jeudi 21 mars 2019

1784, le Roi organise l'entretien des églises et des presbytères du plat pays


LETTRES PATENTES DU ROI
PORTANT que, dans le territoire des Villes de Dunkerque, Bourbourg & Gravelines, les réparations, la reconstruction & l’entretien des Eglises paroissiales & du Plat-Pays seront désormais à la charge des Décimateurs
Données à Versailles le 5 septembre 1784
Registrées en Parlement le 10 décembre 1784

LOUIS, par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre : A tous ceux que ces présentes Lettres verront ; SALUT. Le Droit public observé jusqu’au dix-septieme siecle dans notre Province de Flandres, conforme en ce point aux anciens Canons de l’Eglise, imposoit aux seuls possesseurs des dîmes ecclésiastiques l’obligation de réparer, entretenir & reconstruire les Eglises paroissiales & les Presbyteres du Plat-Pays. Les guerres de religion survenues à cette époque, ayant occasionné la ruine presqu’entiere de ces édifices, les Archiducs, sur les instantes prieres du Clergé, ordonnèrent par des placards des vingt-huit Mars seize cent onze & deux Octobre seize cent treize, que l’on épuiseroit d’abord, pour leur reconstruction, les revenus des Fabriques. Suivant les mêmes loix, les Décimateurs devoient contribuer à cette dépense, à raison de deux années de six du produit de leurs dîmes, & le produit de ces deux années, devoit être payé en six portions égales. Le surplus de la dépense retomboit, en ce cas, sur les Habitans des lieux. Ces loix ne devoient subsister qu’autant que les circonstances malheureuses qui les avoient nécessitées, subsisteroient elles-mêmes. L’Impératrice-Reine les a abrogées par une Ordonnance du vingt-cinq Septembre mil sept cent soixante-neuf. Elle a fait revivre le droit anciens & fait retomber sur les Possesseurs des dîmes ecclésiastiques, une charge inhérente à la possession de ces fruits. Animé, comme elle, du désir de rendre justice aux habitans de la Flandre Maritime qui sont restés tous sous la domination françoise & qui ont toujours été régis par les mêmes loix que ceux de la partie de cette Province qui est soumise à la Maison d’Autriche, le roi jugea qu’il étoit nécessaire d’expliquer ses intentions à cet égard, et de remedier aux inconvenients qui auroient résulté nécessairement de la diversité des principes en cette matiere. Tel fut l’objet des Lettres-Patentes qu’il donna le treize avril mil sept cent soixante-treize. Notre Parlement de Paris, à qui elles ne furent pas alors adressées, ne les ayant point enregistrées, leurs exécution n’a pas lieu dans le territoire des Villes de Dunkerque, Bourbourg & Gravelines qui font bien partie de la Flandre Maritime, mais qui sont du ressort de cette Cour. Cependant il est d’autant plus juste que ce Réglement y soit également observé, que les considérations qui l’ont déterminé leur sont communes avec le reste de la Province dont elles dépendent. Nous avons donc résolu d’y établir la même regle qu’il prescrit. A CES CAUSES, & autres à ce Nous mouvant, de l’avis de notre Conseil & de notre certaine science, pleine puissance & autorité royale, Nous avons ordonné & ordonnons ce qui suit :

ARTICLE PREMIER
Nous avons révoqué & révoquons les Ordonnances des vingt-huit Mars Mil six cent onze & deux Octobre mil six cent treize, lesquelles seront regardées comme nulles et non avenues.

II
Notre intention est que, dans le territoire des Villes de Dunkerque, Bourbourg & Gravelines, l’obligation de pourvoir à la réparation, à la réédification & à l’entretien des Eglises paroissiales & des Presbytères du Plat-Pays, soit à l’avenir une charge inhérente à la possession des dîmes ecclésiastiques, de quelque nature ou qualité qu’elles puissent être, même dans le cas où elles seroient possédées par des personnes laïques, lorsqu’on pourra constater, conformément à l’Ordonnance du Roi Philippe II, du premier juin mil cinq cent quatre-vingt-sept, concernant l’exécution du Synode de Cambrai, que les Laïcs qui les ont acquises de personnes ecclésiastiques, depuis le Concile de Latran tenu en onze cent soixante-dix-neuf

III
Voulons néanmoins que les frais de réparations, de reconstruction & d’entretien ne soient à la charge desdits Décimateurs qu’après avoir prélevé & appliqué à cette destination le restant des revenus de Fabriques & autres biens de l’Eglise destinés à cet objet ?

IV
Ceux qui possèdent quelque Bénéfice dans une Eglise paroissiale, seront tenus de contribuer à cette dépense dans la portion des fruits des biens de cette Eglise dont ils jouissent.

V
En cas d’insuffisance des dîmes ecclésiastiques & autres biens de l’Eglise & des Fabriques, il sera suppléé à cette dépense par les Possesseurs des bien-fonds situés dans l’étendue des Paroisses, de quelque nature que soient ces fonds, & quelque soit la qualité de leurs Possesseurs.

