mardi 10 mai 2016

Le fort d’Ambleteuse, sentinelle sur le rivage artésien



In François HANSCOTTE – « La route des villes fortes en Nord, les étoiles de Vauban », éditions du Huitième jour, Paris, 2003, 196 p, p. 107
 Posé sur l'estran

gardien de l'embouchure de la Slack 

Le fort d’Ambleteuse qui se dresse encore face à l’Angleterre semble la défier en protégeant l’estuaire de la Slack. Seul abri portuaire au sein des hautes falaises du Boulonnais, l’embouchure de la Slack et ses abords ont fait l’objet de vastes projets pendant l’occupation anglaise du Boulonnais (1544-1550). En 1546, Henri VIII d’Angleterre entoure Ambleteuse d’une citadelle à cinq bastions et construit deux forts. De cette époque ne subsistent que les vestiges du fort du cap Gris-Nez.
  
 Avant de redevenir une position clé...

Dans le cadre du vaste programme de port militaire contre l’Angleterre initié par Louis XIV en 1680, un fort est construit par Vauban entre 1685 et 1690, peut-être sur un noyau antérieur. Réarmé par Napoléon dans le cadre du camp de Boulogne, puis réactualisé au cours de la dernière guerre, le monument a été endommagé par deux mines dérivantes en 1945, avant d’être protégé et mis en valeur par une association pour abriter le musée de l’histoire et de la géographie du littoral.
 



Posé sur l’estran au bord de l’ancien chenal envahi par les dunes, le fort Vauban dit fort Mahon, reprend le type du fort à la mer de Vauban : batterie basse semi circulaire pour les tirs à couler dans la coque du vaisseau, batterie haute en plateforme dans la tour pour les tirs à démâter dans les voilures. Une batterie intermédiaire a été ajoutée dans une casemate à voûte annulaire.
 




 sur la terrasse supérieure, le Leitstand allemand offre un point de vue superbe sur la mer

Les Allemands, en édifiant le mur de l’Atlantique, y adjoignirent une casemate bétonnée à son sommet, preuve s’il en est de l’intérêt des lieux.

 les positions d'artillerie allemandes commandées par le fort
 Le fort abrite un musée sur son histoire et sur la géographie de la baie de la Slack...
 Peu de moyens mais forte conviction, il vaut assurément le déplacement


 le puits d'aération de la salle voûtée intermédiaire, indispensable pour la dispersion des fumées de tir

Le fort de Lynck, disparu du paysage mais aussi des mémoires



 Le hameau de Lynck fut le siège d'un fort de taille respectable qui a totalement disparu. Difficile aujourd'hui, lorsque l'on s'y rend, d'imaginer l'importance que revetait cette position.

 

In Maurice Million, « La défense avancée de Dunkerque à travers les âges », 1968, 167 pages, pp.85-86

Il est un ouvrage militaire qui faisait partir, au XVIIe siècle de la défense avancée de Dunkerque : c’est le fort de Lynck.
 
Lynck, situé sur le canal de la Haute-Colme est, à la fois, un hameau de Cappellebrouck, d’Eringhem, de Looberghe et de Merckeghem.
 
Le fort de Lynck a joué un rôle important dans les guerres du XVIIe siècle pour la défense du passage de la Colme. Ses canons contrôlaient la navigation sur le canal et les bateaux devaient payer des droits élevés pour passer.
 
C’est le général espagnol Francisco de Mello qui le fit construire en 1644 pour se défendre contre les Français commandés par le duc d’Orléans. A cette époque, le gouverneur général des Pays-Bas Piccolimini avait fait élever de distance en distance des forts et des redoutes. Le hameau de Coppenaxfort rappelle un de ces forts disparus.
 
C’était un fort carré entouré de larges fossés tout à proximité de la rivière la Colme. Deux grands bâtiments servaient de casernements, d’autres servaient pour les officiers, pour le logement du gouverneur, pour les services du fort et le poste de garde. Il y avait quatre bastions dont les noms rappelaient les villes qu’il pouvait protéger : les bastions de Gravelines et de Dunkerque au nord et les bastions de Bergues et de Saint-Omer au sud. La place était revêtue de gazon, le rempart et les bastions bien terrassés. Le fossé était toujours plein d’eau à cause des rivières et des marais voisins. Les abords étaient difficiles car le fort était palissadé et fraisé (note : Fraisé – terme de fortification. Palissades plantées dans le talus extérieur du parapet et inclinées à l’horizon).
 
