il est prescrit par l’Arrest du 12 Avril 1723 par la basse Ville de Dunkerque pour la consommation de la Flandre Françoise, en payant au bureau qui y est establi six livres du cent pesant, à quoy Sa Majesté a bien voulu moderer le Droit de douze livres dix sols porté par l’Ordonnance de 1681. Veut Sa Majesté que lesdits Estains ne puissent être transportez de la Flandre Françoise dans l’étendüe des Cinq grosses Fermes, que par les Bureaux & aux mêmes conditions énoncées audit arrest du 15 Fevrier dernier. Enjoint Sa Majesté aux Sieurs Intendans & Commissaires départis dans les Provinces de Picardie, de la Flandre & du Hainaut, de tenir la main à l’execution du présent Arrest qui sera lu, publié & affiché par tout où besoin sera. FAIT au Conseil d’Estat du Roy, tenu à Versailles le huitième jour du mois de Novembre mil sept cens vingt-neuf. Collationné, Signé EYNARD

Collationné à l’Original par Nous, Conseiller-Secrétaire du Roy, Maison-Couronne de France & de ses Finances.

A PARIS
DE L’IMPRIMERIE ROYALE
MDCCXXIX

Jean Bart, l’issue d’une longue lignée


In H. Malo « Une grande légende de la mer, Jean Bart », La renaissance du Livre, Paris, 1929, 230 pages, pp 9 – 12

« Il s’appelle Jean Bart. Il est né à Dunkerque le 21 octobre 1650, d’une longue lignée de marins. Depuis deux siècles, les Bart pullulent dans la marine de ces quartiers. Ils s’illustrèrent dans la guerre de course et s’allièrent aux familles portant les noms des plus fameux corsaires de Dunkerque.
De son bisaïeul, Michel Jacobsen, le roi d’Espagne fit un vice-amiral après lui avoir chargé le cou de deux lourdes chaines d’or. Les Hollandais le baptisèrent le Renard de la Mer pour tous les tours qu’il leur joua. Il reçut en Espagne de somptueuses funérailles.
 
Un grand oncle, Jean Jacobsen : il commandait le Saint-Vincent ; le 2 octobre 1622, à onze heures du soir, il sort d’Ostende en compagnie de deux capitaines espagnols. Les amiraux Herman Kleuter et Moy-Lambert bloquent la côte. Ils détachent neuf bâtiments qui tombent sur le Saint-Vincent. Au lieu de le soutenir, les Espagnols s’enfuient. Jean Jacobsen coule le vaisseau-amiral de Kleuter, qui se sauve à la nage, Moy-Lambert accourt à la rescousse. Après treize heures de lutte, le Saint-Vincent, foudroyé par l’artillerie adverse, fait eau de toutes parts ; quarante combattants survivent, cent quarante ont péri. Les Hollandais montent à l’abordage et promettent bon quartier à qui se rendra. Trente-deux acceptent ; ils n’en seront pas moins pendus. Jean Jacobsen et les huit braves qui restent groupés à ses côtés chargent l’épée à la main les soixante Hollandais qui ont pris pied sur son navire. Bientôt, les Dunkerquois ne sont plus que quatre, puis que trois. Leur capitaine hurle crie aux siens réfugiés sur les navires ennemis :
 
    - Amis, si quelqu’un d’entre vous échappe et qu’il retourne un jour à Dunkerque, qu’il dise à nos compatriotes comment nous nous sommes défendus et que nous avons généreusement répandu notre sang pour la cause de Dieu et du roi.
     
Il donne l’ordre de mettre le feu aux poudres et vole en l’air avec son navire.
 
Un mousse, qui ne l’a pas quitté, saute aussi et miraculeusement, échappe à la mort. C’est Gaspard Bart, oncle de Jean. De longues années après, il mourra de ses blessures en même temps qu’un autre capitaine de Dunkerque, après avoir attaqué un vaisseau de vingt-huit canons.
Devant Monte-Christo, en Méditerranée, un autre capitaine Bart, toujours de la même famille, est tué le 27 août 1652 en jetant ses grappins sur le vaisseau de l’amiral anglais Badiley.
 
