jeudi 28 avril 2016

un éclairage sur le canon de marine de Predikboom (1915)



In Major Louis Tasnier « Notes d’un combattant de la campagne 1914-1918 »  – Librairie Vanderlinden, 17 rue des Grandes-Carmes à Bruxelles - 1928

« Le général Pontus, à qui l’on doit un de nos meilleurs livres de guerre : Dixmude, a écrit dans la Revue Belge, un article particulièrement intéressant sur les bombardements subis par Dunkerque d’avril 1915 à octobre 1918 et les tirs effectués par l’artillerie franco-belge sur la pièce à longue portée ennemie.
 
 
l'emplacement de la batterie de Predikboom après sa neutralisation

     Il s’agit, en ordre principal, du canon de marine de 380, Krupp, modèle 1914, n° 154, d’une longueur totale de 17 m. 13, pesant 77.630 kilogrammes ; on l’avait surnommé « la grosse Bertha », du nom de la fille du fameux usinier d’Essen.
 
     Le général Pontus fait remarquer que ce canon, placé dans les environs du Cap Gris-Nez, entre Calais et Boulogne, aurait pu détruire le beau port de Douvres et ravager le littoral britannique, le détroit du Pas-de-Calais n’ayant que 36 kilomètres de largeur !
 
     Loin de moi de compléter l’étude du général. Mais j’ai retrouvé dans mon journal de campagne, sous la date du 26 avril 1915, la note suivante :
 
     « Un énorme obus a éclaté dans la prairie de la ferme occupée par la compagnie. Les balles retrouvées ont la grosseur d’un œuf de pigeon ; la paroi de l’éclat mesure 7 centimètres et demi. »
     Et mes souvenirs de cette journée affluent.
     La 5ème Division d’Armée tenait, depuis fin février 1915, le secteur de Dixmude ; elle comportait alors trois régiments : le 1er de Ligne, les 2ème et 3ème Chasseurs à pied. Deux compagnies de mitrailleuses renforçaient l’infanterie régimentaire. Le 2ème Chasseurs à pied avait le coquet village d’Alveringhem comme cantonnement de repos, les mitrailleurs occupaient Forthem, gros hameau, situé sur la rive gauche du canal de Furnes à l’Yser.
     La 1ère compagnie (capitaine adjoint d’Etat-major Hans), était dans une grosse ferme, à 600 mètres au nord du pont ; ma 2ème compagnie cantonnait également dans une ferme, mais sur la grand’ route Alveringhem – Oude-Capelle, à 800 mètres à l’ouest du pont. Le séjour était plutôt agréable, surtout par contraste avec le service de garde aux tranchées.
     A Dixmude, nous étions à 25 mètres des Boches et ceux-ci à l’affût dans les énormes murs pantelants de la Minoterie, nous causaient journellement des pertes sensibles.
     A Forthem, c’était le repos (avec un grand r). Les mitrailleurs jouissaient d’une certaine indépendance. Les chefs savaient que l’on pouvait compter sur eux et ils ne les em... pas !
     La prairie de la ferme de Forthem servait de plaine de jeu, la grange de réfectoire, de salle de théorie, de chant, de magasin, de dortoir !
Le « baes », comme tous ses confrères du « Bach in de Cup », était grognon, âpre au gain. Veuf et laid, avec ses deux vieilles filles acariâtres, ils formaient un trio peu réjouissant !
     Les Grenadiers que nous avions relevés avaient dit d’eux pis que pendre. Ils n’avaient pas menti ! Les débuts du cantonnement furent durs. Chaque jour, il y avait palabre. Est-ce à mon cuisinier que j’ai dû la tranquillité relative qui régnait à partir du mois d’avril ? Cela serait bien possible. Il était joli garçon, débrouillard et entreprenant. Comme tout Liégeois, il chantait la romance et savait parler « aux filles ». Mais, glissons...
     C’était le renouveau ! De sa tiède haleine, avril embaumait toute la terre. On vivait d’espérance !
     Le 22 avril, première surprise : les gaz asphyxiants. Le 26, la deuxième : l’énorme obus dont j’ai noté la chute.
     L’attaque surprenante de Steenstraete avait, le même jour, été expliquée. Docteurs et pharmaciens avaient diagnostiqué la nature des gaz toxiques, mais la provenance des gros obus tombés à Forthem et environs restait une énigme.
     Quand dans le petit café situé derrière la grosse église d’Alveringhem on vint nous annoncer que Bergues et Dunkerque étaient bombardées, ce fut plus que de la stupeur. Des artilleurs brevetés discutaient calibre, angle de tir, etc..., mais aucun n’admettait le bombardement par canon terrestre. Les obus ou bombes devaient provenir d’un avion ou d’un canon de navire. Les paris furent ouverts.
     Le lendemain, le communiqué allemand mit tout le monde d’accord. L’ennemi annonçait, en termes grandiloquents, qu’il avait pris Dunkerque sous le feu de son artillerie ! Il ne situait pas celle-ci en France, on crut que les Belges avaient lâché l’Yser !
     Bien vite on repéra la pièce fabuleuse. Elle se trouvait installée à « In het Predikboom Cabaret », borne 12 de la route Dixmude – Poelcapelle.
     Une contre-batterie puissante fut bientôt organisée et elle fut assez heureuse. Deux fois, elle mit la pièce hors de service ; il en résultat pour celle-ci deux périodes d’inactivité totale, l’une de quarante-deux jours, l’autre de quarante-huit.
     Le 9 août 1915 marque son dernier tir.
     La contre-batterie du néanmoins continuer des tirs d’entretien, car il fallait à tout prix empêcher les Allemands de réfectionner l’emplacement et de le réarmer.
     En octobre 1916, débuta une activité extraordinaire, à l’ancien emplacement de Predikboom. Notre service photographique aérien donnait, avec netteté, les moindres détails de l’organisation nouvelle.
     Des tirs nombreux et bien ordonnés furent exécutés par la contre-batterie. Plus d’un coup de canon ne fut tiré par les Allemands.
     Le 7 mai 1917, le capitaine Jaumotte, au cours d’une reconnaissance aérienne, découvrait l’emplacement d’un nouveau canon de marine de 380. C’était la « grosse Bertha » de Leugenboom (3200 mètres au nord de Couckelaere). Elle entra en action le 27 juin et le 17 octobre 1918, nos soldats s’en emparèrent. Le 27 septembre, veille de l’assaut libérateur, la « grosse Bertha » avait encore tiré sur Bergues.
     Le gros canon, dont le général Pontus a détaillé l’action, se trouve encore (note : nous sommes en 1928) dans la position spéciale que lui donnèrent les Allemands pour le faire éclater peu de temps avant sa prise.
     Les deux pièces de Predikboom et Leugenboom firent subir à Dunkerque trente-deux bombardements, au cours desquels 411 obus de 380 tuèrent 114 personnes et en blessèrent 185.
En réalité, ce que vous venez de voir, c’était un gros canon surnommé « la grosse Bertha » par les Français. La « grosse Bertha » qui servit contre trois forts de la ceinture de Liège était un type de mortier lourd de 420 mm, la longueur du tube de 5 m. »

