Tiré de Léon-Noël BERTHE - Deux Ouradour
évités de justesse - Wanquetin, 14 août 1944 - Fleurbaix, 3 septembre 1944,
Arras, 1980
"Les Sources
L'archiviste diocésain que je
suis avait la chance, au départ, de disposer d'un bon document, rédigé quelques
jours seulement après l'épisode : le registre historique de la paroisse de
Fleurbaix, tenu alors régulièrement par le chanoine Baudouin Bouquer, curé de
Fleurbaix depuis 1936, contient une relation assez étendue de cet événement
sous le titre "libération et journée de terreur";
J'ai pu recueillir les souvenirs
de plusieurs témoins directs : M. Vincent Frère, de Laventie, agrégé au
mouvement "Voix du Nord"; le chanoine Jean Laloux, alors professeur
au Grand Séminaire d'Arras, originaire de Fleurbaix et en vacances dans sa
famille durant cet été; sa sœur Mlle Laloux, M. L'abbé Henri Boule, professeur
au centre Baudimont d'Arras. Fleurbaisien également, celui-ci n'avait que
quinze ans en 1944, mais il était aux premières loges de cette journée du 3
septembre : et il a surtout eu la grande amitié, pour m'aider d'interroger de
nombreux témoins et acteurs, d'en interviewer plusieurs dizaines, à commence
par celui qui, comme on le verra, a joué un rôle de tout premier plan en faveur
des habitants du lieu, M. Diers, vétérinaire à Armentières. Avec son obligeance
habituelle et comme pour l'affaire de Wanquetin, M. le colonel Lhermitte m'a
fourni des précisions qui m'ont permis de rectifier certaines données du
document de base, la relation de l'abbé Bouquet, et de mettre le point final à
cette recherche. A toux j'adresse un chaleureux merci.
Les armes ont déjà parlé
Quand septembre débute, en quinze
jours de temps, la face des choses est changée pour les occupants dans le nord
de la France. Leur retraite s'accélère. Arras et Douai repris le 1er septembre
par les Anglais, ceux-ci sont le lendemain à Seclin et à Phalempin, s'apprêtant
à Bondir vers Bruxelles, tandis que les Américains libèrent, ce même samedi 2,
Cambrai et Tournai.
Partout les troupes allemandes se
retirent "inquiètes et agressives à la fois", selon l'expression du
chanoine Bouquet. Dans leur retraite, elles réquisitionnent chevaux et voitures
de tous calibres, pour leur transport et celui du matériel, mais elles sont
harcelées sans cesse par des groupes, plus ou moins organisés, des Forces Françaises
de l'Intérieur.
En réalité, les F.F.I. sont
particulièrement nombreux et actifs dans toute la vallée de la Lys. Si à la
différence de la région minière, les F.T.P. sont très peu présents dans cette
zone, ceux qui se rattachent à la "Voix du Nord" y tiennent par
contre une position de force. Le commandant du mouvement pour toute la région
Nord-Pas-de-Calais - depuis la mort du Basséen Bouchery en janvier 1944 - n'est-il pas Gaston
Dassonville, précisément instituteur à Fleurbaix? Ce fait explique dans doute,
pour une bonne part, l'ampleur de l'action résistante dans le secteur.
Il convient cependant d'ajouter
qu'à la date où nous sommes, les chefs sont loin de toujours tenir leurs
troupes en main, fréquemment des initiatives heureuses ou non, partent d'éléments
qu'ils ne contrôlent pas vraiment.
Dans la vallée de la Lys, après
le débarquement du 6 juin, les actions du mouvement "Voix du Nord" se
sont multipliées. Signalons en deux parmi les plus marquantes. Le 7 août tout
d'abord, ce fut le sabotage de la voie près du pont de Lestrem, en plein jour.
Les Résistants déboulonnèrent les éclisses, écartèrent les voies de manière à
faire dérailler un train militaire qui devait passer. Travail pressé, car déjà
ce train était annoncé. Effectivement, dans un fracas épouvantable la machine
sortit de des rails, roula une quinzaine de mètres dans les champs. Dans le
fourgon de tête deux Allemands furent tués. Les wagons suivants s'écrasèrent
l'un contre l'autre, des bœufs réquisitionnés par les occupants furent tués ou
se sauvèrent dans les champs. La ligne Berguette-Armentières fut coupée pendant
plusieurs jours.