L’importance stratégique du fort de Lynck était importante. Durant la campagne de 1645 contre les Espagnols, le maréchal d’Aumont y livra un combat violent et le fort fut pris. En 1646 de nombreux combats furent livrés sur les bords de la Colme, avec des avantages variés entre les Français et les Espagnols : leurs rendez-vous sanglants étaient au fort de Lynck qui fut pris et repris. Finalement, les Français l’occupèrent et peu de temps après ils étaient maîtres de Dunkerque.
 
En 1651, à la faveur de la guerre civile de la Fronde, les Espagnols se décidèrent à investir Dunkerque et la région. D’Estrades, gouverneur de la ville reçut l’ordre du gouvernement de renforcer la garnison du fort. Il nomma le sieur d’Anguai comme commandant et y envoya une petite garnison prélevée sur celle de Dunkerque.
 
Mais il ne put empêcher le retour victorieux des Espagnols qui s’emparèrent de Bergues. L’effort de Sfondrato se porta bientôt sur le fort de Lynck qui défend la Colme. Les Espagnols emportèrent les dehors du fort grâce au tir de deux batteries et attaquèrent la partie centrale. Une bombe bien dirigée fit exploser le magasin à poudre et M. d’Anguai se rendit après un siège de six jours.
 
Pendant le siège, les Espagnols étaient toujours maîtres du fort de Lynck. La garnison commit bien des excès et la population avoisinante était très malheureuse. En 1673, le gouverneur de Lynck fit brûler plusieurs maisons et des fermes ; en 1676 pour se venger de la prise d’officiers espagnols à Gravelines, il fit enlever les entrepreneurs qui s’occupaient du canal de Bourbourg et les retint prisonniers dans son fort. C’est ainsi que l’intendant français Le Boistel donna 400 florins au gouverneur pour qu’il n’inonde plus les terres de la châtellenie de Bourbourg, etc.
 
En 1676, le maréchal d’Humières après avoir conquis la ville d’Aire vint mettre le siège devant le fort royal de Lynck. « La garnison ne soutint que trois ou quatre colées de batteries de canons et de bombes, elle se rendit fort lâchement prisonnière. Les Français y campent pendant sept à huit jours et s’emparent dans les alentours du bétail, de la moisson, saccagent la campagne et détruisent les maisons dont les matériels servent à remettre le fort en état. Le roi obligea les châtellenies de Bergues et de Bourbourg à fournir toutes les autres palissades et autres bois nécessaires ».
 
Pendant le siège du fort, Guillaume van der Naelde, fils de Matthieu, bourgmestre de Bourbourg qui était allé à l’armée conduire quelques chariots avec des barils vides pour dresser les batteries, fut tué d’un coup de canon tiré des hauteurs de Ravensberg, à Merckeghem.
 
Cette citadelle, cause de tant de brigandages connus dans la châtellenie de Bourbourg fut tout à fait démantelée après la publication du traité de paix de 1678 ; tous les matériaux furent transportés si bien qu’en 1695 à Lynck on ne voyait plus aucun vestige de ses fortifications.

vendredi 6 mai 2016

Le Fort Vallière, grand inconnu du public dunkerquois

Du camp retranché de Dunkerque établi par Vauban, il ne reste plus grand chose... Le canal de Bergues était surveillé par deux forts : le Fort Louis, connu de tous et aménagé, et le Fort Vallière sur le territoire de Coudekerque-Village... Bien peu de gens connaissent son histoire...





LE FORT VALLIERE, ancien fort Français
In Maurice Million, « La défense avancée de Dunkerque à travers les âges », 1968, 167 pages, pp.49-58

A mi-chemin entre Dunkerque et Bergues, le long du canal, tel une sentinelle avancée, le Fort Vallière attire l’attention des touristes. Son ensemble est imposant, verdoyant, le calme y est complet.
De la route de Bergues, l’on distingue parfaitement les deux bastions des angles nord et sud, la longue courtine qui semble défier le temps, l’ouverture béante de la porte d’entrée et les jeunes arbres qui croissent sur ses ruines.
Ce fort est situé sur le territoire de la commune de Coudekerque-Village.
 