 
"Lange Max" à Leugenboom, successeur de la pièce de Predikboom
 

la batterie de Leffrinckoucke, gardienne du détroit dunkerquois



Un site important du dispositif de Séré de Rivières
 
La batterie de Zuydcoote (que les Dunkerquois appellent batterie de Leffrinckoucke car elle se trouve sur la plage de cette commune)  est revenue récemment sous les feux de l’actualité depuis le travail de l’artiste Ano Nyme. En recouvrant de miroirs brisés la casemate de Marine allemande qui se trouve sur la plage, il a tiré la batterie de l’indifférence relative dans laquelle elle était tombée... 
 
Pourtant, dès sa construction, elle revêt une importance capitale car elle est une pièce maitresse du dispositif mis en place par Séré de Rivières. Placée en front de mer, elle complète le fort des Dunes placé en retrait de la côte. Autant dire qu’avec un rôle d’une telle importance, elle n’a jamais cessé d’être modernisée. 
 
Achevée en 1879, elle dispose d’une batterie de quatre canons de 95 mm Lahitolle Mle 1888-1904, deux pièces de 95 mm Mle 1888 sur affuts de siège et quatre pièces de 19 cm Mle 1875-1876. La batterie se compose en outre d’un casernement et d’un magasin à poudre qui a reçu une couverture en béton en 1893.
 
 les casernements français

En 1916, les quatre pièces de 19 cm sont remplacées par quatre canons de 240 mm G mle 1976 sur affûts et l’on y ajoute un poste de télémétrie et des magasins à munitions positionnés entre chaque couple de 240 mm.

la batterie de 240 mm mle 1876

 
En 1934, nouvelle modernisation : les pièces de 240 mm sont remplacées à leur tour par quatre canons de 194 mm Mle 1902 sur affûts Mle 1934 mais pour maintenir les soutes à munitions intercalaires, l’on édifie trois des quatre encuvements de 194 mm sur l’emplacement des anciens 240 mm et la quatrième cuve, pour la pièce IV, à la place de l’ancienne batterie de 95 mm qui est, elle, directement reliée au magasin à poudres par deux monte-charges. 
 
