vendredi 22 mai 2015

quand le bleu marine de Jean Bart rimait avec bleu de chauffe

 en 1865
 en 1886
en 1892
source gallica-BNF

les drapeaux et guidons pris par Jean Bart (entre 1695 et 1702)

Trouvé dans un recueil de planches figurant les prises de drapeaux et guidons pris à l'ennemi dans diverses batailles, mis en ligne par Gallica de la BNF, bonheur de trouver ces planches de toute beauté que nous laisserons à votre appréciation. Si d'aventure vous saviez les identifier...














lundi 18 mai 2015

comment Dunkerque était perçue par ses habitants en 1881



« Au moment où de nombreuses constructions nouvelles s’élèvent en notre ville, où de nouveaux quartiers vont se former, les soussignés ont l’honneur de vous soumettre leurs réclamations sur l’état d’abandon dans lequel certaines rues sont laissées depuis trop longtemps déjà. Sur la nécessité d’apporter dans l’éclairage de la ville, d’urgentes améliorations. Sur les mesures qu’il conviendrait de prendre pour assurer à tous les habitants de la cité un air pur et sains, un libre et suffisant accès à toutes les demeures. 

Lamentable état de certains quartiers.
Notre ville a toujours joui d’une réputation qu’elle a longtemps méritée, en ce qui concerne l’état d’entretien et la propreté remarquable de ses rues et quartiers.
Nous devons le dire avec regret, cette réputation est gravement compromise depuis quelques années.
Il existe aujourd’hui des quartiers complètement délaissés ; à un moment donné ces quartiers deviennent de vrais foyers d’infections, des cloaques inabordables, contre lequel état toute la population proteste.
N’attendez pas qu’une épidémie vienne justifier cette crainte générale.

Exode de notre population
Depuis quelques années déjà, notre population ouvrière émigre au dehors, ne trouvant plus à l’intérieur que des logements insuffisants, insalubres, inaccessibles pendant les trois-quarts de l’année.
Elle se porte à Saint-Pol, à Rosendaël où elle trouve ce qui lui est refusé en ville, des communications faciles, de l’espace, de l’air et des logements convenables. La caisse municipale souffre la première de cette émigration.
Le gouvernement impérial réclame partout pour la population ouvrière l’assainissement des quartiers insalubres, de larges voies de communication, une distribution d’air et de lumière, partout on voit les centres se transformer.
Il ne sera pas dit que l’administration municipale de Dunkerque reculera de deux siècles quand les autres devancent le progrès, qu’elle entravera plutôt que d’aider aux efforts privés pour embellir la cité et donner aux nouveaux quartiers le même aspect d’aisance et de propreté qu’elle avait autrefois.

Le Jeu de Mail
Depuis le déplacement des fortifications, le Jeu de Mail s’est transformé. Il est devenu un immense quartier où de nouvelles constructions s’élèvent tous les jours.
Mais quel regret pour tout jamais que l’administration ne se soit pas mis en rapport avec les propriétaires pour adopter un plan de percement des rues.
Nous avons là un dédale de ruelles, de petits passages sans aboutissans, ni débouchés.
Puis on peut déjà remarquer que, par suite d’exhaussements, par ailleurs, des maisons sont envahies par les eaux à la moindre pluie ce qu’une sage entente avec les propriétaires en temps utile, des alignements et des nivellements, arrêtés dès le principe, auraient assurément évités.
Dans tout ce quartier, une seule rue a été ouverte, celle du bâton, mais n’est-elle pas devenue un bourbier inabordable, un cloaque infecté pendant tous les hivers ? L’écoulement des eaux ménagères n’y est pas assuré. L’état croupissant de ces eaux chargées de toutes espèces de matières pendant l’état, devient un danger permanent pour le quartier.
Cette rue n’est pas éclairée, ce qui en fait un vrai coupe-gorge, la nuit. Il est temps de porter remède à cet état de choses, nous le réclamons avec insistance.
On peut voir ce que les autres villes font pour leurs nouveaux quartiers : pourquoi en serait-il autrement à Dunkerque ?

A la Citadelle
Dès l’établissement du chemin de fer, le  mouvement du port se porta du côté des quais garnis de rails, c’est-à-dire vers la Citadelle.
Il y a là sept rues d’accès aux quais ; trois seulement sont praticables.
Celle qui conduit à la place de la Citadelle n’est qu’une fondrière, les deux qui la suivent ne sont que d’affreux bourbiers pendant huit ou neuf mois de l’année.
La rue Poudrière de la Marine sert de dépôt d’immondices, de fruits gâtés, de mâchefer provenant des bateaux à vapeur qui stationnent au débouché de cette rue.
Un pareil état demande un remède immédiat.
Ces rues sont des voies communales. Il est urgent de les mettre en état de pouvoir servir à la circulation, de les assainir et de les rendre à leur véritable destination/