Le 26 août, un convoi allemand
composé de trois chariots de ferme, transportant armes et munitions, convoi
venant de Saint-Pol et arrivé à Laventie le matin, stationna là quelques heures
pour permettre le remplacement des chariots et des chevaux. Alerté, le chef du
groupe des F.F.I. décida de lui tendre une embuscade dès sa mise en route.
Reparti vers 20 heures le convoi dut donc attaqué sur Fleurbaix, dans la rue
Duquesne. Après avoir ordonné à ses hommes de lever les mains, le sous-officier
à la tête du convoi, qui avait lui-même fait haut les mains, leur commanda
d'ouvrir le feu avec la mitrailleuse. La riposte ne se fit pas attendre. La
mitrailleuse mise hors d'action par une rafale, les F.F.I. bondirent bientôt
sur le convoi et les Allemands encerclés, se rendirent. Du côté F.F.I. il n'y
eut ni mort ni blessé : les Allemands par contre eurent 2 tués, 3 blessés et 7
prisonniers. Comme butin, les F.F.I. récoltèrent une mitrailleuse, une
mitraillette, 14 fusils, une grande quantité de munitions. L'action avait été
menée par 17 d'entre eux.
Les patrouilles de harcèlement
des convois se généralisèrent à partir du lendemain 27; et commença aussi le
collage d'affiches - imprimées par le lieutenant Frère de Laventie - dans le
but de démoraliser les Allemands en pleine retraite.
Après que l'ordre général
d'insurrection eut été donné le 30 août, les actions se multiplièrent dans le
secteur de la vallée de la Lys. Comment alors les Allemands n'auraient-ils pas
été particulièrement sur leurs gardes et agressifs dans cette zone névralgique?
Ils le sont d'autant plus sans
doute dans une région rurale comme le Bas Pays, ils se sentent encore
relativement sûrs d'eux-mêmes, sont moins pressés dans leur mouvement de
retraite qu'ils ne le sont dans les grandes villes et leur banlieue. La IIe
Armée britannique, qui a progressé si rapidement jusqu'à Douai, avec la
division de la Garde, et jusqu'à Seclin, avec la 11e D.B., semble à présent
marquer le pas. Elle est d'ailleurs, malgré l'appui d'un groupe de F.T.P.
nombreux et très déterminés, sérieusement accrochée dans le secteur du canal
d'Aire à La Bassée. Au-delà du canal et jusqu'à Lille et Armentières subsiste
une zone assez large où les Allemands en retraite bénéficient d'un répit et
peuvent se sentir à l'abri pendant un certain temps [note de l'auteur : Le
canal, comme j'en ai été moi-même le témoin, ne sera franchi en force, à
Cuinchy, que le lundi 4 vers le milieu de la journée. Mais c'est seulement le 5
vers midi que les troupes britanniques entreront dans Fleurbaix].
Le drame éclate
En réalité, l'affaire de
Fleurbaix commence le samedi 2 septembre. Ce jour-là, en fin de matinée, arriva
une section sanitaire transportant des blessés. Cette section s'installa dans
l'école du Sacré-Cœur, qui fut bientôt transformée en ambulance. Les Allemands
qui étaient au nombre d'une bonne cinquantaine environ, se répandirent
l'après-midi dans le village, faisant des achats pacifiquement. Ils ne
molestèrent personne, imposèrent seulement le couvre-feu à 20 heures, en
plaçant des sentinelles en différents endroits pour le faire respecter. C'est
ainsi que l'abbé Laloux, sorti le soir dans le jardin pour y réciter son
bréviaire, fut rappelé à l'ordre : un coup de feu tiré en l'air l'invita à
rentrer chez lui, ce qu'il fit illico. La nuit fut cependant sans histoire sur
tout le bourg.
La journée du dimanche 3 débuta
dans le calme. Les Fleurbaisiens se rendirent particulièrement nombreux à la
grand-messe de onze heures, d'autant qu'on allait y célébrer la fête de la
moisson. La grand-messe était assez avancée, on en était à la préface, et il y
avait sans doute quelque 400 personnes à l'église, quand les premiers coups de
feu claquèrent? Que se passait-il? Un groupe nombreux de F.F.I. venant de
Laventie, de Sailly-sur-la-Lys et d'Erquinghem, attaquaient ce qu'ils
appelaient "la garnison de Fleurbaix". Ces F.F.I. pensaient sans
doute que l'unité stationnée là, composée en grande partie de sanitaires, était
à leur portée, se rendrait aisément? C'est vers 11 h 3/4, selon l'abbé Bouquet,
que la fusillade est devenue vive, aux abords même de l'église.