Il faut attendre janvier 1936 pour que les premiers essais de tir aient lieu, essais retardés il est vrai par l’adjonction en janvier 1935 d’un poste de direction de tir avec une cuve haute à ciel ouvert pour la télémétrie et d’un observatoire bétonné. La batterie devient alors une « batterie témoin » car elle reçoit un camouflage élaboré en zébras en trois tons sur le poste de tir, les cuves, les soutes et les murs pare-éclats construits en arrière des emplacements de tirs (d’ailleurs, on peut encore discerner le camouflage à certains endroits de la batterie).  A la remise en service est construite une guérite blindée d’observation montée sur pylône métallique, en arrière du poste de commandement.
 
 le poste de direction de tir français en construction
 le camouflage de la batterie
La drôle de guerre et les combats
 
En 1939, le commandement de la batterie est confié au Lieutenant de Vaisseau Auroux, secondé par les Enseignes de Vaisseau Préville et Joumet et le Maître Fargis. Sous son autorité, la batterie comprend les quatre pièces de 194 mm Mle 1902, trois canons de 95 mm Lahitolle Mle 1888-1904et deux canons de 75 mm Mle 1897 formant la section d’éclairage. Un projecteur de 150 cm complète le dispositif.
 
Une fois la guerre commencée, on lui adjoint la 204e batterie de DCA mobile, équipée de quatre canons de 75 mm Mle 1932 CA.
 
Le 17 mai 1940, la batterie subit un premier bombardement aérien qui s’avère inefficace.  La nuit suivante, elle prend pour cible des hydravions allemands venus mouiller des mines magnétiques et reçoit le 18 mai quelques coups tirés par l’artillerie hippomobile allemande. Devant défendre la ville et les plages, la batterie opère des tirs le 29 mai et les jours suivants sur Bergues, Furnes, Hondschoote et Rexpoëde. Les conditions sont difficiles car une avarie sur la pièce N° III oblige les servants à l’alimenter à bras. De plus, la batterie subit des contre-tirs et des mitraillages.
 
Le 3 juin, vers 17h, six bombes de forte puissance arrêtent trois des quatre pièces lourdes, par avarie des culasses. Quant à la batterie de DCA équipée de 75 mm, elle a déjà consommé une grande partie de ses munitions et a perdu deux de ses pièces dans le bombardement aérien. La situation est dramatique car les soutes sont presque vides : la batterie de 190 mm a tiré 720 coups par pièce sur les 750 gardées en soutes et la batterie de 95 mm (à faible portée), elle n’a tiré que le 3 juin sur le canal des Moëres et le canal aux chats.
 
Le lendemain, les servants évacuent la batterie non sans avoir saboté tous les matériels et détruit les culasses. 


Sous régime allemand
 
Elle prend le nom de M.K.B. Malo-Terminus et mise en service dès août 1940 et change régulièrement de servants. Les Allemands rééquipent totalement le site. Entre l’automne 1940 et l’hiver 43-44, elle détient trois pièces de 9,4 cm Flak montées en encuvements qui seront remplacées par la suite par quatre canons de 10,5 cm sous casemates. Le site est complété par un Leitstand pour diriger les tirs des pièces, deux nouvelles soutes et plusieurs abris. Evidemment les Allemands mettent à profit les infrastructures françaises encore fonctionnelles tels que les abris traverses, les soutes et le casernement.
 
 Le Leitstand allemand

casemates pour canons de 105


Sur le front de mer, une casemate de type SK de Marine balaie la côte vers l’est avec un canon de 7,65 cm et un autre de 15 cm qui assure la section d’éclairage. De plus, deux projecteurs de 110 et 150 cm, trois pièces de 4 cm Flak Bofors, trois canons de 2 cm Flak, deux pièces de 2,5 cm Flak Hotchkiss et un canon 2,5 cm Pak assurent la protection rapprochée de la batterie contre tous types d’attaque.
 