En basse Ville
Un certain nombre de rues n’ont que des chaussées de gravier.
Pour la plupart, les accotements ne sont pas garnis bien que l’écoulement des eaux y soit ménagé.
Mais la rue du Canal-de-Bergues reste à l’état de route de terre souvent  impraticable sur une partie de son parcours.
La rue St-Bernard est restée aujourd’hui à l’état de bourbier infect, sans égouts, sans aucune apparence de gravier ou de pavés ; elle n’est même pas éclairée.
Son extrémité vers l’abattoir sert de dépôt d’immondices. De plus, il importe que des constructions élevées contre l’alignement obligatoire de cette rue, soient reportées à l’alignement fixé par la loi.

Ile Jeanty
De ce côté, il y a  beaucoup à faire. Au-delà de la gare, il existe un quartier complètement abandonné, couvert d’habitations établies sans ordre, sans trace de rues, sans communication avec le centre que le passage établi sous le viaduc du chemin de fer souvent couvert d’eau une grande partie de l’année.
Quant à la rue de la Garde, pourquoi l’avoir réduite à 15 mètres au lieu de 22 qu’elle avait et cette largeur primitive de 11 mètres serait à peine  suffisante pour la grande circulation à laquelle elle est destinée. L’administration doit se mettre en mesure pour rétablir cette largeur car sur un côté n’existe encore aucune habitation.
Cette route du Four-à-Chaux qui sera bientôt bordée de maisons vénérables demande à être mise au plus tôt en état de viabilité. On doit y assurer l’écoulement des eaux de la rue de la Gare si l’on veut éviter de voir ces rues transformées en bourbiers chaque hiver comme cela se produit chaque année jusqu’à aujourd’hui.

Derrière la marine
 Il existe là une route qu’on ne saurait appeler rue, où il se fait déjà un grand mouvement qui s’accroitra considérablement avec le port agrandi. 
Rien n’y est fait encore de ce côté : les terrains sont libres. C’est le moment de s’assurer une voie de largeur suffisante et c’est dès aujourd’hui qu’il faut y donner une solution favorable.

En ville
Signalons encore en ville, les rues de l’Est, du Levant, de la Porte d’Eau laissées dans un état d’abandon déplorable.
Puis des réformes urgentes sont à opérer dans l’éclairage général de la ville, et notamment dans celui des quais et des bassins du port.
A certaines époques de chaque lune, le gaz est éteint à une heure peu avancée de la soirée. Quelquefois, il n’est pas allumé du tout par mesure d’économie sans doute malgré les graves inconvénients que cela présente.
Il est temps de porter remède à pareille situation ; des malheurs tout récents ont démontré une fois de plus le danger de ne pas éclairer la nuit entière. Si certaines rues peuvent rester dans l’obscurité pendant une partie de la nuit, il n’en reste pas de même autour des bassins. On n’y circule qu’avec crainte. Faut-il attendre de nouvelles victimes pour obtenir une autre distribution d’éclairage ?

Au résumé
Nous demandons que notre administration municipale fasse procéder sans délai à la mise en état de viabilité de toutes les rues anciennes, nouvelles, grandes ou petites, restées abandonnées aujourd’hui.
Que le réseau des égouts soit complété partout où il n’a pas encore été étendu.
Que les fils d’eau soient établis où ils manquent et que les nivellements et alignements soient déterminés partout où ils ne le sont pas.
Que l’éclairage soit répandu dans tous les quartiers et enfin qu’une plus juste répartition soit faite des deniers de la caisse municipale. Moins de somptuosité dans les constructions… »





In L’habitation ouvrière dans l’agglomération dunkerquoise,  CAUE du Nord, Lille, 1981, 88 pages, pp16-17

La banlieue de Dunkerque en 1888 : Mardyck – Saint-Pol – Rosendaël



" La banlieue de Dunkerque – Mardyck – Saint-Pol – Rosendaël "

Les ruines que causeraient cette submersion du pays, si considérables jadis, le seraient encore bien plus aujourd’hui. Elle anéantirait en effet seulement d’immenses espaces conquis à la culture, mais des villages prospères qui se sont élevés aux portes mêmes de Dunkerque et jusque dans le voisinage de la frontière. Ni le pays des Wateringues, ni celui des Moëres ne comportent de grandes agglomérations et, en dehors des places fortes de Gravelines, Bergues et Dunkerque, une seule a pu s’y former, le centre agricole de Bourbourg sur l’Aa. Mais Dunkerque devait nécessairement déborder au-delà de son enceinte ; la basse ville se prolonge au-delà du canal de Bourbourg vers la Petite-Synthe, le long de ce canal de Mardyck dont le nom eut, dans les dernières années de Louis XIV, un si triste retentissement, et dont l’aspect est maintenant si lugubre. L’entrée se confondant avec celle du canal de Bourgbourg est couverte de bateaux, puis l’eau diminue, la cuvette ne renferme plus qu’un mince filet, ruisseau d’écoulement de quelques watergangs ; le pont près de l’écluse, étroit, en dos d’âne, tombe en ruines et l’écluse inachevée par laquelle les eaux devaient s’échapper dans la mer laisse détacher chaque jour quelqu’une de ses pierres ; franchissant une maigre rangée de dunes, un fossé continue le canal au milieu d’une plaine absolument nue, récemment desséchée. 