Naturellement, les Allemands, que
l'on attaquait dans leurs cantonnements, se mirent à riposter. Et, des fenêtres
de l'école du Sacré-Cœur, ils blessèrent deux des F.F.I. Fernand Delebarre et
Gérard Legrand, tous deux habitants de Sailly-sur-la-Lys. Des coups de feu
furent échangés aussi entre résistants et Allemands faisant la popote chez
Charlet.
Dès lors, pour des centaines de
Fleurbaisiens qui sont dans l'église, il n'est plus question de sortir: les
coups de feu redoublent chaque fois qu'il y a du mouvement, qu'une tête
apparait.
Que firent les Allemands ainsi
attaqués? Leurs officiers pensèrent alors demander du renfort à une unité
combattante passant à proximité du village. Mais l'attente allait durer des
heures, pensant lesquelles ils réussirent cependant à tenir en respect un
groupe qui ne s'attendait pas à semblable résistance. Quand arrivèrent enfin
les renforts, vers 15 heures, les Allemands commencèrent méthodiquement, rue
par rue, la fouille des maisons du bourg. A ce moment les F.F.I. étaient pour
la plupart rentrés chez eux.
Plusieurs épisodes se succédèrent
- dont la chronologie n'est pas tout à fait sûre - durant toute l'après-midi.
Au tout début de celle-ci, un ouvrier de ferme, Jean Lebleu, qui s'était
aventuré sur la route pour aller aux renseignements et entré au café Hay alors
que les Allemands s'y trouvaient, fut arrêté par eux: il était en habits de
travail; ceux-ci le prirent pour un "terroriste", le frappèrent et
l'enfermèrent dans la cave ainsi que les tenanciers du café.
C'est pendant la fouille du
village que Delebarre et Legrand, qui n'étaient que blessés et gisaient dans
une pâture, furent achevés par les Allemands à coups de crosse. L'abbé Laloux a
vu leurs corps, le soir, déposés dans une grange.
Un officier allemand avait donné
l'ordre de fusiller Henri Feutrie, dont le logis était situé à la Malassise, à
l'entrée du village : en y pénétrant, les Allemands avaient eu le sentiment que
cette maison servait d'abri pour les "terroristes". Effectivement des
Résistants s'y étaient réunis; et ils avaient sans doute été vus avant de s'en
échapper. Feutrie était père d'une famille nombreuse, de six ou sept enfants à
cette date déjà. Il eut la présence d'esprit d'appeler sa femme et de
rassembler rapidement tous ses enfants, qu'il aligna à côté de lui. Quand
l'Allemand vit le tableau, il retira son ordre et l'homme eut la vie sauve.
Dans une autre rue, Georges
Boidin (réfugié d'Armentières) fut blessé au pied par une grenade lancée dans
la cave où il se tenait caché avec sa famille. Là encore, des F.F.I. s'étaient
un moment avant regroupés dans la maison.
Inutile de dire que l'inquiétude
grandissait d'heure en heure dans la masse des Fleurbaisiens rassemblés à
l'intérieur de l'église. Les parents avaient beau essayer de faire patienter
les enfants en leur distribuant les épis de blé (pour la fête de la moisson
certains étaient venus avec des gerbes) et en les froissant avec eux pour
qu'ils en croquent les grains. Chacun se demandait vers quel dénouement on
allait. Peu à peu l'inquiétude faisait place à l'angoisse. Divers épisodes
nouveaux allaient bientôt la justifier;
En premier, un officier allemand,
qui s'était posté à l'extrémité de la rue menant de la route nationale à
l'église, fut tué d'une balle par un résistant se tenant caché dans une maison
proche. Celui-ci l'épaula d'une lucarne, touché en pleine poitrine l'officier
fit quelques pas encore et tomba mort sur le trottoir de la boucherie
Coustenoble. Il devait être un peu plus de 14 heures.
Les Allemands pénétrèrent alors
dans l'église, baïonnette au canon, un officier s'écriant "Quinze hommes !