VI
FAUTE par les co-Décimateurs, dans une seule & même Paroisse, de s’accorder sur la qualité de leur contribution respective à la dépense desdites réparations, reconstructions & entretien, ils seront tenus par provision, & contraints solidairement à fournir les fonds nécessaires, sauf ensuite à discuter entr’eux, & à faire régler la part & portion dont chacun devra contribuer à la totalité de cette dépense.

                                                                               VII
DECLARONS nulles & de nul effet toutes transactions ou conventions qui pourroient être faites par la suite, & qui seroient contraires aux présentes dispositions, à moins que lesdites conventions et transactions n’aient été préalablement homologuées en notre Conseil, & revêtues de nos Lettres nécessaires à cet effet.
 
VIII
ORDONNONS pareillement aux Décimateurs qui se croiroient dans le cas, pour se soustraire à ces charges, d’opposer des accords ou transactions antérieurs à nos présentes dispositions, de représenter, dans le délai de trois mois, à compter du jour de la publication des Présentes, lesdits actes aux juges Royaux des lieux où ils percevront la dîme ; lesquels appelleront devant eux les Parties intéressées, & dresseront, des dires & raisons respectives, procès-verbaux qui seront envoyés par eux au Greffe de notredite Cour de Parlement, pour y être statué sur les conclusions de notre Procureur-Général, ainsi qu’il appartiendra ; & ledit délai de trois mois expiré, lesdits Décimateurs ne seront plus admis à représenter lesdits actes qui demeureront nuls & de nul effet. SI DONNONS EN MANDEMANT à nos amés & féaux Conseillers les Gens tenant notre Cour de Parlement de Paris, que ces Présentes ils aient à faire lire, publier et registrer, même en tems de Vacation,  & le contenu en icelles faire garder, observer & exécuter, cessant & faisant cesser tous troubles et empêchemens, & nonobstant tous Edits, Déclarations, Arrêts, Réglemens & autres choses à ce contraire, auxquels Nous avons dérogé & dérogeons par cesdites Présentes : CAR tel est notre plaisir ; en témoin de quoi Nous y avons fait mettre notre scel. DONNE à Versailles le cinquième jour du mois de septembre, l’an de grace mil sept cent quatre-vingt-quatre & de notre regne le onzième. Signé LOUIS, Et plus bas : Par le Roi, le M.AL DE SEGUR. Vu au Conseil, HUE DE MIROMESNIL. Et scellée du grand sceau de cire jaune.

Registrées, oui & ce requérant le Procureur Général du Roi, pour être exécutées selon leur forme & teneur ; copie collationnée envoyée au Conseil Provincial d’Artois, pour y être lues, publiées & registrées, Enjoint au Substitut du Procureur Général du Roi, audit Conseil, d’y tenir la main & d’en certifier la Cour dans le mois, suivant l’Arrêt de ce jour. A Paris, en Parlement, les Grand’Chambre & Tournelle assemblées, le dix décembre mil sept cent quatre-vingt-quatre.
Signé YSABEAU

X X X
A PARIS, chez P.G. SIMON, & N.H. NYON, Imprimeurs du Parlement, rue Mignon, 1784

jeudi 23 août 2018

perplexité et colère

Hier, en allant rechercher des liens sur Histoiresdunord2, quel ne fut pas mon étonnement... Les liens apparaissent dans Google, les vignettes photos, les rapports existent dans Statcounter mais le blog a disparu...
L'interface ne reconnait plus l'adresse courriel qui lui etait affectée, et un panneau vous apprend que le site a été entièrement effacé... Voilà donc plusieurs années disparues, pas loin de 133.000 pages consultées, des articles, des textes, des photos... envoyées au néant...

et evidemment aucune adresse à qui demander des comptes à part un renvoi vers une FAQ qui ne répond... à rien...

Independant de notre volonté mais qui nous fait hésiter entre tristesse et colere...

On va donc tenter de le prendre du bon coté, ce sera le pretexte à tout refondre mais certainement ailleurs qu chez Blogspot parce que là... c'est on ne peut plus léger...

vendredi 17 août 2018

sous la haute voûte de la "cathédrale"

A la "cathédrale" des ACF, l'atelier AP2, qui jouxte le FRAC, dans le quartier du Grand large, se tient une exposition gratuite, il suffit juste de se signaler à l'accueil du FRAC pour y retirer le ticket d'entrée. Une fois la porte passée, c'est une petite immersion dans le tournage du film de Nolan qui y est proposée. L'on pensera ce que l on veut du film aux trois Oscars (techniques) tourné à Dunkerque (je réserve mon jugement d'historien et de cinéphile, peut-être y reviendrais je dans un post ultérieur) mais l'exposition permet de tourcher du doigt un aspect technique qui fait que la magie du cinéma peut opérer. 
 
En effet, contrairement à bien des films, Nolan n'a pas eu recours aux CGI, ces techniques faisant un large appel aux trucages numériques et autres incrustations (à mon sens, cela aurait certainement pu renforcer l'aspect dramatique et appuyer un peu plus vers la vérité historique, mais ceci est un autre débat...)...
 