Mardyck, situé loin de cette écluse, a depuis longtemps cessé d’être un port ; Fort-Mardyck, qui en est plus proche, est un joli village de pêcheurs, mais où nul étranger n’est admis à la possession des terres. C’est donc au plus près de la ville que se sont groupés, de l’autre côté de ce canal, à proximité de la mer, tous ceux que la construction de la nouvelle enceinte, les travaux du port, le désir d’échapper aux charges qui pèsent toujours sur les habitants des villes, ont rejetés hors de Dunkerque.

Peuplé aujourd’hui de 5.000 habitants, Saint-Pol, dont la munificence d’un particulier a favorisé a favorisé la croissance et la prospérité, est comme une petite ville, dont les maisons basses, blanchies à la chaux, avec toits rouges et contre-vents verts, s’alignent régulièrement dans des rues étroites. La plage, séparée de la ville par toute l’étendue du port, est peu fréquentée par les Dunkerquois et n’attirent que peu ou point d’étrangers. C’est exclusivement jusqu’ici un bourg de pêcheurs, mais dont l’ambition grandit avec les années, et qui prochainement peut-être disputera une partie de sa clientèle à l’aristocratique Rosendaël.

Située à l’est du port, du côté de la ville commerçante, à laquelle elle est reliée par un tramway, la « vallée des roses » a toujours une nombreuse population de jardiniers qui tirent de son sol les légumes dont se nourrit Dunkerque et les fleurs dont elle se pare, mais elle est de plus en plus son lieu de plaisance et une ville d’eau. De l’ancien bourg de Rosendaël-les-choux aux limites de la commune vers Dunkerque, se succèdent les maisonnettes avec de petits bosquets, au milieu desquels sont souvent dressées des tables et installés des jeux ; c’est la banlieue populaire, le rendez-vous des ouvriers, des soldats, des boutiquiers ; puis viennent des constructions plus soignées, à l’apparence de maisons bourgeoises, de bonnes auberges, et enfin, faisant face au terrain militaire, s’étendant vers la plage, des hôtels, des restaurants, des chalets, des villas. Entre la rue principale et la plage, derrière ce front de bandière de chaque côté des rues tracées dans le sable, des habitations destinées aux baigneurs, fermées 8 mois au moins de l’année, ne s’ouvrent guère que pendant la saison, limitée à cette latitude aux mois de juillet et août, quelquefois en septembre, plus rarement en juin, et doivent, pendant ces deux mois, rapporter à leurs propriétaires le prix de la location d’une année entière. Sur la plage enfin ou même dans les dunes, les villas à l’architecture variée, à la forme fantaisiste, comme on en rencontre sur toutes les plages en vogue. Au milieu une belle construction en briques et pierres de taille, avec une longue terrasse, de grands salons de conversation, un théâtre, un hôtel ; c’est le casino. Plus loin, sur le territoire même de Dunkerque, en planches, vu sa situation dans la zone des fortifications, le Kursaal avec restaurant, salon de jeu, salle de spectacle, où des artistes en renom se font entendre au fort de la saison, au moment des courses, qu’à l’instar de Deauville et d’Ostende, Rosendaël offre à ses hôtes de passage. Sans avoir ni la magnifique jetée d’Ostende, ni les coteaux de Trouville, ni les falaises de Boulogne, avec sa grande ville à ses portes, la vue toujours variée de la pleine mer, le mouvement des navires qui entrent dans le port ou qui en sortent, ses promenades dans les dunes, ses campagnes si pleines d’originalité, son voisinage de la Belgique ; en dépit de son éloignement de Paris, de sa proximité de Boulogne et d’Ostende, de la mélancolie de son ciel, Rosendaël ne pouvait manquer d’attirer sur ses sables de nombreux visiteurs. Elle devra renoncer peut-être au rêve un instant caressé de marcher avec les stations les plus bruyantes et les plus fréquentées, mais elle restera la plage du Nord, et le département où fleurissent tant de centres, créés et vivifiés par le travail, suffira pour assurer la prospérité d’une ville de calme et de repos. »




In Henri Cons – Le Nord pittoresque – édition de 1888, Les éditions du bastion,  réédition 1989