Quinze hommes !". Et ils firent sortir, par petits groupes, tous les
fidèles sans exception. Sur la place, un par un et les bras en l'air, chacun
était fouillé. "Les fillettes s'accrochaient à moi en tremblant, tandis
que l'on sortait pour la fouille" raconte l'abbé Laloux. Etant dehors,
ajoute-t-il, "j'ai vu que quelques hommes étaient alignés devant la façade
et le mur du jardin de la boulangerie Lefranc". Il s'agissait de
"suspects" qui avaient été appréhendés dans diverses maisons du
village.
En même temps, un groupe
d'Allemands montaient à la tribune de l'église et grimpaient dans le clocher;
car c'était du clocher, disaient-ils, pu des auvents du toit, qu'on leur avait
tiré dessus ("ils avaient vu de la fumée"), cela malgré les
dénégations de l'abbé Catteau, prêtre auxiliaire dans la paroisse, présent à
l'office. Ils ne trouvèrent personne.
Et pourtant trois hommes se
trouvaient cachés là, deux au-dessus des voûtes, un troisième, Louis Feutrie,
père de cinq enfants, dans le clocher. Tous trois se dissimulaient dans
l'enchevêtrement des poutres de la charpente. Sans doute avaient-ils été
alertés par la voix, volontairement grossie de l'abbé Catteau, au pied de
l'escalier. Ils n'auraient pas manqué d'être découverts si les Allemands
n'avaient pas rebroussé chemin un peu vite, ou s'ils avaient simplement été
munis d'une lampe électrique. Ces trois hommes n'étaient pas armés; c'était la
peur, ou la curiosité, qui les avait guidés dans leur geste. Et l'un ou l'autre
d'entre eux avait très probablement commis l'imprudence de fumer la cigarette
en s'approchant des abat-son.
La fouille de tous ceux qui
assistaient à la messe s'étant avérée négative, l'ordre leur fut donné de
rentrer dans l'église. Mais chacun était rien moins que rassuré étant donné le
spectacle entrevu sur la place, celui de ces hommes que les Allemands tenaient
alignés et qu'ils allaient probablement exécuter.
Parmi les suspects, il y avait
surtout Jean Lebleu, appréhendé au début de l'après-midi et enfermé dans la
cave du café Hay. Il fut amené sur la place de l'église sous bonne escorte.
L'abbé Laloux a noté dans ses souvenirs que "les soldats du renfort
trépignaient autour de lui, attendant l'ordre ou la permission de
l'embrocher". Si l'on avait sursis jusqu'ici à son exécution et si
l'officier commandant était encore hésitant, l'intervention d'un homme
courageux et tenace y était certainement pour beaucoup: M. Diers, Vétérinaire à
Armentières, mais réfugié ces dernières semaines à Fleurbaix, M. Diers parlait
couramment l'allemand. Le fait qu'il appartenait au corps médical avait aussi
facilité le contact avec les chefs de l'unité sanitaire. Il tentait toujours de
convaincre l'officier commandant le détachement que Lebleu n'était pas plus un
"terroriste" que l'ensemble des Fleurbaisiens assemblés dans l'église
: les "terroristes" étaient des étrangers au village.
Au moment de la fouille sur la
place, l'abbé Catteau s'était joint à M. Diers. A un moment donné, l'Allemand
semblait vouloir laisser la vie sauve à Lebleu, à condition que l'on trouve
deux témoins pour affirmer son identité. Deux des Fleurbaisiens enfermés dans
l'église, Louis Duquenne et Nestor Bouquet, s'étaient portés garants en sa
faveur.
Ces témoignages ayant paru
insuffisants aux yeux de l'officier et le moment fatidique approchant, M. Diers
et l'abbé Catteau étaient revenus à la charge; et ce dernier avait obtenu que
M. le curé puisse tout au moins se rendre près de la palissade d'exécution pour
une dernière absolution du condamné. L'Allemand y consentit. On alla chercher
l'abbé Bouquet, qui bientôt arriva et put donner l'absolution désirée.
A ce moment, une rafale partir
d'on ne sait où - d'un F.F.I. sans doute assez éloigné de la place - détourna
l'attention des Allemands, ce qu'immédiatement Jean Lebleu mit à profit; il
réussit alors à sauter au-dessus de la palissade, et malgré plusieurs coups de
feu décochés dans sa direction, il se mit définitivement à l'abri en se
réfugiant dans un collecteur d'égout... d'où il ne sortira que le soir!
