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mardi 5 avril 2016

Jean Bart, l'ultime cuirassé


Cuirassé de la Marine Nationale, second de la classe Richelieu, le Jean Bart fut digne de son parrain. Mis sur cale en janvier 1939 à Saint-Nazaire, lancé le 6 mars 1940, la guerre le surprend avant d’être achevé. On accélère sa construction et l’on creuse en urgence le canal pour l’amener à la mer.  La technique employée est inhabituelle : pour libérer une cale sèche, le cuirassé est construit sur un terre-plein bordé par une forme de radoub, le tout est clôt par une enceinte. Le mars 1940, le terre-plein est inondé, le Jean Bart se glisse dans la forme. Il est prévu de le mettre à la mer le 1er octobre.  Dès le 18 mai, l’avance allemande inquiète le Capitaine de vaisseau Ronarc’h, commandant le navire. Du 22 mai au 19 juin, 3.500 ouvriers de l’arsenal montent les chaudières, les moteurs et les transmissions, les turbo-dynamos, les transmissions intérieures, des pompes et une partie de l’armement. Le 18 juin, les Allemands entrent à Rennes. Le lendemain, aidé par cinq remorqueurs, le neveu de l’amiral le fait sortir, non sans mal, de sa cale de construction sous le feu ennemi, arrive à la mer aux premières lueurs de l’aube et rallie Casablanca le 22 juillet, non sans avoir posté des équipes de sabotages aux points névralgiques du navire, au cas où l’entreprise échouerait. Le navire n’a pas eu le temps de faire d’essais, ses armements sont limités à la tourelle avant, la seconde n’est même pas terminée. Seules les armes secondaires sont presque au complet. Durant son évasion, une bombe de 100 kg larguée par un avion allemand explose entre les deux tourelles mais sans faire de dégâts significatifs.

De l’autre côté de la Méditerranée
Sous les ordres de Vichy, le voilà attaché au port de Casablanca mais on lui prélève des armes pour renforcer la défense du port. Les Anglais ont déjà attaqué Mers-el-Kebir et Dakar, il faut se préparer à une offensive des Alliés. Le Jean Bart, sous les ordres du capitaine de Vaisseau Barthes (qui devient contre-amiral par la suite sur la demande de ses anciens adversaires) s’oppose le 8 novembre 1942 à l’opération « Torch » : les Alliés débarquent allié en Afrique du Nord ! Les canons de 406 mm de l’USS Massachussetts font mouche, notamment quand ses obus frappent durement le quai, projetant de nombreux gravats sur les canonniers du Jean Bart. Gravement endommagé, il ne coule pourtant pas. Les marins réparent avec célérité car deux jours plus tard, il reprend ses tirs. Les Américains le croyaient détruit, qu’importe ! Il essuie alors une nouvelle attaque au terme de laquelle il s’échoue par l’arrière. Peint en jaune, il n’est pas trop difficile à repérer.  L’opiniâtreté de ses marins lui vaut une citation à l’Ordre de l’Armée.  C’est là qu’il attend la fin de la guerre car on ne dispose pas à Casablanca des moyens de le renflouer et que la France Libre n’obtient pas des Américains la possibilité de le faire achever aux Etats-Unis. Une partie de son artillerie sert de pièces de rechange à son sister-ship le Richelieu. Finalement, c’est en août 1945 qu’il peut regagner Cherbourg où il attend que le bassin n°8 de Brest soit en mesure de l’accueillir pour les réparations en février 1946.


Les ultimes épreuves
Les essais commencent en 1949 et il finit par entrer au service actif le 1er mai 1955, dernier de son espèce à prendre la mer. Désormais, la cheville ouvrière des escadres est le porte-avions. Le Jean Bart fait figure de dinosaure qui ne sait pas qu’il est condamné. Il rejoint l’escadre de Méditerranée et participe à l’opération Mousquetaire en 1956 à Suez, partiellement réarmé pour appuyer les troupes de débarquement à Port-Saïd. Occasion lui est donnée de tirer quatre coups de 380 mm contre la terre. L’année suivant, l’Ecole des canonniers s’installe à son bord. A partir de 1957, il est mis en réserve après sa dernière sortie en juillet ; ce sera la dernière fois que la Royale utilisera des canons de 380 mm.  Désormais, il n’est plus utilisé que comme bâtiment-base pour les écoles de la Marine avant d’être rayé des listes. Amarré dans la rade de Toulon, il est finalement ferraillé en 1970 sous le numéro Q466… Le dernier géant français laisse à la Marine Nationale un goût d’inachevé...

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