A l’origine, le fort était une des nombreuses redoutes élevées par les Espagnols le long du canal de Bergues ; elle consistait en un carré bastionné de 176 mètres de côté et son rôle était de défendre le passage du canal de Bergues à Dunkerque.
Cette redoute gazonnée ne résista pas à l’attaque de Turenne (juillet 1658) : venant de Téteghem, il s’en rendit maître sans difficulté. Les Français achevèrent bien vite la position qui fut remise en 1659 aux Espagnols par le Traité des Pyrénées. En 1668, au traité d’Aix-la-Chapelle, elle devenait définitivement française.
 
Peu de temps après, en 1676, Vauban en fit un fort de premier ordre ; il relevé les casernes d’un étage, perça des poternes sur les courtines et plaça un vaste abri voûté dans chaque bastion.
Le fort Vallière constituait une dépendance de la place de Bergues et intégré dans les propriétés nationales par la loi du 10 juillet 1791 et le décret du 10 août 1853. Il est passé dans le domaine privé à la suite de son déclassement intervenu par la loi du 27 mai 1889, déclassement déjà proposé en 1872 par le conseil supérieur de la guerre.
 
Mais sa carrière militaire était loin d’être achevée. Remis au service de l’artillerie le 23 mars 1891, sa gestion domaniale a été confiée au service du génie à la suite d’accords en dates des 11 octobre 1927 et 26 mai 1930 entre les services de l’artillerie et du génie.
En 1930, le 8 juillet, il a été mis provisoirement et à titre précaire à la disposition de la Marine Nationale.
La guerre 1939-1945 lui fut funeste et en exécution de la décision du ministre des armées prises le 5 novembre 1958, le Fort Vallière a été remis au Domaine le 19 septembre 1961, pour être vendu à la ville de Dunkerque (1967).
 

DIFFERENTES APPELLATIONS DU FORT
 
Ce fort se dénomma successivement : Fort St-François, Fort François, Fort Français et enfin Fort Vallière.
Quand le fort fut achevé, les aumôniers qui s’y rendaient avec la troupe l’appelaient fréquemment fort Saint-François, comme le prouve le registre d’Etat-civil du fort déposé avant 1940 aux archives de la commune de Coudekerque. Puis on le désigna indifféremment Fort François et fort Français.
Ces trois dénominations du fort ont longtemps survécu. Sur un plan de l’arrondissement de Dunkerque dressé d’après les cartes de MM. les officiers d’Etat-Major, par Pestel, géomètre de première classe, vers 1860, on retrouve le nom de Fort Saint-François.
Puis sans en connaître la raison, le Fort Français fut dénommé Fort Vallière. Le pourquoi de ce changement est bien difficile à déterminer et malgré nos recherches qui datent de 1958, nous n’avons rien trouvé.
 
En 1892, la Société dunkerquoise pour l’encouragement des sciences, des lettres et des arts avaient organisé un concours pour une monographie de Coudekerque-Village. Un participant qui signa à l’époque du pseudonyme de concours « Ne quid nimis (rien de trop) » écrit : « Aujourd’hui, le fort est déclassé, il menace ruines… C’est seulement depuis six ans que ce fort est appelé Fort Vallière, en souvenir et en l’honneur du Marquis de Vallière (note : il y eut, en effet, deux gouverneurs de la Place de Bergues au nom de Vallière : Messire de Vallière qui fut gouverneur de Bergues de 1749 à 1759 et son fils qui lui succéda de 1759 à 1776. Ce dernier était lieutenant-général des armées du roi.), né à Paris en 1717, gouverneur de Bergues et directeur du Génie ».
 
Mais l’ancienne appellation resta encore longtemps. On retrouve le nom de Fort Français sur la carte
d’Etat-Major au 50e type 1922. Dans sa monographie sur Coudekerque-Branche, parue en 1923, Léonce Baron, bibliothécaire-archiviste de la ville de Dunkerque, membre de la Commission historique du Nord, fait l’historique du Fort Français et reste muet sur l’appellation Vallière.
Le Fort Vallière s’étend sur 12 hectares. Il possédait à l’origine de nombreuses casernes et toutes les dépendances indispensables. Il y avait également une chapelle dont le service était assuré par un aumônier qui y habitait et un cimetière où l’on enterrait surtout les aumôniers qui le desservaient. En 1751, Marc Antoine d’Azincourt y fut enterré et en 1783 Jean-François Cointement, ancien professeur de théologie y fut inhumé.
 