L'on y trouve la maquette utilisée pour le naufrage du navire-hopital (initialement le Rogaland de Stavanger), et les maquettes de civières, gilets de sauvetages et autres caisses présentées à côté d'elle... La cheminée d'un navire coulé qui apparaissait seule à l'écran... les faux pylones qui étaient sur la digue et où l'on découvre qu'ils sont fait de polystirène, quelques éléments de la façade appliquée sur le Kursaal pour le transformer en cimenterie, des toles de plastiques devenues métalliques et rouillées, mais surtout les camions constituant les jetées provisoires où seuls les chassis sont "réels", la carosserie ayant été copiées en fibre de verre et résine... un peu plus loin, des élements de la fausse jetée, construite pour le film, permet d'avoir une autre idée de l'ingéniosité des équipes de décorateurs. Enfin, nombreux sont les panneaux explicatifs et les vidéos. Une visite qui complète agréablement (mais rapidement au final) celle du musée du Bastion 32, agrandi en investissant de nouvelles casemates.






 petite remarque en passant... Les pneus des camions sont "à plat"... crevés ou dégonflés, cela revient au même, tout simplement parce qu'à l instar de ce qui s'est passé en 1940, les camions se sont mis à flotter avec la montée de la marée... à plus forte raison que ceux du tournage, en résine, étaient encore plus legers que ceux du B.E.F.... aux mêmes causes, les mêmes effets...


tradition mariale à Dunkerque


15 août 2018… jour férié dans une France laïque qui reste attachée à ses traditions. Comme partout en France, le jour de l’Assomption de la Vierge est célébré dans toutes les paroisses de France et de Navarre. Cette fête religieuse est reconnue comme telle au XVIIe siècle par le roi Louis XIII. Sans héritier après vingt ans de mariage, il demande à ses sujets de faire, dans chaque paroisse, le 15 août, une procession afin d’avoir un fils. Le miracle a lieu. Louis XIV naîtra l'année suivante (ce n’est pas pour rien que l’héritier au trône de France reçoit Dieudonné en second prénom). En guise de reconnaissance, en 1638, le roi publie l’Edit officiel qui déclare prendre la Vierge comme protectrice et patronne du Royaume. Le 15 août devient alors fête nationale... et jour férié.
 
 la niche où la Vierge se trouve toute l'année restera vide pour la journée
Une vierge "miraculeuse" pour Dunkerque

Passons sur les vicissitudes de la date, elle reste marquée par la fête religieuse. Si à Lourdes ou à Pontmain (dans la Mayenne), elle est synonyme de reconnaissance pour les apparitions mariales, Dunkerque la relie à la découverte d’une statue de la Vierge lors des travaux sur les remparts bourguignons. En 1403, des ouvriers qui y œuvrent sont surpris par le jaillissement d'une source d'eau pure dans le sable (là aussi, cela tient quasiment du miracle car l’on se trouve au bord du rivage marin). Ils découvrent à côté de cette source, une petite statue en bois (32 cm) de la Vierge Marie portant l'enfant Jésus dans ses bras, qui pourrait être l'œuvre d'un pêcheur qui l'aurait taillé au couteau pour orner la proue de sa barque et qui aurait été perdue lors d'une tempête. On l'appela Notre Dame de la Fontaine, puis Notre Dame des Dunes.
 
La légende veut que la statue, emportée en divers lieux dignes de l'abriter, disparaissait toujours pour réapparaître sur les lieux de la découverte, comme si la Vierge souhaitait y être vénérée là tout particulièrement. Une Chapelle fut construite, longtemps isolée dans les remparts de Vauban, transformée en atelier de munitions à la Révolution, la Chapelle explosa en 1793 et restera en ruine jusqu'à ce qu'une souscription publique en permette la reconstruction en 1815.Lieu de vénération des dunkerquois, elle renferme de nombreux exvotos, témoignages de reconnaissance de marins. Les vitraux, qui racontent son histoire ont été réalisés à partir de 1953 d'après les dessins de l'abbé Pruvost, prêtre et artiste.





 
Une fois l’an, elle est descendue de sa niche pour être portée par des bazennes, épouses des patrons-pécheurs en procession (autrefois au travers de la ville, le parcours est nettement raccourci aujourd’hui). En avant de la procession, derrière la croix, elle est précédée du filet-saint, puis viennent les bannières de procession et la maquette votive d’une goélette de pêche à Islande, le Notre-Dame de Grâce, histoire de rappeler ce que ville et port doivent à la pêche à la morue (non, le carnaval n’est pas la seule référence à ce passé souvent douloureux).
 




La Vierge quitte donc la Petite chapelle, emplie d’exvotos, pour se rendre sur le quai de la cale des pêcheurs où prêtres et quelques fidèles embarquent pour sortir en mer et y donner une bénédiction à l’adresse des travailleurs de la mer et des disparus.