Les coups de feu éclatant ainsi
tout autour de l'église, à l'intérieur, c'était, chez beaucoup, de
l'affolement. Pour tenter d'apaiser l'angoisse grandissante l'abbé Laloux
invité d'abord l'assistance à réciter le chapelet. Puis pressentant le grand
malheur qui pouvait arriver (la menace d'Ouradour hantait les esprits), il
donna une absolution générale.
Vers six heures, le dénouement
survint, aussi brutal qu'inattendu. Les Allemands avaient-ils reçu des
informations leur signalant l'approche des Anglais? A Lille même,
l'insurrection ne les avait-elle pas chassés complétement depuis le matin? Toujours
est-il qu'un ordre immédiat de départ circula parmi la troupe. Les véhicules se
rassemblèrent.
Avant le départ, deux soldats
arrosèrent d'essence le corps de l'officier gisant toujours sur le trottoir de
la boucherie Coustenoble, et celui-ci fut rapidement consumé.
De toute évidence, les Allemands
n'avaient plus qu'une pensée, celle de boucler leurs cantines, d'emmener leurs
blessés et de repartir en force par la route d'Armentières. C'est ce qu'ils
firent. Sur leur trajet, bien des vitres furent arrosées de balles, des
grenades furent lancées, deux ou trois maisons flambèrent. Il fallait faire
place nette, protéger la retraite de tout un cortège de voitures et de
camionnettes. A 19 heures, il n'y avait plus un Allemand dans Fleurbaix.
A la foule toujours massée dans
l'église, une voisine vint dire "ils sont tous partis!". L'abbé
Laloux, répercutant la nouvelle, invita les fidèles à entonner le Magnificat
ainsi que le chant cher aux Fleurbaisiens : "Notre-Dame du Joyel, veillez
sur vos enfants toujours". Alors que quelques-uns continuaient les Ave
Maria en reconnaissance, pour l'ensemble, c'était la sortie éperdue par les
trois portes, y compris par le grand portail, malgré la fumée d'une voiture à
laquelle les Allemands avaient mis le feu avant de l'abandonner. On devine avec
quelle hâte, quelle joie immense, chacun est rentré chez soi.
Trois Fleurbaisiens, hélas!
n'eurent pas ce bonheur. Henri Bacquart, âgé de 84 ans, trouva la mort dans son
jardin, frappé par une balle, cela, semble-t-il vers midi déjà. Au moment de la
fouille, les Allemands avaient permis à M. le curé Bouquet de rentrer chez lui,
avec défense d'en sortir. Un homme de 71 ans, Albert Delporte avait pu en même
temps que lui entrer au presbytère. Mais comme il avait voulu regagner son chez
soi sans tarder en passant par le jardin, une sentinelle l'abattit là. On le
retrouva à 10 heures du soir étendu près de la haie. Ancien de la guerre 14,
ayant combattu quatre ans sans avoir reçu la moindre égratignure, Julien Leplus
[note de l'auteur : âgé de 53 ans, originaire de Richebourg et oncle de l'abbé
E. Troncquoy, actuel chancelier de l'évêché d'Arras.] avait osé sortir de
l'église par la sacristie ou une porte de côté au moment où les Allemands
commençaient à boucler leurs cantines : sa ferme n'étant qu'à 400 mètres de là,
il la regagnerait par les champs et les fossés. Par malheur, de la dernière
camionnette qui quittait le pays, un soldat l'aperçut. Une balle lui traversa
le cou, le tuant net.
Si les Allemands eurent au moins
trois tués, s'il y eut deux F.F.I. blessés au combat et achevés sur place,
trois civils tués et un blessé, il s'en est fallu de peu que le bilan des
victimes fut autrement plus lourd à l'issue de cette "journée de
terreur". Les habitants l'ont bien saisi, qui sont revenus en foule pour
la messe d'action de grâces le dimanche suivant 10 septembre, remercier
Notre-Dame du Joyel d'avoir préservé leur bourg de la destruction et de
centaines de morts.
A quelques kilomètres de chez
eux, à Lorgies, un incident de moindre gravité, entraînant la mort d'un
officier allemand, n'avait-il pas abouti à l'exécution, après tortures, de
quatorze personnes ce même 3 septembre?
A Fleurbaix, autant qu'à
Wanquetin sans doute, un nouvel Ouradour a été évité de justesse."
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