Moins imposant que le fort Castelnau, il possède quatre bastions : ceux de Bergues, de Coudekerque, de Dunkerque et celui des Morts. Malgré les dégâts occasionnés par les années et la dernière guerre, le mur de courtine, de chaque côté du tunnel d’entrée, est encore en bon état. Il se distingue parfaitement lorsque l’on passe sur la route de Dunkerque à Bergues. On remarque également entre la route et la ligne de chemin de fer du Nord, une fortification entourée d’un fossé, sur laquelle un baraquement a été construit. C’est la « Demi-Lune ». son but était de protéger les accès du fort d’une attaque venant de l’Ouest. Il parait que ce fortin possédait un souterrain, passant sous le canal de Bergues. Il devait permettre à la garnison d’être ravitaillée en vivres et en munitions et de se réfugier au fort en cas d’abandon forcé.
 
Autrefois, le fort possédait en direction du canal de Bergues, une écluse dont le radier avait 103 mètres de long. Cet ouvrage permettait d’inonder la campagne environnante en cas d’attaque ennemie et de remplir à marée haute des fossés du fort.
A l’entrée du fort, une citerne d’une grande capacité pouvait assurer la vie de la garnison.
 
Le fort n’a pas été détruit après le traité d’Utrecht (1713) comme son voisin le Fort Louis. Il était à cette date occupé par une cinquantaine d’invalides qui en avaient la garde. En 1714 (note : « un voyage en Flandre, Artois et Picardie en 1714, publié d’après le manuscrit du sieur Nomis par Alex Eeckman, Lille,1896), un officier du génie qui se renait en barque à Dunkerque, y a vu descendre quelques invalides de la garnison. Ils apportaient au fort des sacs de pain qu’ils avaient été chercher à Bergues.
Jusqu’à la Révolution, le fort fut le siège d’une vie intense. De brillantes soirées, de grandes réceptions militaires y étaient données avec la noblesse de Bergues et des environs.
 

LES COMMANDANTS DU FORT
 
Quelques noms de gouverneurs sont parvenus jusqu’à nous. En 1714, Monsieur de la Guyer est commandant du fort et autorise Gilles Aryoz dit La Jeunesse, soldat invalide arrivé au fort en août 1714 à partir en permission (note : document fourni par Mlle Thérèse Vergriète, bibliothécaire-archiviste de la ville de Bergues, Archives A.A. 1913).
 
En 1756, le roi Louis XV confia le rétablissement du fort à Adam Jean Le Bœuf, au lieu et place de M. de Lafond. C’était un poste important aussi le Magistrat de la ville envoya deux députés pour le complimenter. En 1960, nous avons recopié l’inscription suivante à l’église Saint-Eloi, gravée sur une plaque de marbre : « Ci-git messire Adam Jean Le Bœuf, chevalier brigadier, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, l’un des ingénieurs ordinaires du directeur des fortifications de la Flandre maritime, commandant du Fort Français, auquel le roy confia en 1756 le rétablissement de ce fort, qui après 59 ans de service est mort le 20 mai 1761 dans la 68e année de son âge… »
 
En 1761, le 27 juin, Jean François Claude de Termes, écuyer, chevalier de l’ordre de Saint-Louis, major-commandant du fort y décéda et fut inhumé dans la chapelle.
 