Le site est assez important pour qu’il soit relié à un radar de détection navale type See-Riese FuMo 214 installé en arrière, au sommet du Fort des Dunes pour la conduite des pièces de 10,5 cm par temps bouché ou de pluie.
 
 un radar de type See-Riese FuMo 214

De plus, à Malo-les-Bains, deux postes d’observation et de commandement, camouflés en trompe-l’œil en reprenant l’aspect des habitations voisines, assurent le logement de l’Etat-Major du groupe d’artillerie de Dunkerque.

le poste de direction de tir français
 

mercredi 27 avril 2016

quelques précisions relatives à la batterie du Clipon

A l'est du hameau du Clipon, les Allemands ont élevé dès 1942 la position Weizsäcker, consistant en une batterie de 6 pièces de 15,5 cm en encuvements. Cette batterie a pour mission de protéger le port de Dunkerque et surveiller l'espace maritime.

 la batterie Weizsäcker,



Elle regroupe de nombreuses soutes à munitions en tôles-métro et des abris vf permettant de loger les 102 artilleurs au service des pièces. casemates et abris sont protégés de la vue par des filets de camouflage.


A l'avant, le site est protégé par un vaste champ de mines numéroté Mf 19 et baptisé Taube (colombe).
A la fin de l'année 1943, la batterie est déplacée sur le cordon dunaire où six cuves pour canons de 155 sont complétées par des abris pour les artilleurs et des soutes à munitions. Sur le haut de la dune, deux observatoires et un Leitstand double assurent la conduite des tirs.


 en arrière-plan, le Leitstand assurant la conduite de tir



A la fin de l'année 1943, la batterie est renforcée par un canon de 7,62 cm sous casemate de flanquement, 2 projecteurs de 40 cm et deux pièces de 2 cm Flak 38 pour défendre le site de possibles raids aériens.


Il ne reste plus que de rares abris ensevelis, le reste de la batterie n'a pas survécu aux travaux d'extension du port ouest.

une oubliée de l'occupation de Dunkerque : la batterie E 696 de saint-Pol-sur-mer



Dunkerque a été jusqu’à la fin de la dernière guerre une ville fortifiée et un port autant militaire que civil. Il est évident que toutes les époques ont laissé des fortifications. Les Allemands lors de la dernière occupation ne furent pas en reste et tout le monde connait les blockhaus qu’ils ont laissé à la batterie côtière de Leffrinckoucke, qui complétait le fort des Dunes depuis la fin du XIXe siècle, ou encore les positions bétonnées gravelinoises. Certains Dunkerquois ont d’ailleurs gardé le souvenir de bien de bunkers aujourd’hui détruits (comme ceux du Parc de la marine), ensevelis (comme dans le jardin des sculptures du LAAC) ou « réappropriés » pour servir de fondations à de nouvelles constructions à l’instar de plusieurs villas sur la digue de Malo. Ce sont là des traces tangibles. Il est néanmoins une position passée dans l’oubli qui se trouvait à Saint-Pol-sur-Mer : la batterie E 696.


Installée près du bassin des raffineries de saint-Pol, la batterie E 696 est mise en place au début de l’année 1941. Son Kommandeur, l’Hauptmann Hermann Nietzer dispose de 4 officiers, 42 sous-officiers et 180 artilleurs. La batterie est de taille considérable : deux canons de 28 cm et un armement secondaire de quatre pièces de 2 cm Flak 30, trois pièces de 5 cm KwK L/39, auxquelles ont été ajoutées en 1944 trois obusiers légers de 10 cm et deux projecteurs de 40 cm.
Les pièces de 28 cm étant des pièces d’artillerie lourde sur voie ferrée, leur orientation est possible par leur installation sur deux larges tables tournantes (comme celles que l’on trouve dans les dépôts de chemins de fer), assurant leur rotation.
 

Les deux pièces numérotées 919 068 et 919 067 sont alimentées en munitions par une desserte en voie ferrée depuis des soutes en tôles-métro dont la protection contre les impacts est assurée par une couche de terre. Obus et gargousses étaient disposées sur des wagonnets dans les soutes, puis poussés vers les plateformes tournantes puis levées par des grues disposées à l’arrière des pièces. Les munitions sont alors treuillées jusqu’au niveau du chariot d’alimentation qui coulisse vers la culasse. Ces pièces de 283 mm ont une cadence de tir d’un coup toutes les cinq minutes et une portée maximale de 29,5 km pour des obus de 240 kg. Autant dire que leur puissance est redoutable.

