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mercredi 18 février 2015

Le chevalier rouge



In Claude Malbranke, « Guide de la Flandre et de l’Artois mystérieux », 2e édition, éditions TCHOU, collection « les guides noirs », Paris, 1969, 479 pages, pp. 233-234 
 

Le 18 juillet 1276, l’église Saint-Pierre de Lille avait été violée par l’assassinat de clerc noble Adam Blauwet. L’un des agresseurs était Hellin II de Cysoing : il fut excommunié pour avoir été reconnu auteur principal de l’attentat et condamné à diverses peines. Entre autres, il s’engagea, en personne et au nom de ses héritiers possesseurs de la terre de Cysoing, à escorter chaque année, pour l’honneur de l’église, la grande procession de Lille, le jour de l’octave de la Trinité. Il devait y assister à cheval, en cotte de soie écarlate ou vermeille, une verge blanche à la main (« a cheval […] en un wardecors de vermel cendal u de vermelle escarlate, une blanke verghe en se main »). En cas de déloyal empêchement, il y avait obligation pour lui de s’y faire remplacer par un chevalier de son lignage,  ou par son fils aîné.
 
Hellin II mourut sans avoir accompli ses engagements et, en 1286, s’en prit  à son fils, Arnould de Cysoing. L'obligation d’escorter la procession à cheval « en cotte vermeille de cendal ou d’écarlate » fut maintenue, mais il fut loisible au seigneur de Cysoing de se faire remplacer, sans autre motif que sa convenance, par son fils aîné ou par un « chevalier honnête ». Toute contravention à cette sentence était passible d’une amende de cinq cents livres pour chacune des années où le chevalier rouge, comme on l’appelait, ne paraîtrait pas à la procession de Lille.
 
De fait, à partir de cette année, le chevalier rouge parut à la procession jusqu’en 1578. Il arrivait au moment du départ, pénétrait à cheval sous le porche de l’église et s’inclinait devant le chapitre pour se mettre à sa disposition ; au retour, il se présentait et faisait constater qu’il avait rempli régulièrement son office ; pour faciliter son évolution à cheval, on recouvrait de nattes les dalles de marbre à l’entrée de l’église.
 
« en 1513, raconte Mgr Hautcoeur, dans son Histoire de Saint-Pierre de Lille, Jean Le Mesre, chevalier, tint la place du jeune Antoine de Werchin, qui possédait alors la terre de Cysoing sous la tutelle de son père. Pour la première fois, le chevalier rouge ne porta point le chapel de roses que l’on était habitué à lui voir en pareille circonstance ; il était coiffé d’une « barrette d’escarlate vermeille ». Comme la pluie vint à tomber dans le cours de la marche, il couvrit par intervalles d’un manteau son éclatant costume ; enfin, chose plus grave, il refusa de se présenter au chapitre avant et après la cérémonie : il se contenta de proclamer lui-même à la fin de la procession, en portant la main  à son couvre-chef, qu’il avait accompli son devoir. Il y avait là plusieurs infractions au cérémonial traditionnel. Le chapitre protesta immédiatement devant notaire, la gouvernance fut saisie d’une plainte, puis l’affaire passa au grand conseil de Gand. Finalement, il fut décidé que le chapel de roses n’était pas requis : il suffisait sur tous les points de s’en rapporter à la sentence arbitrale de 1286, sans tenir compte de ce qu’une pratique toute bénévole pouvait avoir ajouté depuis. »
 
Vers la fin du XVIe siècle, à la suite des agitations causées par les Gueux, on réforma plusieurs usages que l’on estimait plus en rapport avec l’esprit du temps ; le chevalier rouge disparut alors de la grande procession.
 
Lors du cortège du tricentenaire de la consécration de Lille à Notre-Dame de la Treille en 1934, les Lillois revirent, pour un jour, le chevalier rouge parcourir leur bonne ville.

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