En 1770, le chevalier Louis-Eugène-Félix de Rault de Ramsault, né à Bouchain, le 14 juillet 1731, capitaine au régiment de Hainaut-infanterie, chevalier de Saint-Louis, fut nommé commandant du fort Saint-François près de Bergues (note : extrait de la communication faite par Ch. De Croocq, au bulletin du Comité Flamand de France, tome X, 1934, page 271 sous le titre : « La bibilothèque et les estampes du chevalier de Rault de Ramsault, commandant du Fort Saint-François, près de Bergues (1770-1779) ».
Voici une idée de la vie somptueuse au Fort Vallière quand de Ramsault en était le commandant : « Louis-Eugène-Félix de Ramsault avait franchi la quarantaine, quand le 22 décembre 1772, il épousa à Dunkerque Marie-Madeleine-Isabelle Arnaud Jeanty, de cette importante famille des Jeanty qui au XVIIIe siècle s’occupa de grandes entreprises publiques. Est-ce pour plaire à sa jeune femme, âgée de dix-huit ans que ce beau seigneur qui menait la vie large sans se soucier de ses dépenses et de ses dettes, orna les appartements du fort de meubles de prix, accrocha sur les murs tableaux et estampes à profusion, et multiplia pour le service de la table l’argenterie marquée à ses armes et la fine porcelaine ? Il avait berline et chaise, canot pour la pêche, volière et jet d’eau dans son jardin. Sa cave était abondamment fournie en vins de toutes marques et en liqueurs de choix, et sa garde-robe, bien étoffée, offrait un chatoyant étalage où le velours, la soie et le galon d’or mariaient leurs couleurs éclatantes ».
Le fort était le rendez-vous des officiers de Bergues et de Dunkerque, des grands bourgeois de ces deux villes, des belles dames et des gentilshommes des châteaux ou des manoirs voisins ; on servait le thé dans le grand salon de compagnie, on organisait de petits soupers à l’issue desquels on prenait place autour des tables à jeu (au nombre de neuf) ; on chassait aussi sur les terres réservées aux plaisirs de Sa Majesté ; bref, rien n’était plus agréable que cette vie élégante d’où l’on écartait d’un geste supérieur, du moins aux heures  de la fête joyeuse, tous les soucis du lendemain ».
Le fort Saint-François était comparable à un joli musée d’estampes qui furent dispersées sous le marteau du commissaire-priseur ainsi que les meubles et la riche bibliothèque.
Le 17 décembre 1779, le chevalier de Ramsault, décédé à l’âge de 48 ans, était enterré dans la chapelle du fort.
 
En 1793, le commandant Chambellan, commandait le Fort Français au début de l’investissement de Dunkerque par les Anglais.
M. Jean Chocqueel raconte dans son livre « Une ville flamande sous la terreur », les malheurs du commandant Chambellan.
Le 7 août 1793, 18 suspects de la ville de Bergues fut conduits sous bonne garde au Fort Français pour y être incarcérés. Des troubles avaient éclaté à Bergues, provoqués par l’excessive cherté des vivres. On emprisonna alors tous les suspects au Fort Français.
La garnison était composée de volontaires nationaux prélevés sur les casernes de Bergues. Leur discipline laissait fort à désirer ; ils désertaient leurs postes, se répandaient dans les campagnes « rançonnant et pillant les cultivateurs voisins ». Le général qui commandait à Bergues s’était ému de l’indiscipline qui régnait au Fort et avait pris des mesures rigoureuses.
Ce régime n’était pas au goût de la garnison et Chambellan ne devait pas tarder à subir le contre-coup du mécontentement des volontaires du 8e bataillon. Ce fut le citoyen Laporte, leur commandant qui se fit leur porte-parole devant le conseil de guerre du district accusant leur chef comme « ayant traité avec fraternité » des citoyens arrêtés à Bergues comme suspects. Il obtint l’arrestation de Chambellan comme « suspect ». il fut par la suite déporté à Béthune avec son épouse.
 
Les commandants du fort étaient sous les ordres de celui de la place de Bergues et jouissaient avant la Révolution de 3.800 livres d’appointements et d’émoluments (note : Abbé Harrau – Histoire de Bergues, page 339).
 
L’importance militaire du fort fut reconnue sous la Révolution. En 1793, « l’armée d’York (note : Arthur Chuquet – Hondschoote, page 151) était arrivée à la hauteur de Dunkerque à 300 toises des Glacis. Les Français avaient eu le temps d’ouvrir les écluses et de submerger les prairies entre Bergues et Dunkerque à droite et à gauche du canal de Furnes. Ils occupaient les deux forts Louis et François qui commandaient la chaussée de Bergues à Dunkerque. Le duc d’York n’osait donc pousser entre les deux forts un simple détachement et ne bloquait Dunkerque que par l’est ». La présence du fort Vallière favorisa la bataille d’Hondschoote.
 
Sous l’Empire. « Après les guerres de l’Empire (note : Léonce Baron, monographie de Coudekerque, page 118), l’ouvrage semble avoir été principalement occupé par des militaires détachés de l’Hôtel royal des Invalides. Ils y demeuraient avec leurs femmes et leurs enfants. La plupart étaient connus par des surnoms assez typiques : « Belle Fleur, Sans Souci, l’Espérance, Champagne, Belle-Rose, la Fortune, Sans-Quartier ».
 