 
La batterie dispose d’un poste d’observation principal situé au sommet du silo à grains de la Chambre de commerce mais les artilleurs triangulaient les tirs grâce aux postes de conduite de tirs des positions MKB St-Pol (positions de mitrailleuses), HKB (position de Flak) de Fort-Mardyck et es observatoires situés à Malo-les-Bains.

lundi 25 avril 2016

une légende urbaine savamment entretenue : la maison du pendu au Clipon

 
On ne compte plus sur l'internet le nombre de sites qui reprennent ad nauseam les mêmes informations sur la fameuse maison du pendu au clipon, jusqu'à retrouver ces mêmes informations dans un ouvrage paru il y a quelques années sur les maisons hantées de la région, d'une journaliste du défunt magasine "Pays du Nord"... Il est vrai que les lieux peuvent frapper les esprits, totalement isolée dans les dunes, perdue au milieu de nulle part.. mais il est tout aussi amusant que personne n'a jamais rapporté de témoignage direct de manifestation surnaturelle...
 le hameau du clipon, position stratégique allemande



Amateurs de sensations fortes, on ne compte plus les versions relatant le suicide d'un propriétaire desespéré par la mort de sa femme, de massacres commis durant la dernière guerre, etc etc etc. Malheureusement, jamais ces "auteurs" ne se sont attachés à vérifier leurs sources et bien peu nombreux d'ailleurs sont ceux qui se sont donnés la peine de visiter cette ruine bien connue sur le littoral, bien  qu'aujourd'hui cela devenu quasi impossible en raison du chantier du terminal méthanier...

Il n'y a jamais eu de pendu dans cette maison, ni de carnage par les nazis. Pour cause cette maison date de bien après la guerre.

Le Clipon était un hameau situé dans les dunes au bord de la mer, des Maisons, une église, une école , un casino comme l'on en trouvait souvent dans les petites bourgades balnéaires avant-guerre, à l'instar de Malo-les-Bains ou encore de Bray-Dunes... Le hameau se vida de sa population pendant la dernière guerre. 

Les Allemands y avaient établi un système fortifé de grande ampleur dans le cadre de la construction du Mur de l'Atlantique. Zone dunaire devenue militaire, le hameau ne survécut pas à la guerre et n'eut aucune chance puisqu'il se trouvait en plein dans la zone concernée par la construction du port ouest, un vaste port en eaux libres dont les travaux cependant restèrent inachevés en raison de la crise marquant la fin des Trente Glorieuses. Par sécurité enfin, les derniers blockhaus furent détruits ou ensevelis... 

 Le clipon, position du casino
 le clipon, position Hannah (tobrouk surmonté d'une tourelle de char français B1)

De fait, la ruine étonne, coincée entre le canal de dérivation reliant le port ouest et le bassin maritime du port est, creusé au début des années 50, posé au milieu de la dune et presque au bord de la anse du Clipon, donc face à la mer du Nord... et autour : rien ! Une ruine isolée, il n'en fallait pas plus pour exciter l'imagination, la rumeur puis internet faisant le reste !

Le hameau du Clipon était avant guerre un lieu de vacances apprécié et fréquenté entre autres par de nombreux habitants de la région lilloise qui venaient y chercher le calme et la tranquillité d’une immense plage de sable fin. ils s'y rendaient comme d'autres avaient leur villégiature à Malo ou Bray-Dunes?

La place disponible avait permis la construction de vastes batiments accueillant des associations, des scouts, etc. Il est vrai que les vacances à la mer étaient aussi proposées pour des raisons de santé autant que de proximité, l'époque n'avait pas encore vu naitre le complexe sidérurgique USINOR (aujourd'hui Arceor-Mittal)

Après la seconde guerre, il y eut bien quelques tentatives de reconstruction en même temps que l'on rebatissait Dunkerque.
la première "maison du pendu"

Parmi ces nouveaux batiments, une belle maison, qui auparavant était implantée au plus prés de la plage, au cœur de la dune et pas très loin de l’hôtel des familles fut remise en chantier ; un artisan, fut sollicité pour y creuser un puits artésien indispensable pour trouver l’eau douce nécessaire à la fabrication du mortier et le bâtiment s’éleva de nouveau dans le paysage local.


la maison du pendu en cours de construction

Pourtant sa reconstruction ne fut jamais achevée, les indemnités allouées dans le cadre des dommages de guerre étaient insuffisantes pour y parvenir et la propriétaire des lieux, vieillissante fut incapable d’achever les travaux. C’est ainsi que la belle maison solitaire ne fut jamais habitée et petit a petit les vandales en récupérèrent les matériaux et la réduisirent à son triste aspect actuel.

La toiture fut démontée progressivement, les tuiles chapardées ou cassées par plaisir, les huisseries enlevées et bientôt une corde fut même installée à la charpente en bois, évoquant la corde d’un pendu… d’où sans doute le nom donné à cette, désormais triste bâtisse : La maison du pendu. 




Bien évidemment, les légendes mentionnant des morts violentes en ses murs ne sont que billevesées...