Le 22 novembre 1644, sept frégates dunkerquoises sous le commandement d’Antoine Davery attaquent trois forts vaisseaux de Hollande escortant une flotte de vingt-trois navires marchands. L’une d’elles a pour capitaine Michel Bart, le grand-père de Jean. Le combat est rude, la flotte marchande enlevée et les vaisseaux d’escorte s’enfuient. Mais six jours après Antoine Davery et Michel Bart succombent à leurs blessures. 
 
Et Cornil Bart, père de Jean, périt aussi de mort violente au cours d’un combat de mer.
 
Telle est la magnifique ascendance du jeune marin qui, accoudé au bastingage, faisait avec lucidité la critique des opérations de Ruyter. Il sera le grand homme de mer et le héros dont la gloire éclipsera celle de ses ancêtres. Encore, la splendide lignée ne s’arrêtera pas à lui ; elle donnera des héros à la France jusqu’au milieu du XIXe siècle. »

vendredi 29 juin 2018

Jean Bart, chevalier de l’Ordre de Saint-Louis


In H. Malo « Une grande légende de la mer, Jean Bart », La renaissance du Livre, Paris, 1929, 230 pages, pp 89-91

Immédiatement après les combats du Texel (1964)

« Quant à Jean Bart, il prend la poste pour Versailles où le roi l’a appelé. La bonne nouvelle de son retour avec les navires de blé se répand instantanément dans tout le royaume, et son nom vole de bouche en bouche. Le 4 avril, il parait à Versailles.
 
Quinze jours plus tard, le 19, il est introduit dans la chambre à coucher du roi par la porte du salon de l’œil-de-bœuf. A sa gauche, il voir le lit royal, imposant avec ses touffes de plumes blanches sommant le baldaquin, avec ses rideaux qui tombent droit, masquant les colonnes mais permettant de voir le lit séparé du reste de la pièce par une barrière basse faite d’une colonne de bois doré. En face de lui, Louis XIV, portant en sautoir le grand cordon du Saint-Esprit sur son habit couleur tabac d’Espagne, la tête couverte du feutre noir et les mains gantées de gants blancs à crispins, se tient debout. Derrière le monarque, le ministre de la Marine et plusieurs officiers en justaucorps bleu ou rouge pris parmi les plus hauts gradés de l’armée et de la marine, dignitaires de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis fondé l’année précédente, et dont la première distribution de croix eut lieu dans cette même chambre du palais de Versailles. Quelques grands seigneurs, debout également, assistent à la cérémonie : Louis XIV va faire à Jean Bart l’honneur de lui conférer personnellement la croix de chevalier de Saint-Louis, dont il vient de lui signer le diplôme. 
 
Jean Bart s’agenouille à deux genoux sur le parquet devant le monarque. Il prête le serment de vivre et de mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine, de demeurer fidèle à son roi, de lui obéir et de défendre son honneur, ses droits et sa couronne envers et contre tous, de ne jamais quitter son service pour entrer à celui d’un prince étranger, de révéler tout ce qu’il pourra connaître de contraire à la personne de Sa Majesté et à l’Etat, enfin d’observer les règlements de l’ordre en bon, sage et loyal chevalier.
 
La formule prononcée et le serment reçu, Louis XIV, avec cette majesté imposante qui, chez lui, semble naturelle, d’un geste noble et fier, tire son épée du fourreau et en touche le récipiendaire sur chaque épaule. Il lui accroche sur la poitrine la croix que lui a tendue le personnage qui se tient à sa droite. Jean Bart se relève. La cérémonie est terminée. Cette fois, les marquis de Molière ne se moquent plus de lui. Il n’est plus question de l’ours mené par M. de Forbin. »