Guerre 1870-1871. Des prisonniers prussiens pris à Bapaume furent conduits au Fort Français où l’on avait constitué un dépôt sous les ordres d’un officier en retraite et d’un adjudant.
 
Guerre 1914-1918. Comme pour le Fort Louis, le fort Vallière fut occupé par des marins spécialistes de la T.S.F. Ils logeaient dans les chambrées au-dessus de la porte d’entrée. Les dépendances du fort servirent de magasins pour les services de l’artillerie. La chapelle transformée e magasin eut beaucoup à souffrir de cette occupation et les superbes fresques, à sujets religieux, furent bien endommagées.
En septembre 1917, la défense aérienne de la région de Dunkerque y avait fait installer une batterie de 75 appuyée par des mitrailleuses et un projecteur.
 
Entre les deux guerres, le fort a été occupé par les services du parc d’artillerie de Dunkerque, par le génie et mis ensuite à la disposition de la Marine Nationale.
Une tour fit édifiée dans l’angle nord-ouest du fort, pour y installer l’antenne d’un poste de T.S.F.
Le dernier gardien fut Rémi Decousser, employé civil des arsenaux de l’Etat, en retraite. Il avait effectué sa carrière au parc d’artillerie de Bergues. Son emploi fut supprimé en 1926 (note : renseignements donnés par son fils, secrétaire de mairie à Bergues).
 
Guerre 1939-1945. De la mobilisation en août 1939 à mai 1940, le fort est occupé par des marins. Ils venaient chercher leur ravitaillement quotidien chez Charles Denis, tenancier du tabac-épicerie, rue des Forts, à Coudekerque-Branche.
 
Le fort Vallière était affecté comme le fort Castelnau  au service des transmissions radioélectriques de la Marine. Un chef de service de l’époque nous écrit : « au fort Vallière on faisait l’interception des radios étrangères et j’avais fini par me spécialiser dans l’écoute allemande. Je disposais de trente marins dont vingt opérateurs choisis qui avaient qui avaient fini par réagir comme s’ils avaient été des opérateurs allemands. Signaux de code, horaires, indicatifs nous étaient entrés dans la tête et nous avions réalisé de véritables exploits de localisation goniométrique et d’identification des navires de guerre allemands ». Le déchiffrement se faisait dans les services de l’E.M.G.2 installés au Parc de la Marine à Dunkerque.
Au mois de mai 1940, la bataille pour Dunkerque commence. La ville est menacée. Il faut à tout prix défendre l’accès trop rapide des Allemands vers le camp retranché et protéger l’embarquement des Anglais et une partie de l’armée française. Le fort Vallière est occupé militairement.
 
Le 22 mai 1940, la troisième batterie mobile de 155 longs de la marine est rappelée à Dunkerque. Elle installe deux pièces, dès le 26 mai, de part et d’autre du Fort Vallière. Une compagnie de mitrailleuses de position s’installe dans le fort. Les militaires qui montent la garde sur le canal de Bergues bénéficient des feux des deux pièces qui jusqu’au premier juin 1940 effectueront des tirs à longue portée, à la demande du camp retranché.
 
1er juin 1940. « A neuf heures, ce jour-là, le fort fut attaqué par 24 stukas et pratiquement anéanti. Les pièces étaient intactes mais un camion de gargousses fut incendié et le pont-levis du fort mis hors d’usage si bien qu’il devenait impossible d’y aller chercher les réserves de munitions qui s’y trouvaient accumulées.
 
Attaque générale du 2 juin (note : général Armangaud – Le drame de Dunkerque, mai-juin 1940 – page 295) : « Au fort Vallière, bombardé sans inetrruption depuis 48 heures, la demi-batterie de 155 longs de la Marine a pris une part active au combat. Elle se replie sur le Pont des Sept Planètes avec le lieutenant de vaisseau Jabet, après l’évacuation du Fort Vallière en flammes ».
La garnison du fort se replie également au carrefour des Sept Planètes. Le 4 juin toute résistance devenait inutile. Dunkerque était occupée par les Allemands.
 
Malgré les dégâts occasionnés par l’aviation ennemie, le fort fut occupé par les Allemands. Ceux-ci furent souvent mitraillés par les anglais, particulièrement au temps de la « Poche de Dunkerque » .
Actuellement, le fort est calme, inoccupé, envahi par les herbes folles et de nombreux arbustes. Il dresse sa masse imposante aux voyageurs de la route de Dunkerque à Bergues. Durant la bonne saison des pêcheurs installent leurs tentes de camping dans ses environs immédiates. L’hiver, c’est l’abandon complet. La société des Fervents Nemrods n’a plus le droit de chasse dans le fort et ses dépendances de sorte que de nombreux curieux viennent journellement visiter les ruines.
Mais cet état d’abandon n’est que provisoire.

 
 
Le conseil municipal de Dunkerque dans sa séance du 20 octobre 1966 a décidé l’acquisition par la ville des anciens terrains et ouvrages militaires dénommés « Fort Vallière » à Coudekerque-Village pour le prix de 50.000 francs valeur vénale fixée par l’administration des domaines.
La nouvelle propriété communale (note : Voix du Nord du 2 novembre 1966) est destinée à devenir un « centre de loisirs pour la jeunesse » ainsi qu’il est indiqué dans la délibération du conseil municipal mais aucun projet détaillé n’a encore été étudié et l’on ignore donc quel aspect prendront les anciennes fortifications. Peut-être s’inspirera-t-on, en aménageant ce site des transformations apportées au Fort Castelnau à Coudekerque-Branche. Les travaux nécessiteront la mise en bon état des voies d’accès car le Fort Vallière est d’approche assez difficile.
 
Actuellement, pour se rendre au Fort Vallière, il faut passer par Coudekerque-Village et par un chemin sinueux et difficile. Le conseil municipal de Dunkerque s’est réuni le 26 janvier 1968 et a approuvé le projet de mise en adjudication de travaux d’aménagement d’une voie d’accès au fort, entre l’ouvrage et le Pont des « Sept Planètes ». Le chemin projeté, le long du canal de Bergues, aura cinq mètres de largeur et se terminera par un parking avant l’entrée du fort.
Ce coin de verdure assez éloigné de la ville permettra aux automobilistes d’admirer la campagne avant de rejoindre le fort et il est heureux que la ville de Dunkerque s’en soit rendue acquéreur.

mercredi 4 mai 2016

un pensionnaire provisoire à Dunkerque


Le Maillé-Brézé est un escorteur d'escadre de la Marine nationale française de la classe T 47, baptisé du nom du célèbre marin Jean Armand de Maillé, marquis de Brézé. Il s'agit du troisième navire portant ce nom. Il est, depuis 1988, un navire musée ancré sur le quai de la Fosse à Nantes, et est classé au titre objet des monuments historiques depuis 1991.


Il est pour quelques semaines amarré à Dunkerque car sa relative ressemblance avec des navires de guerre de 1940 ont provoqué son déménagement provisoire pour servir de décor au prochain film de Christopher Nolan - "Dunkirk" - dont le "pitch" sera autour de l'opération Dynamo.
 

Le Maillé-Brézé est d'abord destiné à être un escorteur antiaérien, mais est remanié en anti-sous-marin. Mis sur cale à Lorient le 9 octobre 1953, et lancé le 2 juillet 1955, il est admis au service actif le 4 mai 1957. Il est marrainé par la ville de Saumur. Il est le septième élément d'une série de 18 escorteurs d'escadre.


Ses missions, s'étalant sur dix ans, l'ont conduit dans l'Atlantique et la Méditerranée où il a connu une importante activité. Entre janvier 1967 à août 1968, il est refondu pour être équipé de meilleurs moyens de détection et de lutte anti sous-marine. L'essentiel de sa mission a alors été le soutien à la Force Océanique STratégique (FOST).
 




Il est désarmé le 1er avril 1988, et renommé Q661. Il est remis à l'association « Nantes Marine Tradition », et devient un important musée naval à flot.
  




Pour les besoins du film, le Maillé Brézé ayant été construit et en activité après l'époque évoquée par le film, certains éléments modernes sont démontés. Ne disposant pas de moyens de propulsion, le bateau est remorqué jusqu'à Saint-Nazaire où sont effectués les travaux d'aménagement, puis jusqu'à Dunkerque. L'ensemble des frais (transformation, remise en état, remorquage et frais d'immobilisation) sont pris en charge par la société de production Warner Bros.